Nouvelle Feuille

08 mai 2012

La Sainte Anne de Léonard de Vinci, histoire d'une oeuvre

 Les expositions, à Paris comme ailleurs, sont souvent centrées sur un artiste, un mouvement, une époque, une thématique. Très rarement le sujet est une oeuvre par elle-même et pour elle-même. Le Louvre, suite à une campagne de restauration minutieuse mais controversée (je ne suis pas spécialiste, allez vous-même lire les arguments), a décidé de consacrer une grande exposition à l'un de ses chefs-d'oeuvres : la Sainte Anne, de Léonard de Vinci. Pour ceux qui ne connaîtraient pas ce tableau, le voici, dans un superbe avant/après :

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(Sainte Anne, la Vierge et l’Enfant jouant avec un agneau dit La Sainte Anne. Vers 1503-1519. Huile sur bois (peuplier). H. 168,4 ; L. 112 cm (1,299 m avec agrandissements latéraux). Paris, musée du Louvre, département des Peintures, INV. 776. Avant et après sa restauration menée en 2010-2011)

 

Il y a toujours le risque, avec ce genre de choix plutôt radical, de tomber dans le travers du n'importe quoi et de l'histoire de l'art à l'ancienne mode, très formaliste, uniquement soucieuse des formes, ou de tomber dans les analyses fumeuses et fumantes dérivées de celles Dr Freud. Le Louvre évite tous ces écueils et nous offre, dans l'espace du hall Napoléon, une exposition exceptionnelle. J'y était entré avec quelques appréhensions (vu le sujet qui semble plutôt restreint et surtout le parfait ratage de la précédente exposition traitant de la Macédoine antique). J'en suis ressorti conquis et séduit.

 

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(Souabe (Ulm ?), vers 1500-1510. Sainte Anne trinitaire. Paris, musée du Louvre, R.F. 1684 © 2006 Musée du Louvre / Pierre Philibert)

 

L'exposition retrace d'abord en guise d'introduction les origines des représentations de la Sainte Anne trinitaire, un thème plutôt fréquent en ce début de Renaissance, particulièrement en pays germanique. Pour l'Italie, cela ne semble pas être aussi courant, mais Florence fait exception car la ville s'est placée sous la protection de Sainte Anne depuis le XIVe s. Ce qui laisse des incertitudes sur le pourquoi de ce tableau : s'agit-il à l'origine d'une commande de la ville de Florence? ou d'une commande du roi de France Louis XII, de passage à la faveur des guerres d'Italie dans le Milanais où De Vinci travaille dès 1482, afin d'honorer son épouse Anne de Bretagne? Faute d'archives claires, nous ne le saurons jamais réellement. Mais si l'on considère en plus que Léonard emmena ce tableau (et d'autres) en France pour le laisser au roi - gendre de ladite Anne de Bretagne - l'hypothèse d'une commande royale française semble tenir la route.

Quel qu'en ait été le commanditaire en tout cas, la commande a dû d'elle-même tomber et Léonard s'est retrouvé avec ce sujet et un petit paquet de croquis et d'études sur les bras. Il n'abandonnera jamais vraiment sa Sainte Anne, dont il poursuit la réalisation jusqu'à sa mort, la laissant inachevée, travaillant sans cesse sur des détails, poursuivant son étude savante (et aux nuances parfois assez peu évidentes) sur la composition, le mouvement, la place des personnages, les éléments du décor... On découvre ainsi, parmi les changements très importants, celui opéré par la transformation du St Jean Baptiste imaginé dans un premier temps, que Léonard remplace par un agneau, symbole du sacrifice à venir du Christ. Les études sur le geste de Sainte Anne, retenant avec plus ou moins de vigueur le geste de sa fille qui cherche à empêcher l'enfant de jouer avec l'agneau, symbole de l'acceptation du sort de son enfant par la Vierge.

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(Etude de composition pour une sainte Anne trinitaire avec un agneau. Vers 1500-1501. Pointe métallique, pierre noire, repris à la plume avec deux encres brunes différentes. Venise, Gallerie dell’Accademia, n. 230 © SSPSAE e per il polo museale della città di Venezia e dei comuni della gronda lagunare, Venise)

 

On voit ainsi exposés la plupart des documents d'époque tournant autour de ce tableau : croquis préparatoires, correspondances et ouvrages l'évoquant dès la période de sa réalisation, copies et travaux des disciples du maître. Tout cela met au mieux en avant ce que pouvait être l'environnement et les méthodes de travail d'un maître artiste de la Renaissance; c'est réellement passionnant. L'impression est grande de se plonger à la fois dans l'esprit du maître, ses petites retouches, ses hésitations, ses repentirs, mais aussi ses travaux scientifiques sur la lumière et la façon dont elle frappe les objets, mais aussi d'imaginer la vie d'un atelier, avec ses élèves plus ou moins doués (on le verra après, certains ont réellement un talent exceptionnel tandis que d'autres sont d'infâmes tâcherons aux travaux mal fichus et franchement foirés).

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(Etude pour la tête de la Vierge. Vers 1507-
1510. Pierre noire, sanguine et rehauts de blanc (?). H. 20,3 ; L. 15,6 cm. New York, The Metropolitan Museum of Art, 51.90 © The Metropolitan Museum of Art, Dist. RMN / image of the MMA)


La très belle version d'atelier présentée permet de comparer la composition voulue par le maître vers 1507-1510. Si l'ensemble est cohérent, sur la version finale du maître, plus sèche, la végétation est moins abondante, la Vierge porte moins d'ornements, elle n'a plus de sandales, les fraisiers en fleurs ont disparu. Ne restera qu'un arbre et un monde plutôt minéral, entre les roches du sol et les Alpes du fond baignées d'une incroyable lumière bleue. Les visages sont également plus tendres, moins tendus dans cette version, probablement de la main de l'un de ses deux élèves favoris, soit Salai soit Melzi.

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(Atelier de Léonard de Vinci, Sainte Anne, la Vierge et l’Enfant jouant avec un agneau. Vers 1508-1513. Huile sur bois (peuplier). H. 178,5 ; L. 115,3 cm. Los Angeles, University of California, Armand Hammer Museum of Art, Willitts J. Hole Collection, 39.40.16546.12/49. © Photography courtesy the J. Paul Getty Museum, Los Angeles)

 

Après avoir bien retracé la genèse du tableau et l'histoire de sa création, on peut enfin voir, dans une présentation d'une grande intelligence, la Sainte Anne restaurée, présentée à côté du carton dit de Londres, ce qui est vraiment fascinant pour bien comprendre le travail autour d'une pièce maîtresse, avec les reprises, les corrections infimes ou vraiment importantes appliquées par le maître. Une idée géniale même si visiblement 90% des visiteurs ne prêtent attention qu'au tableau final du Louvre sur lequel ils projettent tout un tas de discours plus ou moins prétentieux, alors même que le carton est un vrai plus dans la compréhension du travail réalisé.

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(Sainte Anne, la Vierge et l’Enfant Jésus bénissant saint Jean Baptiste. Vers 1500. Pierre noire, rehauts de blanc sur un montage de huit feuilles de papier collées sur toile. H. 1,415 ; L. 1,046 m. Londres, The National Gallery, NG 6337 © The National Gallery, Londres, Dist. RMN / National Gallery Photographic Department)

 

Dispositifi très astucieux, le grand panneau où sont présentés les deux oeuvres est disposé de façon à pouvoir en faire le tour pour découvrir l'arrière de la Sainte Anne et les quelques crayonnés rapides qui y sont présents. L'un d'entre eux (une tête de cheval) est visible clairement, le second se devine quand on sait où regarder. Le troisième est franchement impossible à distinguer de la masse du bois, mais je crois les spectrographies et autres analyses sur parole! Hélas aucune image de ces petits dessins n'est disponible.

De nombreux éléments revenant et justifiant la restauration réalisée sont présentés sur des panneaux explicatifs et par une petite vidéo. Il m'est vraiment difficile de trancher, n'étant pas un spécialiste. D'un côté, il est vrai que le C2RMF sait ce qu'il fait quand il restaure un tableau, à plus forte raison une oeuvre célèbre et de la main de Léonard de Vinci et il faut avouer que cette restauration donne réellement une seconde vie à un tableau autrefois très assombri. C'était donc utile. D'un autre côté, si deux spécialistes ont démissionné de la commission de restauration sur des questions d'ordre déontologique et que le débat a été aussi vif, on peut en effet se poser la question du risque représenté par l'opération sur l'oeuvre. Bref, j'ai du mal à me faire une idée définitive mais on ne peut que féliciter le Louvre pour sa transparence et sa communication à toutes les étapes du processus. Beaucoup de musées gagneraient à communiquer ainsi sur leurs politiques, car le débat provoqué par la Sainte Anne ne devrait pas les faire fuir, mais au contraire les amener à affiner leurs pratiques; le débat est un signe d'intérêt et d'ouverture des musées sur le reste du monde.

Bref, je m'emporte...

 

Enfin, la second grande partie de l'exposition évoque plutôt la place du tableau dans la production de De Vinci, dans son époque et son influence sur la postérité. Le Louvre, pas avare de ses trésors, place donc à la suite de la Sainte Anne ses autres De Vinci, à savoir le St Jean Baptiste et la Vierge aux rochers. Seule la malheureuse Joconde demeure en bonne place dans l'exposition permanente. C'est dommage, mais le musée est pragmatique envers ses touristes japonais... En comparaison de la lumineuse Ste Anne restaurée, les deux autres tableaux paraissent très très sombres et perdent sans doute un peu en lisibilité.

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(Saint Jean Baptiste. Vers 1508-1519 ? Huile sur bois (noyer). H. 73 ; l. 56,5 cm. Paris, Musée du Louvre, département des Peintures, INV. 775 © 2009 Musée du Louvre / Angèle Dequier)

 

 Plusieurs variations et travaux de l'atelier de Léonard sont présentées. Et si parmi les toiles d'atelier certaines sont superbes et d'autres un peu ratées, là on touche clairement à la plus vilaine des oeuvres présentés. Reprenant clairement le motif du Saint Jean Baptiste de son maître, l'élève en a fait un ange de l'annonciation parfaitement atroce, presqu'effrayant. Je vous laisse juge :

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(Atelier de Léonard de Vinci (?), Ange de l’Annonciation, Bois transposé sur toile, Vers 1505-1513 ?, Saint-Petersbourg, musée national de l’Ermitage, Inv. 2349)

 

 

Faute d'avoir la Joconde dans la version du maître, on a droit à un prêt exceptionnel de la fameuse et médiatisée "Joconde du Prado" récemment restaurée elle aussi, ce qui a permis de la dégager d'une couche de peinture noire qui recouvrait le paysage. Est donc révélée à nos yeux ébahis une soeur du tableau du Louvre, bien plus lumineuse et tout aussi admirable, quand bien même elle n'est que de la main d'un élève doué. Ne souffrant pas des épaisses couches de vernis jaunâtre qui recouvrent celle du Louvre, la Joconde du Prado révèle, en particulier dans le paysage et dans le vêtement, des détails quasiment invisibles sur son double.

C'est une chance et une gracieuseté du Prado de l'avoir prêté et c'est vrai que la placer en regard de la version définitive de la main de Léonard aurait valu le coup d'oeil. Tant pis!

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(Atelier de Léonard de Vinci, Portrait de Lisa Gherardini del Giocondo, dit Monna Lisa, dit La Joconde, Huile sur bois (noyer), Vers 1503-1516, Madrid, Museo Nacional del Prado, P-504)

 

A grands coups de grands noms de la peinture occidentale, la suite de l'exposition s'attache donc à nous montrer l'influence très forte que ce tableau et ses copies d'atelier a eu. Je dois dire qu'au début j'étais un peu sceptique, mais les exemples, à deux ou trois exceptions près, étant souvent avec la plus grande pertinence, j'avoue que j'en suis sorti convaincu. Il faut dire que ce tableau, emmené par De Vinci en France et légué au roi François Ier, a bénéficié par la double appartenance de son auteur à la France et à l'Italie, d'une exposition augmentée, que ce soit dans l'atelier du maître ou après sa mort dans les collections royales pour la France et par les belles copies de ses élèves, en particuliers ses préférés Melzi et Salai qui l'avaient accompagnés jusqu'au Clos Lucé dans le Val de Loire avant de repartir vers l'Italie. 

On passe donc successivement par l'influence du tableau à Florence et à Milan, sur des artistes aussi divers et talentueux que Raphaël, Michel-Ange ou Luini ainsi que tout un paquet d'anonymes doués (ou moins doués d'ailleurs, certains tableaux présentent des maladresses évidentes même pour un oeil peu exercé comme le mien). 

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(Bernardino Luini (Bernardino Scapi, vers 1482 – Milan, 1532), Vierge à l’Enfant avec sainte Anne, saint Joseph et saint Jean Baptiste enfant. Vers 1530. Bois. H. 117 ; l. 93 cm. Milan, Veneranda Biblioteca Ambrosiana, Pinacoteca, inv. 92 © Veneranda Biblioteca Ambrosiana / DeAgostini Picture Library / Scala, Florence)

 

L'influence en France et dans les Flandres est également très bien présentée, encore une fois avec un grand nombre d'oeuvres provenant du Louvre. Je signale ce superbe tableau de Quentin Metsys, qui reprend exactement la composition de la Sainte Anne, mais en supprimant le personnage éponyme, afin de dégager plus d'espace pour laisser place à un paysage de la plus pure tradition flamande. De ce mélange d'un modèle et de figure de la Renaissance italienne avec les détails des paysages flamands naît un ensemble est particulièrement plaisant.

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(Quentin Metsys ou son atelier, Vierge à l’Enfant dans un paysage, Bois (4 planches de chêne) H. 110 ; l. 87 cm. Poznan, Musée national, MNP FR 441 Inv. MNP FR 441)

 

Que ce soit en Italie ou dans les terres plus nordiques, si l'influence, bien évidemment retravaillée et adaptée, est évidente par moment, d'autres tableaux présentés m'ont un peu moins convaincu, en particulier cette allégorie de la Charité par Andrea del Sarto, dont la présence s'explique mal. Même en adaptant cette allégorie à une contexte virginal, il n'y a en fait que très vaguement la composition pyramidale et quelques éléments paysagers qui rappellent la Sainte Anne de De Vinci; tout le reste du tableau s'y oppose : il n'y a qu'une femme et pas deux, il y a trois enfants et la scène est scène d'un allaitement. Mais encore une fois, je vous laisse juges : 

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(Andrea d’Agnolo, dit Andrea del Sarto (1486 - 1530), La Charité. 1518. Huile sur bois transposé sur toile. H. 185 ; l. 137 cm. Paris, musée du Louvre, département des Peintures, INV. 712 © RMN / Tony Querrec)

 

La toute fin de l'exposition met en rapport des oeuvres plus récentes, des XIXe et XXe s. dans leur rapport avec la Sainte Anne. Je passe sur les écrits de Freud et ses histoires de vautour qu'il détecte dans le manteau de la Vierge, ce qui est amusant et en effet assez frappant quand on y pense, mais qui ne vaut finalement guère plus que les âneries du Da Vinci Code ou des trucmuches ésotériques en ce genre. Par contre, si peu d'oeuvres sont présentées, elles le sont avec pertinence. On nous explique que la Sainte Anne, exposée au Louvre dès 1797, a été vue par de nombreux artistes habitués à la fréquentation de ce musée, en particulier Delacroix ou Degas, qui travaillent dessus, mais sans la réutiliser clairement dans une grande composition de leur cru. Odilon Redon qui lui rend un hommage tout à fait assumé sans rien renier de son style poétique et onirique.

 

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(Odilon Redon (1840 – 1916), Hommage à Léonard de Vinci. Vers 1914. Pastel sur papier. H. 145 ; l. 63 cm. Amsterdam, Stedelijk Museum © Stedelijk Museum Amsterdam)

 

 

Et l'exposition s'achève avec l'audace d'un Max Ernst et de son "baiser", une oeuvre complexe, qui lorgne du côté de la Sainte Anne, mais sans doute à travers le prisme freudien. En tout cas, un très bon choix.

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(Max Ernst (1891-1976), Le Baiser. 1927. Huile sur toile. H. 129 ; l. 161 cm. Venise, collection Peggy Guggenheim © 2011 The Solomon R. Guggenheim Foundation / David Heald © 2012 ADAGP, Paris)

 

 

Bref, si vous hésitez, soyez sans crainte : l'idée d'une exposition autour d'une oeuvre est assez déroutante, mais elle est menée de main de maître par le Louvre, qui offre un parcours d'une très grande qualité. Cela se tient jusqu'au 25 juin et ça en vaut la peine.

Je suis loin de les avoir toutes vues, mais ce printemps 2012, Paris semble vouloir nous offrir des expo enthousiasmantes. Tant mieux!

 

 

 

NB: Lorsque le nom de l'artiste n'est pas précisé, c'est qu'il s'agit de Léonard de Vinci, bien entendu.

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24 avril 2012

De bien belles bêtes

 Disons le tout net : vous pouvez sans crainte, si vous êtes parisien ou de passage dans la capitale, aller explorer l'exposition "Beauté animale". Voici une exposition accessible à tous, enfants comme adultes, connaisseurs en art comme néophytes; tout le monde sera comblé. 

Y compris les gens qui fatiguent vite, car, fait rare pour une exposition de cette ampleur au Grand Palais, seule une grosse centaine d'oeuvres, savamment choisies, sont présentées. Mais toutes sont d'une très grande qualité et témoignent d'un vrai choix longuement mûri, d'un vrai engagement dans la sélection opérée par la commissaire d'exposition. Il faut en effet rendre grâce de cette belle exposition à Emmanuelle Héran, qui nous offre un grand nombre d'oeuvres peu connues mais pourtant réalisées par des artistes majeurs. Bien entendu, rien n'est jamais parfait de bout en bout et je reviendrai au cours de l'article sur les critiques ou regrets que je pourrais concevoir en sortant. Mais franchement, ils seront rares, tant l'enthousiasme fut grand.

 

Evidemment, si on part du principe que seul l'art contemporain existe et que la critique ne peut être bonne que si elle est de mauvaise foi, on lira la lamentable critique parue dans le Monde, où un pédant nous explique que l'expo est nulle parce qu'elle ne traite que des animaux et de l'art occidental, disons de la Renaissance à nos jours. Forcèment, c'est là le coeur même du propos de l'exposition, comme l'indique sans ambiguïté le communiqué de presse : "La manifestation réunit environ 120 chefs-d’oeuvre de l’art occidental, de la Renaissance à nos jours, avec un parti pris radical et inédit : ne montrer que des oeuvres où l’animal est représenté seul et pour lui-même, hors de toute présence humaine."

Niveau intelligence, c'est à peu près comme reprocher au musée du Quai Branly de ne pas traiter d'ethnologie européenne...

En fait, on se demande si ce n'est pas ce tableau qui a déclenché l'ire et la condamnation sans appel de cette sommité autoproclamée : 

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(Gabriel von Max, Les singes critiques d'art, avant 1889, Collection particulière)

 

 

Le nombre d'oeuvres peu abondant mais soigneusement choisi permet un accrochage assez aéré et élégant. J'ai lu, ici ou là, qu'on reprochait aussi les couleurs choisies pour les cimaises. En toute franchise, tant que ça ne gêne pas la lisibilité des oeuvres, du texte, je m'en contrefiche que le scénographe ait choisi du bleu, de l'orange, du blanc ou de l'écossais (euh... n'exagérons rien tout de même).

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(Cimaise dédiée au chat, photo piquée sur la Tribune de l'art)

 

 

Démarrer avec Dürer en introduction est évidemment une excellente idée, quand on connaît à la fois l'immense talent du maître et surtout, plus encore, son influence profonde et durable sur quantité d'artistes. Son très beau lièvre (une des rares de ses oeuvres que nous avions pu voir lors de notre visite à l'Albertina à Vienne, alors en travaux) est un morceau de choix qui laisse présager le meilleur pour le reste de la visite.

Lièvre - Dürer

(Albrecht Dürer, Lièvre, 1502, Albertina Museum)

 

L'organisation du parcours qui suit est un peu discutable. Chaque section est en soi intéressante et pertinente, mais on a du mal à lire le fil conducteur de l'ensemble. On a un peu l'impression d'éléments juxtaposés sans vrai lien ni artistique, ni chronologique (ou alors très vaguement), ni zoologique. Les trois grandes sections sont intitulées Observation, Préjugés et enfin Découvertes et chacune est relativement cohérente.

Comme son nom l'indique, la première est consacrée à l'observation des animaux à travers l'oeil des artistes. Un part très intéressante traite de la question de l'observation et la description scientifique des animaux, aussi bien à travers les traités de zoologie que par les travaux anatomiques. On appréhende un peu ce que pouvait être le travail d'un peintre utilisant les animaux dans ses compositions. Certains artistes, comme Dürer, créent des modèles largement diffusés et réutilisés par les artistes postérieurs.

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(Hans Hoffmann, Lièvre entouré de plante, 1591, Galleria Nazionale d'Arte Antica, Rome)

 

Les traités de zoologie qui nous sont proposés sont très pertinents et il a été choisi de montrer côte à côte trois ouvrages ouverts à la page présentant une description en mots et en image du dindon, avec un accroissement de la finesse des détails à mesure que les spécimens visibles se faisaient plus abondants en Europe.

Dindons - estampes

(Pierre Belon, Coq d'Inde/Dindon, in L’Histoire de la nature des oyseaux, avec leurs descriptions..., livre 5, 1555, Museum d'Histoire Naturelle, Paris)

 

En confrontant certaines oeuvres entre elles, les filiations de représentations apparaissent évidentes, qu'il s'agisse d'animaux communs, plus rares ou carrèment exotiques. On regrettera que parfois, des rapprochements intéressants à travers le temps et l'espace n'aient pas été faits, comme entre cette incroyable peinture allemande regroupant 71 espèces d'oiseaux différentes (et une chauve-souris) avec un flamand rose pour axe vertical et la superbe planche d'Audubon, le célèbre auteur des "Birds of America", représentant également un flamand rose. 

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(Oiseaux, 1619, école allemande, Musée des Beaux-Arts, Strasbourg)

 

Au lieu de cela, et de façon curieuse, Audubon se voit consacré une sous-section rien que pour lui, alors qu'il n'y est présenté que cette unique oeuvre. Néanmoins, elle permet de se faire une idée du double talent de dessinateur et de naturaliste de ce personnage. Et l'on touche, ce qui est bien plus intéressant que toutes les analyses formelles stériles, à la force de l'art dans sa valeur documentaire; car l'ouvrage d'Audubon a cette vertu de nous permettre de connaître en détail des espèces désormais disparues, représentées avec une qualité exceptionnelle d'éxécution. L'utile et l'agréable.

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(John James Audubon, Flamand rose, in Birds of America, Tome IV, Muséum d'Histoire Naturelle, Paris)

 

Quelques vitrines s'attardent, toujours dans une optique de description scientifique, sur l'étude du mouvement animal, en particulier le vol des oiseaux, la chute du chat et la marche du cheval. On peut ainsi voir les photos de Muybridge ou de Marey, qui anticipent le cinéma, confrontées aux études sur les mêmes sujets d'un Degas ou de Balla, l'un des principaux futuristes italiens.

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(Eadweard Muybridge, Animal Locomotion, chat, 1887, Musée d'Orsay)

 

Une sous-section s'attarde sur la façon dont nous transformons et sélectionnons les animaux à travers le temps. Elle est vraiment passionnante et les oeuvres choisies sont de très grandes qualités mais pas forcèment connues d'un large public alors même qu'elles sont souvent signées d'artistes majeurs.

Boeuf - Asselijn

(Jan Asselijn, Tête de boeuf, vers 1647, Musée des Beaux-Artes, Nîmes)

 

Il est ainsi très judicieux d'avoir sous les yeux les puissantes vaches hollandaises vues par Asselijn ou Jordaens au XVIe et par Van Gogh à la fin du XIXe s.

Vaches - Van Gogh

(Vincent Van Gogh, Les vaches, d'après Jordaens et Van Ryssel, 1890, Palais des Beaux-Arts, Lille)

 

 

La réflexion sur les races disparues, sélectionnées pour telle ou telle raison, et les races actuelles, à la mode, est encore plus frappante avec les moutons frisons de Potter, le bélier mérinos d'Horace Vernet et les brebis anglaises d'Henry Moore.

Bélier - Vernet

(Horace Vernet, Etude pour une tête de bélier, 1848, Musée des Beaux-Arts, Béziers)

 

Mouton - Moore

(Henry Moore, Album "Les Moutons", tête, 1974, Tate, Londres)

 

Au beau milieu de la salle, trône, inratable, le sommet de la sélection, de l'anthopomorphisation de l'animal et, il faut bien le dire, du ridicule, en la "personne" d'un grand caniche en bois, vu par Jeff Koons, dans lequel l'on peinerait à trouver la moindre trace de quoi que ce soit de "naturel" et qui n'est plus qu'une création artificielle et un peu pathétique.

Caniche - Koons

(Jeff Koons, Caniche, 1991, Museu Colecção Berardo, Lisbonne)

 

 

On entame ensuite la grande section suivante, intitulée "Préjugés" et qui envisage l'animal à travers les discours construits par l'Homme autour de lui : beauté, laideur, utilité, vice, vertu... On démarre par Buffon, ce qui est franchement un prétexte car cela donne l'impression que l'oeuvre de ce grand savant se réduit à quelques citations un peu hâtives sur la qualité ou la dose de vice de tel ou tel animal, en particulier le chat :

« Le Chat est un animal domestique infidèle, qu’on ne garde que par nécessité, pour l’opposer à un autre ennemi domestique encore plus incommode et qu’on ne peut chasser : car nous ne comptons pas les gens qui, ayant du goût pour toutes les bêtes, n’élèvent des chats que pour s’en amuser ; l’un est l’usage, l’autre l’abus ; et quoique ces animaux, surtout quand ils sont jeunes, aient de la gentillesse, ils ont en même temps une malice innée, un caractère faux, un naturel pervers, que l’âge augmente encore et que l’éducation ne fait que masquer. »
Buffon, Histoire naturelle

 

Chat - Bachelier

(Jean-Jacques Bachelier, Chat angora blanc guettant un papillon, vers 1761, Musée Lambinet, Versailles)

 

Ceci dit, la partie consacrée au chat est impeccablement illustrée, avec notamment un Goya méconnu représentant un combat de chats, saisissant rendu de la fureur de ces petits félins quand ils se battent, mais aussi, plus apaisé, un greffier ronronnant chez Bonnard. Citons aussi une sculpture de ce félin vu par Giacometti, avec ce style reconnaissable au premier coup d'oeil mais présentant pour un fois non un être  humain, vertical, mais un long étirement horizontal agrémenté de quatre pattes et d'une tête; un chat.

Chat - Bonnard

(Pierre Bonnard, Le chat blanc, 1894, Musée d'Orsay)

 

L'idée est de nous montrer comment le chat est passé du statut d'animal maudit, maléfique et inquiétant qu'on ne conservait que pour son utilité dans la destruction des rongeurs, à un animal d'agrément qu'on aime uniquement pour jouir de sa présence apaisante et de ses caresses, le tournant se faisant, comme souvent, au cours du XVIIIe s.

Chat - Steinlen

(Théophile Alexandre Steinlen, Chat sur un fauteuil, 1878, Musée d'Orsay - en dépôt à La Piscine, musée d'art et d'industrie de Roubaix)

 

 

L'autre vieux compagnon de l'Homme, le chien, est évoqué par plusieurs oeuvres de qualité, dont on retiendra surtout le très beau portrait de chiens de chasse par Bassano, déjà vu récemment lors de la belle exposition sur la peinture vénitienne du XVIe s. au Louvre en 2009, mais qui trouve parfaitement sa place ici. Rappelons qu'on le considère généralement comme le premier portrait animalier individualisé de l'art occidental.

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(Jacopo Bassano, Deux chiens de chasse liés à une souche, 1548-1549, Musée du Louvre)

 

Les animaux inquiétants, laids ou tout simplement plus mal aimés car charriant toute une imagerie funèbre ou une réputation de répugnance, sont moins présents dans l'art occidental, mais pas oubliés par l'exposition, bien qu'ils soient le fait en majorité d'artistes plus contemporains. Louise Bourgeois est bien sûr présente, mais par une petite aquarelle. Hélas, mille fois hélas, nous aurions tant aimé une de ces si célèbres "Maman", monumentales sculptures d'araignées géantes (comme on peut en voir par exemple devant le Guggenheim de Bilbao), qui aurait pu trouver une place de choix dans le hall du Grand Palais. Au lieu de cela, on se contente d'un dessin franchement peu représentatif du travail de l'artiste.

Chauve-souris - César

(César, Chauve-Souris, 1954, Centre Pompidou - dépôt au musée des Beaux-Arts de Nancy)

 

 On se console avec une très belle chauve-souris vue par César, pendue tête en bas au dessus de l'escalier qui nous mène à l'étage ou avec le même petit mammifère peint par Van Gogh, ou encore avec le crapaud vu par Picasso qui en fait un animal amusant au regard un rien écarquillé, presqu'enfantin. J'ai été moins séduit en revanche, sur les paliers bas et haut de l'exposition, par les oeuvres de Gloria Friedmann (une installation avec un cerf empaillé) et de Johan Creten (un bronze représentant un animal fantastique imaginé à partir d'une raie).

Crapaud - Picasso

(Pablo Picasso, Le crapaud, 1936, in Eaux-fortes originales pour des textes de Buffon, 1942, BnF, Paris)

 

Finalement, je me rends compte en écrivant ce billet que le cheval, animal pourtant majeur de l'histoire humaine est certes présent ici ou là, mais ne fait pas l'objet d'une section à part bien qu'il soit largement évoqué dans la partie sur les études anatomiques. Peut-être est-il trop souvent accompagné d'humains et trop peu traité pour lui-même par les artistes? Parmi celles présentées, les plus belles oeuvres consacrées à cet animal sont celles de Géricault, qui avait accès aux haras de l'armée où il put admirer sans réserve les plus beaux spécimens de son temps. Il en a donné des portraits marquants, presque inquiétants et qui rappellent presque par moments le fameux Cauchemar de Füssli. 

Cheval - Géricault2 

(Théodore Géricault, Cheval gris, vers 1812, Musée des Beaux-Arts, Rouen)

 

Une petite section évoque le singe, vu uniquement sous son aspect de similitude avec l'Homme et donc apte à le moquer, à le "singer", à en imiter les travers et les prétentions. Pourquoi pas, c'est un choix qui se défend. On aurait tout de même aimé voir, pourquoi pas, des singes envisagés comme agrément ou comme motif décoratif, comme on en voit sur nombre de tableaux du XVIIIe s.  Et puis, tant que l'on est dans les singes jouant aux Hommes, pourquoi ne pas avoir évoqué la Grande Singerie du château de Chantilly? On se contentera avec plaisir d'un ensemble plaisant formé par le signe peintre de Chardin et les singes critiques d'art de Von Max, mais aussi avec un superbe petit buste d'orang-outan par Pompon, où le grand artiste animalier parvient en effet à en faire un portrait quasiment humain, une sorte de notable de la IIIe République fait singe. Ou un portrait précurseur du Dr Zaïus...

Orang Outang - Pompon

(François Pompon, Tête d'orang-outan, 1930, Muséum d'Histoire naturelle de Paris - en dépôt du musée des Beaux-Arts de Dijon)

 

 

Gros regret ensuite avec une toute petite zone qui entend pourtant traiter d'un sujet méconnu : les débuts de la prise de conscience de la détresse animale et la lutte contre la maltraitance, dès le milieu du XIXe s. Hélas, cette partie, dont les cartels évoquent la fondation de la SPA en 1845 et la loi Grammont en 1850 qui punit la maltraitance sur les animaux, est pauvrissime et c'est une vraie déception. On y trouve en tout et pour tout un tableau et une sculpture.

Le tableau, la très belle truite de Courbet, est plutôt hors-sujet. Si c'est bien en face d'un animal souffrant que nous nous trouvons, il s'agit, comme le précise très honnêtement le cartel, plus d'un choix que le grand pêcheur devant l'Eternel qu'était Courbet a fait pour symboliser sa propre souffrance de proscrit condamné à étouffer financièrement avec la lourde amende infligée au peintre après la Commune de Paris. C'est donc très intéressant et voir un Courbet est un plaisir toujours renouvelé, mais il est ici clairement hors de propos.

Truite - Courbet

(Gustave Courbet, La Truite, 1873, Musée d'Orsay)

 

Le bronze qui se trouve à côté est par contre excellement choisi. Il s'agit d'un commande d'Etat au sculpteur Frémiet, exactement à l'époque où la loi Grammont était en discussion. Ce chien blessé, pansé, qui lèche sa plaie, provoque immédiatement l'empathie et constitue une très belle réussite de sculpture sur un sujet vraiment rare. Reste la question : pourquoi avoir bâti une sous-section entière de l'exposition pour y présenter une seule oeuvre pertinente?

Chien blessé - Fremiet 

(Emmanuel Frémiet, chien blessé, 1849, Musée d'Orsay)

 

Cette partie sur les préjugés s'achève non sans avoir généré quelques frustrations : où sont donc les renards, ces goupils diaboliques des romans médiévaux et les victimes des chasses à courre? les loups, grands pourvoyeurs de l'imaginaire humain jusqu'à nos jours? Nous n'en trouverons pas trace du tout dans l'exposition, ce qui est vraiment regrettable, car je doute que l'art occidental n'ait rien à offrir concernant ces animaux si présents dans nos cultures. Un vrai gros oubli selon moi.

 

 La troisième grande section explore le rapport entre l'art et l'animal sous l'angle des "découvertes", c'est à dire à travers le goût de l'exotisme, des voyages et du cabinet de curiosité dont l'équivalent pour les animaux vivants est le zoo, institution populaire qui succède aux ménageries royales et princières du XVIIIe s.

 

Ce goût des zoos, couplé à la multiplication des voyages d'exploration et des ambassades lointaines, a permis à des animaux nouveaux d'être connus du plus grand nombre et également des artistes, qui ne sont pas privés de les peindre et des les observer sous toutes les coutures. Parmi eux, l'exposition s'attarde sur les grands mammifères africains qui, à cette époque, foulent à nouveau le sol européen, pour la première fois sans doute depuis l'époque romaine.

 

Le plus célèbre d'entre eux est sans conteste, surtout depuis un film à succès (et à entendre les cris des gosses : oh, c'est Zarafa!, le succès est réel), la célèbre girafe de Charles X. Qui ne s'est a priori jamais appelée Zarafa. Quelques dessins et gravures évoquent le destin de cet animal. On trouve aussi un exceptionnel et superbe petit diorama, anonyme, daté des années 1830-1845. Le succès de cet animal fut tel qu'une vraie girafomanie s'est alors emparée de la France, comme en témoigne une belle planche de l'imagerie Pellerin d'Epinal. Seul bémol : l'absence d'objets d'art où la girafe était utilisée comme motif décoratif.

Girafe - estampe

(Jean-Charles Werner, Girafe femelle, 1842, Muséum d'Histoire naturelle de Paris)

 

 

 

Le lion et les autres grands félins sont présents, notamment avec le toujours impressionnant Lion de Barye qu'on a pu voir au rez-de-chaussée. Mais aussi, du même artiste - plus loin dans l'exposition - un très beau Tigre dévorant un gavial.

Lion - Barye

(Antoine Louis Barye, Lion au serpent, 1835, Louvre)

 

Si ces animaux exotiques sont présents ici, c'est aussi pour mettre en avant le rôle joué par les institutions scientifiques parisiennes comme le Muséum ou le Jardin des Plantes, où les artistes - Barye et Delacroix en tête - viennent longuement étudier ces animaux à la beauté puissante, symbole de tant de vertus et de dangers mais aussi, et les textes le rappellent à juste tire, des animaux dont la principale activité est la sieste, ce qui en fait des modèles à la pose facile.

Lionne - Géricault

(Théodore Géricault, Tête de lionne, vers 1819, Louvre)

 

 

Le rhinocéros est bien traité également, même si je trouve les cartels un peu durs avec ce pauvre Dürer, critiquant la représentation encore imparfaite d'un animal encore fabuleux à l'époque et dont l'artiste parvient à rendre l'essentiel avec assez peu d'imprécisions pour un homme qui du se contenter de descriptions, n'ayant jamais pu se confronter directement à un modèle, qu'il soit vivant ou mort.

Rhinocéros - Dürer

(Albrecht Dürer, Rhinocéros, 1515, BnF)

 

Franchement, les erreurs de Dürer sont de l'ordre du détail, il suffit de comparer pour s'en convaincre un autre spécimen du milieu du XVIIIe s., peint celui-ci d'après nature. On rappelera au passage le rhinocéros de Louis XV, cadeau du gouverneur de Chandernagor, qui a été montré lors de l'exposition "Science à Versailles" en 2011.

Rhinocéros - Findorff

(Johann Dietrich Findorff d'après Jean-Baptiste Oudry, Rhinocéros, vers 1752, Staatliches Museum Schwerin, Kunstsammlungen, Schlösser und Gärten, Schwerin)

 

D'autres animaux plus ou moins étranges sont présentés, avec moins de détails cependant, sans doute en raison de leur succès plus limité auprès du public. Mais cela permet au moins d'admirer l'oeuvre de deux sculpteurs du début du XXe s., spécialisés, chacun avec son style, dans la représentation animale. Le bien connu François Pompon d'abord, avec ses animaux presque stylisés, tout en courbes, mais qui portent, par leur simplicité même, l'essentiel de l'animal représenté.

Hippopotame - Pompon

(François Pompon, Hippopotame, entre 1918 et 1931, Musée d'Orsay)

 

Ce fut également pour moi l'occasion de découvrir l'oeuvre de Rembrandt Bugatti (frère du constructeur automobile), un sculpteur admirable. L'exposition présente plusieurs de ses oeuvres, également stylisées, mais de façon radicalement différente, beaucoup plus brute, de celle de Pompon. D'abord quasi pensionnaire au zoo d'Anvers, où il a accès a des animaux rares, il fera de même après son arrivée à Paris en 1911 avec la Ménagerie du Jardin des Plantes. En quelques années seulement, il construit son oeuvre cohérente essentiellement autour du règne animal qu'il a fréquenté intimement et dont il rend parfaitement les attitudes. Cet artiste, à court d'argent à cause de la Grande Guerre, se suicide en 1916 à seulement 32 ans. 

Lamas - Bugatti

(Rembrandt Bugatti, Deux alpagas, vers 1913-1914, Musée d'Orsay)

 

 

Finalement, l'exposition s'achève sur un réflexion sur une espèce disparue : le dodo, puis en conclusion, sur les espèces en danger d'extinction aujourd'hui.

Bon, le dodo... ça m'a au moins permis de réviser mes croyances. J'étais persuadé d'au moins choses au sujet de ce volatile : qu'il avait disparu à cause d'une chasse trop intensive liée à sa chair goûteuse et qu'on en possédait des représentations exactes et des spécimens empaillés. Autrement dit, je me trompais sur ces deux points : le dodo aurait disparu a cause de l'importation par l'Homme d'espèces invasives (chiens, chats, rats, etc), sa chair était au mieux banale, les spécimens empaillés sont en très mauvais état et les représentations sont surtout celles de Savery, un peintre hollandais qui a vu un spécimen vivant mais sans doute beaucoup trop nourri et l'a représenté bien plus massif que dans la réalité de l'espèce sauvage. L'art atteint tout de même ici une valeur documentaire inestimable.

Dodo

(Jan Savery, Dodo, 1651, Oxford University Museum of Natural History)

 

 

Dans un enchaînement certes convenu mais sans pleurnicheries ni discours niais, on accède à la dernière salle, où trône au milieu le célèbre ours blanc de Pompon, énorme et superbe, tandis qu'au mur, un unique tableau évoque le destin de cet animal menacé dont l'avenir de l'espèce ne passe peut-être hélas déjà plus que par les individus présents dans les zoos, réduits à un rôle de témoignage... L'ours est ici un symbole, car il n'est pas le seul dans cette situation et l'exposition réussit le tour de force de parler de la protection animale sans la sensiblerie trop souvent de mise et qui gâche un discours pourtant sain et nécessaire sur la préservation de la richesse biologique de notre planète.

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(Gilles Aillaud, Ours blanc, 1981, Collection de l'institut d'art contemporain, Villeurbanne)

 

 

En somme : allez-y, ça vaut vraiment le déplacement, que vos tropismes vous mènent vers l'art ou vers les animaux ou - ce qui est peut-être encore mieux - vers les deux à la fois.

 

Posté par Alfred Teckel à 11:10 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
15 avril 2012

Où il sera question d'élections et d'art

Il paraît qu'il y a bientôt une élection présidentielle en France. Et quand on voit les affiches officielles choisies par les candidats, quelle tristesse, ça donnerait envie de pleurer!

 

Hors de toute considération politique sur les idées des candidats, on ne peut en effet que constater que les affiches se ressemblent toutes, à la notable exception de celle de Lutte ouvrière, qui parvient, sous une avalanche de texte et une photo laide, à être encore plus sinistre que les neufs autres.

En gros, et visiblement depuis les années 1970, on ne sait plus faire que dans cette tendance qui s'exacerbe un peu plus à chaque scrutin et qui se résume dans une équation simple : Affiche électorale = ma tronche en gros + slogan à la con.

Cela n'a pas toujours été le cas pourtant. Ne parlons que de la cinquième République, l'élection présidentielle ne se faisant pas auparavant au suffrage universel. Il faut pourtant remonter aux époques lointaines de notre régime pour trouver des choses sympathiques et originales.

 

Le Général de Gaulle, le grand Charles lui-même, avait choisi une affiche sans sa tête dessus, qu'il jugeait bien assez célèbre. Il opte pour un dessin de Lefor et Openo, deux femmes affichistes au travail plutôt typique de leur époque. Très confiant, le général se fait symboliser uniquement par la manche de son costume militaire ornée de deux étoiles et tenant la main à une mini-Marianne toute mignonne, qui déclare "J'ai sept ans, laissez-moi grandir". Sous-entendu : si vous votez Mitterrand, il détruira la cinquième République. Finalement, en 1981, le Tonton sera aussi prévenant avec la petite que l'était son défunt papa.

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(Lefor-Openo, affiche électorale - Charles de Gaulle - 1965)

 

 

Dans la catégorie "politiquement on n'est pas des rigolos mais sur les affiches on se lâche", on a, grand gagnant, le successeur de  De Gaulle, l'oubliable Georges Pompidou. Très en pointe au niveau artistique, Pompidou choisit une affiche encore une fois très ancrée dans son époque, mais qu'on n'aurait pas imaginé pour un candidat politiquement conservateur. Pas de photo, pas de dessin, juste un graphisme carrèment psychédélique. En fait, on a du mal à y croire, tant on dirait, je ne sais pas... une parodie signée par un Jean Yanne rigolard par exemple.

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(Affiche électorale de Georges Pompidou, 1969)

 

Certes, toutes les affiches n'étaient pas aussi sympathiques que celles-là, beaucoup étaient même moroses. Mais ces affiches un peu créatives avaient le mérite d'exister. C'est en 1974 que Valéry Giscard d'Estaing a mis le ver dans le fruit. Son affiche était plutôt bien fichue, mais déjà en germe il y a avait le triptyque "tête du candidat - paysage lointain - slogan ravageur" que tous les publicitaires prennent depuis pour une recette miracle.

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(Affiche électorale de Valéry Giscard d'Estaing, 1974)

 

A partir de là, les jeux sont fait, et même la fameuse "Force tranquille" de Mitterrand ne se distingue finalement que par son format inhabituellement étiré en longueur. Mitterrand en 1988 sera un peu plus novateur avec une photo qui reprend un peu l'imagerie gaullienne de 1965, mais cette photo se surimposant au texte "Génération Mitterrand".

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(Affiche électorale de François Mitterrand, 1988)

 

Après, franchement, rien à signaler dans la non-créativité. Peut-être le petit pommier symbolique du Chirac de 1995, guère plus. Aucune utilisation du dessin, de l'art... Les créateurs ont déserté l'affiche politique au profit des publicitaires, qui se contentent d'appliquer des formules sans grâce, sans plus provoquer aucune émotion. Alors que pourtant, il suffirait d'un petit peu d'imagination pour rénover un peu cet art délicat. Quelques suggestions, dans l'ordre de l'affichage électoral.

 

1 - Eva Joly (Europe Ecologie Les Verts)

 

La candidate écologiste (ben oui, elle a des lunettes vertes), a choisi de mettre sa trombine en premier plan, avec un slogan sans intérêt.

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(Affiche électorale d'Eva Joly, 2012)

 

A la place, je lui suggère, avec la complicité de Brueghel de Velours, et pour rester dans les thèmes écolo, cette belle arche de Noé en préparation avec un slogan du genre : "Vous serez bien contents de nous trouver quand les océans seront montés".

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(Jan Brueghel de Velours, L'entrée des animaux dans l'arche de Noé, 1613, Getty Museum, Los Angeles)

 

 

2- Marine Le Pen (Front National)

 

Pas plus en forme que sa consoeur verdoyante, Marine Le Pen se présente dans une attitude qui rappelle celle de son père au second tour de 2002. On dirait plus une publicité un peu ringarde dans un magazine feuilleté chez le médecin qu'une affiche électorale. Le slogan "Oui la France" est à l'avenant.

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(Affiche officielle de Marine Le Pen, 2012)

 

Ma suggestion : Marine Le Pen joue facilement de son prénom, parlant parfois de vague bleue marine (et si elle s'était prénommée Claire, ce serait la vague bleue claire?). Pourquoi ne pas alors, pour montrer qu'en fait, au fond, très à droite, elle est ouverte sur le monde, ne pas carrèment taper dans l'oeuvre d'Hokusaï, avec juste "La vague bleue Marine" en guise de slogan.

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(Hokusaï, La grande vague de Kanagawa, estampe, 1830-1831)

 

 

3- Nicolas Sarkozy (Union pour un Mouvement Populaire)

 

Sarkozy lorgne avec son affiche sur un entre-deux mitterrando-giscardien, avec son slogan dont je n'arrive pas à savoir s'il est bien ou pourri, mais dont j'ai surtout l'impression qu'il ne veut rien dire.

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(Affiche officielle de Nicolas Sarkozy, 2012)

  

Mais comme un slogan bizarre n'est pas forcèment mauvais, qu'il joue le jeu à fond et garde "La France forte" mais en choisissant une image qui colle vraiment avec le texte, mieux que sa trombine sur un fond vaguement maritime, qui inspire visiblement plus la parodie que l'idée de force. Alors je lui propose, en hommage à sa bonne amie Frau Merkel, d'utiliser l'oeuvre d'un artiste allemand, Otto Greiner, et son Prométhée. Qu'on ne voie aucune malice ni aucune prémonition entre la fin dudit Prométhée et le probable destin électoral du président sortant...

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(Otto Greiner, Prométhée, 1909, Musée des Beaux-Arts du Canada)

 

 

4- Jean-Luc Mélenchon (Front de Gauche)

 

Jean-Luc Mélenchon a barbouillé du rouge partout, histoire qu'on pige qu'il était vraiment à gauche. Il a trouvé un beau slogan "Prenez le pouvoir", histoire qu'on pige que la gauche, ça joue collectif. Mais il a quand même mis uniquement sa tête, histoire qu'on oublie pas que le communisme, c'est aussi le culte de la personnalité...

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(Affiche officielle de Jean-Luc Mélenchon, 2012) 

 

Lui suggérer quelque chose, c'est presque trop facile. On aurait pu lui balancer la Liberté guidant le peuple, mais quelle faible originalité! On aurait pu rendre hommage à son talent oratoire en trouvant quelque portrait pompier de Cicéron. On aurait pu trouver encore divers dessins ou affiches pro ou anti-communistes, très drôles et très datés. J'ai même évité l'écueil du réalisme socialiste. Et finalement, je me suis arrêté sur une artiste chinoise émigrée en Australie. Pour deux raisons : primo, en hommage aux très humanistes positions de JLM sur la parfaite légitimité de la Chine populaire a envahir, occuper et martyriser le Tibet depuis plus de 50 ans; et deuzio parce que ces soldates chinoises sexy sont à l'image de son travail sur le parti communiste français : relookage pour le rendre attirant, mais sur le fond, pas beaucoup d'évolution. Et pour attirer encore plus les jeunes qui aiment à s'encanailler fortement le bulletin de vote, je propose un slogan en anglais "Red is beautiful".

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(Hu Ming, Il est notre sauveur, 2008)

 

 

5- Philippe Poutou (Nouveau Parti Anticapitaliste)

 

Philippe Poutou est un personnage assez sympathique, mais qui a le malheur d'appartenir à un parti trotskyste. Et l'ennui avec ces gens est double : ils font des affiches et des tracts d'un sinistre achevé et en plus ils sont nombreux en France. Encore que, sur le premier point le NPA a fait bien des efforts et sur le deuxième, cette année ils ne sont que deux à représenter ce petit courant de l'extrème-gauche. Bref, Poutou, malgré sa bonne tête, nous pond une affiche dans la lignée de ce qu'on attend d'eux : la tête du candidat entourée de textes.

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(Affiche officielle de Philippe Poutou, 2012)

 

Seul intérêt de ce trucmuche, le slogan "Nos vies valent plus que leurs profits", que je conserverais mais que j'illustrerais autrement. J'avais pensé aux très célèbre couple de changeurs de Metsys qui se trouve au Louvre, mais finalement, songeant que le premier communiste était sans doute Jésus, j'ai pensé que cette belle oeuvre de Jordaens ferait l'affaire. Et puis, moi j'aime bien la rencontre des éléments qui paraissent peu compatibles, et après tout, Jésus pour le NPA, ça vaut bien les volutes hippies de Pompidou non?

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(Jacob Jordaens, Jésus chassant les marchands du temple, vers 1650, Musée du Louvre)

 

6- Nathalie Arthaud (Lutte Ouvrière)

 

Comme chaque fois, dans la catégorie "indigeste", les joyeux lurons de Lutte Ouvrière remportent la palme haut la main : papier dégueulasse, photo tellement tristouille qu'on la croirait en noir et blanc, floppée de texte lourdingue. La politique version 1974, dans toute sa splendeur. Comme si rien n'avait bougé dans le monde d'Arlette Laguiller et de celle qui lui succède. En matière de slogan, il n'y en a pas vraiment. Tout cela mérite un coup de plumeau très sérieux.

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(Affiche officielle de Nathalie Arthaud, 2012)

 

La France pullulant de petits partis de ce type, il n'est pas évident de se distinguer et de proposer une oeuvre qui n'ait rien à voir avec celle choisie pour son confrère Poutou. C'est sans doute la candidate pour laquelle il a été le plus difficile de faire un choix, sans tomber ni dans le jeu mot stupide, ni dans la redite. Alors en désespoir de cause, je propose à ces groupies de Léon Trotsky un portrait de son idole qui se trouve au sein d'une grande murale du peintre mexicain Diego Rivera, qui fréquenta - avec son épouse Frida Kahlo - le révolutionnaire russe pendant son exil. Et comme ces gens-là ne croient pas aux slogans, je leur propose simplement de tracer en bas de ma proposition un joli coeur tout rouge... (pour ceux qui l'ignore, Trotsky est le bonhomme à cheveux blancs, petites lunettes rondes et barbichette).

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(Diego Rivera, Détail de la fresque "Man at the crossroads", Palais des Beaux-Arts, Mexico, 1934)

 

 

7- Jacques Cheminade

 

Cheminade, c'est le retour de l'ovni de 1995. Comme la comète de Halley, il revient régulièrement, sans servir à rien, mais au moins il fait parler. Son affiche, à part un fond un peu différend (une cité ouvrière en briques rouges?) et pas mal de texte aussi, n'a pas beaucoup plus d'intérêt que celui de ses concurrents et ne paraît pas moins sérieux pour un candidat sur lequel il est pourtant permis d'émettre des doutes sérieux. Mais passons. Voici la bête et son slogan "Un monde sans la City ni Wall Street".

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(Affiche officielle de Jacques Cheminade, 2012)

 

Ma suggestion : Jacques, arrête avec ta City et ton Wall Street. Tout le monde les vomit désormais. A moins que tu ne proposes de vitrifier Londres et New York, bien entendu, mais tu n'en es pas encore là je crois... 

Axe-toi plutôt sur ce qui fait ta vraie différence : ton ambitieux (et un peu délirant vu les technologies actuelles) programme spatial. Je te propose de l'illustrer avec un genre que je n'ai pas encore eu l'occasion d'insérer ici et qui illustre assez bien tout cela.

Et au passage : si tu sais des choses sur les portes des étoiles, dis-le nous, hein? Promis? Si tu m'en trouves une, promis, je vote pour toi!

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(Hergé, Extrait de l'album Objectif Lune, 1953)

 

8- François Bayrou (Mouvement Démocrate)

 

François Bayrou a quasiment oublié la couleur orange qui l'avait distingué en 2007. Il ne livre ici qu'une affiche certes souriante et optimiste, mais fade et calquée sur toutes les autres. Le slogan est plutôt mauvais "Un pays uni rien ne lui résiste". Mouais... Le Bélize est plutôt uni par exemple, je n'ai pas l'impression qu'il puisse faire tout ce qu'il veut. Pourquoi pas simplement "La France unie"? Bref, c'est plutôt mal torché.

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(Affiche officielle de François Bayrou, 2012)

 

Alors bon. Moi je veux bien, mais de la part d'un agrégé de lettres, d'un ancien professeur, d'un homme issu du monde rural et qui vante désormais le "produit en France", comment peut-il n'avoir pas tenté le petit coup de nostalgie avec de ces vieilles planches qui traînaient encore dans les recoins poussiéreux des écoles de mon enfance? Un slogan : "François Bayrou, un candidat né et élevé en France".

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(Planche pédagogique, "Alimentation - arbres fruitiers", Deyrolle éditeur, début XXe s.)

 

 

9- Nicolas Dupont-Aignan (Debout la République)

 

Ce monsieur Dupont-Aignan, qui joue sur les fibres souverainisto-gaullistes, mais en un peu puant, nous pond une affiche à son image : le discours se veut tirant sur la corde gaulliste, de résistance, qui vibre dans pas mal de Français, avec son slogan simple et puissant "La France libre". L'ennui, c'est que malgré les difficultés actuelles, l'idée d'une France non-libre, occupée, enchaînée, outragée, etc... n'est pas exactement la réalité et ne fait pas vraiment recette. Et puis surtout, avec un telle tête de premier de la classe, non vraiment, ça ne passe pas. Désolé mon cher Nicolas, mais quand on veut jouer à De Gaulle, on essaie d'avoir une "gueule", de la hauteur de vue, d'être rassembleur. Personne n'a envie de se "rassembler" pour "libérer la France" autour d'une tronche de comptable.

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(Affiche officielle de Nicolas Dupont-Aignan, 2012)

 

Ma proposition pour que monsieur Dupont-Aignan soit plus rassembleur (et encore, je ne lui fais pas l'affront d'aller chercher un "Super Dupont-Aignan"), c'est d'utiliser des trucs vraiment populaires. Et je crois que j'ai trouvé l'illustration idéale pour une campagne moins terne : faut balancer du drapeau français, mais pas qu'un! A foison, des tas de drapeaux, les gens aimeront bien. Pis faut que ce soit festif, genre un 14 juillet, ça c'est chouette, y'a les feux d'artifice et le bal des pompiers. Et puis, comme il faut aussi taper chez les gens un peu culturés, faut trouver un grand peintre, mais qui plaît à tout le monde. Monet, c'est le mieux possible non? Et comme slogan, je pense que "La France libre" est encore trop peu rassembleur, car il exclu tout ceux qui sont contre la France libre. Je pense qu'un simple rappel du nom et du pays suffisent ; "Nicolas Dupont-Aignan - La France"

Voilà le résultat : 

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(Claude Monet, La rue Montorgueil, 1878, Musée d'Orsay, Paris)

 

 

10- François Hollande (Parti Socialiste)

 

Le candidat socialiste ne prend le risque de l'originalité avec une affiche toute chiraquienne, les deux pieds dans la terre corrézienne. La typo est neutre, le candidat est neutre, les couleurs sont neutres, le paysage est serein comme un paysage hollandais si j'ose dire... Bref, ça n'a rien d'excellent mais ça devrait suffire à battre le très mauvais qu'il a en face.

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(Affiche officielle de François Hollande, 2012)

 

On aurait bien aimé en fait, que le changement soit pour maintenant aussi dans la façon d'envisager l'affiche électorale. Las, c'est raté et on aimerait malgré la fatigue, suggérer quelque chose d'un tantinet plus fun à François Hollande. Il faut contrer Sarkozy sur son propre terrain et plutôt que de vanter ses propres qualités, y aller franco dans la volonté d'effrayer l'électeur s'il faisait la bêtise de réélire le sortant. Je suggère donc à Hollande une affiche de très très mauvaise foi qui utiliserait un morceau du retable d'Issenheim, avec comme simple slogan "Vous voulez vraiment encore cinq ans de Sarkozy?"

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(Matthias Grünewald, La Tentation de Saint Antoine, détail du Retable d'Issenheim, 1512-1516, Musée d'Unterlinden, Colmar)




Pour information, rappellons l'affiche de Barack Obama en 2008, particulièrement originale et bien fichue et réalisée par un street artiste de talent, Obey the Giant : 

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(Obey the Giant (Shepard Fairey), Affiche de campagne de Barack Obama, 2008)

 

 



Bon vote dimanche prochain!

Posté par Alfred Teckel à 05:32 - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
20 mars 2012

Lyon & Bourg-en-Bresse : Choses vues

Dans la première quinzaine de février, un peu moins d'un an après notre premier passage, nous sommes retournés à Lyon, pour raisons professionnelles dans un premier temps puis, nous avons profité du week-end pour compléter ce que nous avions omis précédemment.

Au moment où je rédige ces lignes, il fait pas loin de 18 degrés à Paris et tout cela nous paraît déjà loin, mais souvenez-vous, voici un mois : entre -10 et -15 partout en France, de la neige, un vent glacial. Autant dire que nous avions particulièrement bien choisi notre moment pour une visite urbaine...

 

Il faut reconnaître une chose, cela crée sur la fontaine de la place des Terreaux des cascades gelées à la fois belles et impressionnantes, d'où les chevaux semblent chercher à s'échapper avec vigueur.

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(Fontaine place des Terreaux)

 

 

La première journée est chômée en ce qui me concerne, ce qui me permet, malgré les morsures du froid, d'admirer à nouveau les beautés de Lyon, une ville qui m'était totalement inconnue lors de mon premier passage, mais qui m'avait particulièrement charmé. 

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(Cathédrale St Jean)

 

 

C'est toujours le même plaisir que de trabouler de-ci de-là, d'entrer admirer une cour, de remarquer un détail sur une façade. Lyon est réellement un bijou serti dans l'écrin de ses deux fleuves. 

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(Hôtel de la Chamarerie, XVIe s.)

 

 

Tout naturellement, mes pas (et ceux de ma compagne, qui y effectue des recherches) me conduisent aux musées Gadagne, déjà visités l'année passée, mais qui se laissent revoir avec plaisir, et surtout avec le temps pour détailler plus en profondeur, sans se presser pour être sûr de pouvoir tout voir dans ces musées très denses. Pour un compte-rendu détaillé des musées Gadagne, rendez-vous ICI sur la note du 27 mars 2011, très complète et sur laquelle je me vois mal rajouter quoi que ce soit.

Je me contenterai donc de signaler quelques éléments qui me semblent intéressants ou qui m'ont interpellé.

 

Tout d'abord au niveau -1 se tenait l'exposition "Gourmandises !" sur la gastronomie lyonnaise, plutôt bien faite. Le début de l'expo paraît un peu obscur si l'on est pas un gône, car il évoque surtout des lieux qui ne parlent pas forcèment au visiteur de passage. Les dispositifs de muséographie sont assez ingénieux et passablement ludiques (je n'ai hélas pas de photos, celles-ci étant interdites dans les expos temporaires). Par exemples, une sorte de grand bahut plein de tiroirs court le long du mur dans la première salle. En ouvrant les tiroirs en questions, on découvre des cartes postales ou photographies évoquant tel ou tel lieu. C'est plutôt malin, même si j'ai eu la chance de visiter l'exposition dans de bonnes conditions, avec une faible fréquentation en terme de visiteurs; j'ignore si ce genre de dispositifs ne provoquent pas des problèmes ou des conflits entre visiteurs aux heures d'affluence. A coup de textes explicatifs et d'objets forcèment peu spectaculaires pour la plupart (menus, photographies, etc), on nous retrace l'histoire de la cuisine lyonnaise depuis le début du XXe s. et les "mères" jusqu'aux tendances actuelles, avec bien entendu l'ombre immense, intimidante et un poil autoritaire du grand Bocuse. Mais on est loin de la simple autosatisfaction d'une ville qui se gargariserait de sa réputation, car il est très bien montré comment cette réputation est née. Car si on nous dit bien que Montaigne, Dumas ou Rabelais signalent la ville pour la richesse (et le faible coût) de sa cuisine, c'est clairement les années 1920-1930 qui créent cette réputation, avec l'influence incroyable du "prince des gastronomes" Curnonsky et des premiers guides des bonnes tables, à commencer par le célèbre Michelin. Bref, tout cela est réellement passionnant et c'est une belle réussite du musée d'avoir réussi à "exposer" la gastronomie avec talent. Cela mérite un peu d'attention si d'aventure vous passez par la capitale des Gaules avant le 29 avril, date de fin de l'exposition.

 

 

Après ces lauriers, passons au moins réussi, au pas heureux du tout, voire au franchement merdouillé. C'est assez rare à Gadagne, mais ça mérite d'être signalé. Il s'agit de l'exposition d'une artiste contemporaine dont je n'ai pas gardé le nom en mémoire, sans doute une locale, dont on a cru bon d'accrocher les oeuvres dans le musée au milieu des pièces anciennes du parcours permanent. Bon, ça encore, ça se fait parfois, avec plus ou moins de bon goût. L'ennui, c'est que ces "oeuvres" (qui consistent en des rubans de soie (eh oui, nous sommes à Lyon... la symbolique n'est pas lourdingue du tout) disposées en sorte de grille que l'on fait pendouiller comme un mobile). C'est assez laid, mais passe encore. L'ennui, c'est que l'on a rien trouvé de mieux que faire tomber ces trucs à 10 cm devant les oeuvres... Ce dispositif particulièrement peu intelligent rend l'oeuvre qu'il masque à moitié très malaisèment lisible. En somme : c'est nul. 

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(Jean-Louis Pivot, Buste de Pernette du Guillet, marbre, 1898) 

 

L'une des autres expositions-dossier placée dans les collections permanentes semble bien plus pertinente : elle s'attache à faire découvrir deux grands architectes lyonnais : Philibert de l'Orme et Girard Desargues. Outre l'intérêt évident des panneaux explicatifs et des quelques objets présentés, on peut voir de petits éléments tout simples qui font beaucoup et témoignent de l'attention portée au visiteur, comme cette petite loupe accrochée à une chaîne, qui permet de déchiffrer plus à son aise les pattes de mouches du manuscrit exposé. 

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(Loupe. Lettre de Girard Desargues au Père Marin Mersenne, 4 avril 1638, Bibliothèque municipale de Lyon)

 

Dans la catégorie "médiation à destination des marmots", Gadagne mérite encore des lauriers. Beaucoup de choses sont installées pour essayer de concilier le divertissement et la pédagogie pour les enfants. J'ai été particulièrement sensible au petit tapis garni d'une énorme boîte de legos destinés à reproduire la fameuse façace de l'hôtel de ville de Lyon, d'après la superbe maquette présentées à côté et un schéma succinct pour les aider. Je crois que, l'espace d'un instant, j'ai regretté ne plus être assez enfant pour que l'on me laisse me vautrer en public dans les petites briques de couleur. En tout cas, l'idée est sympathique, même si encore une fois, c'est un musée quasiment désert que j'ai visité et qu'il est possible que ce genre de choses provoquent en fait bien des soucis, des encombrements et des tensions en période d'affluence. 

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(Toi aussi développe ton penchant secret pour l'architecture)

 

 

La seconde partie du musée, plus petite, consacrée aux marionnettes du monde entier, est l'occasion de s'attarder à nouveau un peu sur cet art singulier, à l'aune de ce que nous avons vu et appris à Charleville-Mézières l'automne passé.

J'aime beaucoup la salle consacrée aux premières marionnettes françaises, dite "salle des sonneurs de trompe", avec son beau décor peint de scènes de chasse exotiques un peu naïves du XIXe s. 

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(Salle des sonneurs de trompe, musées Gadagne)

 

J'ai également prêté attention aux dispositifs vidéo, que l'on déclenche à la demande. Plutôt bien fait, évoquant dans chaque salle tel ou tel aspect des marionnettes (à la télévision, les marionnettes en Europe, etc). Cela a surtout l'intérêt de montrer les marionnettes en action et de rendre ainsi un peu de leur destination originale à un art avant tout vivant. Seul bémol, ces vidéos sont assez bruyantes et peuvent potentiellement gêner d'autres visiteurs. 

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(Marionnettes traditionnelles en Europe, dispositif vidéo. Scène de Karagöz)

 

Après cette belle visite, vu que nous approchions de l'heure où s'active l'horloge astronomique de la cathédrale, je m'y suis rendu. Quel choc! Un an auparavant, la façade était encore recouverte d'échafaudages. Le résultat est à la hauteur de l'attente et la cathédrale apparaît dans toute sa beauté gothique, nettoyée, presque trop blanche. C'est vraiment saisissant. 

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(Cathédrale St Jean, XIIe-XIVe s.) 

 

 

Les piédroits sont désormais visibles et c'est un vrai plaisir de s'amuser à détailler les multiples petites scènes qui y sont sculptées. Il y en aurait environ 300, avec des scènes bibliques mais aussi des sortes de monstres (hommes sirènes par exemple) ou des scènes animalières (aigle dévorant un lapin), etc... Il est juste dommage qu'un petit dépliant ou guide ne nous détaille pas les différentes scènes ni si elles possèdent une signification d'ensemble. En tout cas, c'est un remarquable travail de sculpture du XIVe s, plein de finesse et de fantaisie.

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(Piédroit, XIVe s.)

 

Je profite ensuite du spectacle toujours amusant de l'horloge astronomique, avant de poursuivre ma balade à travers la ville jusqu'à la place Bellecour, encore largement en travaux.

Cette belle journée se finira au restaurant. Le lendemain est une journée de travail pour ma fiancée comme pour moi, passée pour ma part avec un des VRP de ma société, à suivre sa tournée. Bref, ce n'était pas mal ni inintéressant, mais ça ne vaut pas les visites et les promenades en couple!

 

Ce que nous nous sommes empressés de faire dès le lendemain, en profitant de notre séjour dans la région pour pousser jusqu'à Bourg-en-Bresse.

 


Le samedi, nous prenons donc le train pour une petite heure de trajet jusqu'à la préfecture du département de l'Ain, Bourg-en-Bresse. Comme son nom l'indique, cette modeste ville de 40 000 habitants est la capitale de la petite région historico-naturelle de Bresse. 

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(Maison renaissance (début XVIe s.), 11 rue Teynière)

 

 

La ville paraît une grosse bourgade plutôt endormie; architecturalement, en se dirigeant vers le centre-ville, on traverse d'abord des quartiers très bourgeois XIXe s., avec des immeubles haussmaniens et quelques manoirs imposants. Puis l'on arrive dans un petit quartier central tout à fait médiéval, avec divers vestiges anciens et maisons à pans de bois, dans un ensemble très agréable. C'est notamment le cas dans ce petit secteur de maisons anciennes autour de la porte de l'ancien couvent des Jacobins et de la rue Migonney.

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(Porte des Jacobins, 1437)

 

 

J'ignore si la ville était plus vigoureuse autrefois, mais elle semble globalement avoir perdu de sa superbe : les façades sont grises, souvent encore couvertes de crépi gris immonde... On a l'impression d'une cité prospère qui se serait peu à peu appauvrie. Malgré tout, elle reste agréable à parcourir et les maisons à pans de bois qui ont été nettoyées de leur crépis ont beaucoup de charme.

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(Maison ancienne)

 

La ville est dominée par une belle co-cathédrale (je ne sais même pas que ça existait ces bêtes-là) mi-gothique très tardif, mi-renaissance. L'aspect général est gothique, mais le portail est tout à fait renaissance et est surmonté d'une copie de la Vierge à l'enfant de Coysevox visible dans l'église Saint-Nizier à Lyon (et une réplique en bois aux musée Gadagne).

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(Co-cathédrale Notre Dame, XVIe-XVIIe s.)

 

L'intérieur mérite largement d'être vu et abrite notamment une Vierge noire du XIIIe s., une chaire du XVIIIe s. et des vitraux de belle qualité. Mais surtout, selon moi, le plus exceptionnel est le magnifique ensemble de stalles du XVIe s., très joliment sculptées. Ces stalles sont d'une richesse ornementales assez rare : le dais présente systématiquement des saints encadrés par d'un arc gothique, les miséricordes sont ornées de têtes de bouffons et de fous, mais j'ai une tendresse toute spéciale pour les petites scènes au sommet des jouées. Certaines présentent des animaux, chiens ou lions, adossés ou affrontés, mais les plus jolies et originales montrent des personnages face à face se livrant à quelque activité de la vie quotidienne bressanne représentée avec réalisme : lecture, pique-nique, etc... Des petits bijoux de sculpture du XVIe s. à mi-chemin entre art populaire et art savant; une excellente surprise. 

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(Stalles de la co-cathédrale, scène populaire)

 

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(Stalles, étudiants lisant)

 

 

Après cette belle visite, nous nous mangeons dans un restaurant animé du centre-ville avant de repartir vers ce qui constituait le principal but de notre visite jusque là : le monastère royal de Brou.

Brou est une ancienne bourgade qui s'est retrouvée avalée par l'extension urbaine de Bourg-en-Bresse dont elle constitue désormais un simple quartier excentré (eh oui, il faut marcher un peu). Et le principal attrait de ce petit quartier sans charme est ce monastère royal et son église démesurée au regard de l'importance de son lieu d'implantation. Cet ensemble exceptionnel du début XVIe s. a édifié par la volonté de Marguerite d'Autriche. Pour situer un peu, Marguerite d'Autriche est la fille de l'empereur Maximilien et de Marie de Bourgogne (la fille du Téméraire) et la tante de Charles Quint. A la mort de son mari Philibert de Savoie en 1501, elle fait le voeu de transformer le petit prieuré de Brou en un grand monastère. Bien qu'elle meure aux Pays-Bas dont elle était régente et ce trente ans après le décès son époux, Marguerite viendra reposer à ses côtés dans l'église de Brou. On comprend mieux, vu la haute personnalité de la donatrice, pourquoi le lieu n'est pas franchement modeste.

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(Monastère royal de Brou, Eglise. XVIe s.)

 

L'église, avec sa silhouette blanche aux tuiles vernissées se dressant sur un espace assez dégagé, frappe le regard lors de notre arrivée. Nous commençons par détailler l'église de l'extérieur, en en faisant le tour par le petit parc qui l'entoure. Le magnifique portail renaissance montre un Christ aux liens aux pieds duquel sont agenouillés Philippe le Beau et Marguerite d'Autriche accompagnés de leur saints patrons. N'hésitez pas à cliquer sur les photos pour agrandir. 

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(Portail de l'église de Brou, début XVIe s.)

 

 Partout, sur le portail comme sur les façades latérales, on trouve plusieurs symboles de ce monastère et de sa donatrice : les initiales P et M entrelacées, les bâtons croisés symboles de la Bourgogne, des motifs floraux parfois transparents (marguerites), etc... Très intéressant, très fin dans le détail et surtout très bien conservé et restauré. 

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(Façade latérale, détail de la décoration, monogramme PM pour Philibert et Marguerite)

 

Après avoir contourné l'église, on accède aux bâtiments du monastère qui lui est accolé. La longue façade des cloîtres donne sur un joli jardin aménagé en jardin de simples. Malgré le froid qui règne ce jour, l'ensemble est très agréable. Et ce n'est qu'un début...

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(Jardins du monastère)

 

On entre par le monastère. La visite se divise en trois parties : l'église, les cloîtres, et les collections d'art installées dans les bâtiments et les cellules des moines. Un plan donne une excellente idée de la disposition de l'ensemble. 

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(Plan du monastère) 

 

On entre par le premier cloître, destiné à l'origine à l'accueil des visiteurs de haut rang, et sur lequel donnait les appartements destinés à Marguerite d'Autriche et à sa suite. C'était un peu le cloître d'apparat, le public. Il y a deux autres cloîtres, ce qui en fait l'un des seuls si ce n'est le seul monastère en France disposant ainsi de trois cloîtres côte à côte.

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(Premier cloître)

 

Après être passés dans le premier cloître, on accède à l'église par une porte du transept. On est immédiatement frappé par la blancheur et la lumière qui règne dans ce lieu magnifique. Le mobilier est quasiment inexistant dans la nef (hormis une cuve baptismale), seul le choeur en est pourvu. Et l'on se demande quand on voit les très vastes volumes de la nef, si l'église ne semblait pas très vide quand elle servait, outre pour les douze moines installés dans leurs 74 stalles, pour les messes ordinaires de la paroisse de Brou. Le choeur est séparé du reste par un splendide jubé très richement décoré.

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(Jubé)

 

Les stalles sont belles, mais - à l'exception des misécordes présentant des têtes de bouffons - elles n'ont pas l'exubérance décorative de celles de Bourg. Elles sont un mélange du travail des artistes flamands envoyés depuis les pays gouvernés par Marguerite et de celui des artisans bressans.

Nous passons à gauche du jubé pour faire le tour du choeur, commençant une petite chapelle très intime, peu décorée, mais, chose curieuse, garnie d'une cheminée! En réalité, il s'agissait, à la demande de Marguerite, de concevoir une chapelle qui soit quasiment un petit salon confortable, avec chauffage, tapisseries, etc... Cette mini-chapelle est contigue à la la "Chapelle de Marguerite", qui abrite deux éléments exceptionnels.

 

Le premier est cet incroyable retable brabançon en marbre, chef-d'oeuvre de finesse qui nous est parvenu dans un état de conservation idéal, comme l'essentiel des éléments visibles à Brou. Il représente les Sept joies de la Vierge (Annonciation, Visitation, Nativité, etc...) C'est un vrai plaisir que de détailler les multiples petites scènes qui s'y trouvent.

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(Retable des Sept joies de la Vierge, travail brabançon)

 

Un superbe vitrail éclaire cette chapelle, avec encore une fois une iconographie consacrée à la Vierge. C'est une belle Assomption dominant la donatrice, son défunt mari et leurs saints patrons. Il paraît, si l'on en croit les guides et les cartels, que ce vitrail puise son inspiration chez Dürer et Titien. Autant pour Dürer, ça me semble indiscutable au moins pour la composition haute de la Vierge couronnée : http://www.europeana.eu/portal/record/15802/AA1BB1C46A98B860E17B1FA0C186917EE44FCEB8.html, autant pour Titien, ça me semble plus discutable, si l'on s'en réfère à sa version de l'Assomption qui se trouve dans une église vénitienne : http://www.e-venise.com/pics/peinture/titien-assomption-vierge-eglise-frari.jpg

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(Vitrail de l'Assomption) 

 

Le fond du choeur est occupé par trois tombeaux : ceux de Philibert de Savoie et de Marguerite d'Autriche bien entendu, ainsi que de Marguerite de Bourbon, la mère de Philibert. Les sculptures des tombeaux sont l'un des sommets de l'art flamand dans ces terres de confins entre la Bourgogne, la Savoie et la France. Les tombeaux de Philibert et son épouse sont les plus spectaculaires et ont la particularité de présenter le défunt habillé, couronné, apprêté sur la partie supérieure, et nu ou du moins habillé d'un linceul fin, au naturel, dans la partie inférieure. L'effet obtenu est assez saisissant. 

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(Tombeau de Marguerite d'Autriche)

 

Contrairement à celui de son épouse, le tombeau de Philibert n'est pas couvert d'un dais de pierre aux lignes archi-gothiques. Plus simple dans sa composition, ce marbre constitue tout de même un beau morceau de sculpture renaissance. 

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(Tombeau de Philibert de Savoie, vue arrière avec blason de Savoie tenu par des angelots)

 

Dans une petite chapelle se trouve une maquette que j'ai beaucoup aimé. Présentant l'état du monastère vers 1525, elle nous offre donc, avec un grand luxe de détails, une vision de l'église inachevée (car le monastère et ses cloîtres avaient été achevés en premier, suivant la volonté des moines qui préféraient pouvoir loger au chaud avant de pouvoir prier, on a ses priorités!). C'est assez rare de voir une maquette présentant le bâtiment inachevé, mais cela permet de mieux comprendre les étapes et les procédés de construction. 

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(Maquette, le monastère royal de Brou vers 1525)

 

Nous quittons l'église pour rejoindre le second cloître, par lequel on accède aux collections d'art du musée de la ville. Ce grand cloître était le principal utilisé par les moines pour leur déambulation. Il est le plus vaste et le plus majestueux. Les collections d'art sont situées dans les anciennes cellules des moines. Si l'on en juge par la taille des cellules et par l'espace disponible, les douze moines du lieu ne devaient pas se trouver trop à l'étroit ni dans une situation trop inconfortable; ce qui ne surprend pas vraiment quand l'on apprend qu'il s'agissait de bénédictins.

Le musée est plutôt petit mais relativement riche pour une petite ville comme Bourg-en-Bresse, et surtout bien pensé. Il présente essentiellement de la peinture ancienne en relation avec la région de la Bresse ou le monastère de Brou, de l'ébénisterie bressanne ancienne et une collection de toiles contemporaines assez sinistres.

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(Allée centrale du musée; de chaque côté, les salles d'expositions, anciennes cellules des moines)

 

On trouve notamment, dans la peinture ancienne, les deux portraits, assez connus, du jeune Charles Quint et de sa tante Marguerite d'Autriche, fondatrice du monastère de Brou, par le peintre de cour Bernard Van Orley. 


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(Bernard Van Orley, Portrait de Charles Quint vers 1516, dépôt du Louvre)

 

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(Bernard Van Orley, Portrait de Marguerite d'Autriche vers 1518)

 

On signalera également quelques toiles de Largillière et de belles peintures vénitiennes et flamandes. J'ai une certaine tendance tendresse pour ce beau Snyders qui présente un combat de coqs, sujet assez classique, mais au cours duquel, au second plan, les poussins se battent également! Le charme des flamands est souvent dans de tels détails plaisants.

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(Frans Snyders, Combat de coqs, vers 1630-1640)

 

Je n'y connais pas grand chose en mobilier, mais la collection de meubles bressans m'a paru de très grande qualité et plutôt originale dans ses formes. 

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(Vaisselier en forme violonnée, XVIIIe s., Noyer et frêne, Bresse)

 

A une certaine époque le musée a visiblement cherché à se constituer une collection de peinture troubadour et y a parfaitement réussi, avec des oeuvres de qualité de peintres pas forcèment connus mais aux thématiques plutôt originales. 

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(Jean-Antoine Laurent, Peau d'Âne, 1819)

 

On signalera également un gigantesque et sombre tableau de Gustave Doré nous montrant Dante et Virgile dans le neuvième cercle de l'Enfer.

Le début du XXe s. est également bien représenté par l'artiste local Jules Migonney, aux thématiques orientalistes.

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(Jules Migonney, Le bain maure, 1911)

 

Je passe sur la collection d'art contemporain, qui s'est concentré sur de l'art abstrait des années 1950 à 1980 environ. N'étant pas très amateurs et les toiles pas très passionnantes, nous sommes passés assez rapidement. La suite de la visite passe par l'ancien réfectoire, attenant au troisième cloître, qui abrite une collection de sculpture religieuse, dont une partie ornait le monastère de Brou. 

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(Christ aux plaies, artiste brabançon, avant 1522, Monastère royal de Brou)

 

Le troisième cloître était destiné aux communs et donnait accès au réfectoire, au chauffoir, aux cuisines, aux chambres des domestiques et à la prison. A l'inverse des deux autres, plus solennels, il présente un style régional bressan plus affirmé. 

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(Troisième cloître)

 

Nous repartons à travers Bourg-en-Bresse vers la gare, heureux de ce que nous avons vus, mais passablement moulus par la combinaison de la marche, des visites et du froid. Le lendemain c'est dimanche et cela sonne déjà le moment de penser au retour. Mais il nous reste encore un peu de temps à passer à Lyon, histoire de profiter un peu de ce que cette belle ville a encore à nous offrir. 

 


Nous décidons donc, après avoir profité un peu de la douceur du lit, de nous diriger vers le Parc de la Tête d'Or, un des lieux que nous n'avions encore visité ni l'un ni l'autre. Ce grand parc urbain a été créé en 1865, comme la plupart des parcs de ce genre en France et répond aux mêmes exigences organisationelles, très à l'anglaise, taillé pour les longues promenades, avec de nombreux éléments d'intérêt pour rendre la balade plaisante.

Nous voyons en premier un vaste enclos où crapahutent en liberté des daims qui ne semblent penser qu'à leur nourriture.

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(Parc aux daims)

 

Non loin se trouvent des serres exotiques, malheureusement fermées pour cause de grands froids exceptionnels. Nous nous rabattons donc sur les animaux, comme les nandous de Darwin qui partagent le parc des daims et paradent volontiers devant nous. Le froid ne semble pas être un problème pour ces cousins de l'autruche. 

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(Nandou de Darwin)

 

Si l'écureuil roux qui déambule librement dans le parc ne semble pas plus gêné, les canards, qui pourtant résistent bien au froid, ont quelque peu de mal à avancer droit sur les étangs glacés où ils glissent régulièrement de manière assez comique.

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(Canards)

 

Le parc de la Tête d'or abrite donc le zoo de la ville de Lyon. Accessible gratuitement, présentant de très nombreuses animales notamment africaines (même si pour des raisons évidentes de climat, nous n'avons pu en voir que très peu), le zoo semble particulièrement bien et intelligemment géré, de façon modèle pourrait-on dire : http://www.zoo.lyon.fr/zoo/sections/fr

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(Watusis)

 

L'une des grandes fiertés du parc, c'est la giraferie, une très grande structure - à la mesure des animaux qu'elle abrite - qui sert d'écurie aux girafes. Hélas, comme il fait beaucoup trop froid pour ces grandes bestioles, on ne peut les apercevoir que très vaguement, en train de recevoir des soins dans leur grande maison. A la place, devant, nous avons droit au spectacle des watusis, des sortes de zébus d'Afrique de l'est qui eux ne craignent pas les températures négatives.

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(Giraferie)

 

 

Un bel espace est réservé aux oiseaux africains, avec en particulier de très beaux pélicans au plumage délicatement rosé, sans doute à cause de la consommation de crevettes.

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(Pélicans)

 

Le zoo, outre l'aspect conservation-reproduction, fait de gros efforts de pédagogie, en particulier vers les enfants (mais pas seulement). Des panneaux explicatifs très clairs et bien fichus expliquent par le menu pourquoi il ne faut pas relâcher ses tortues de Floride n'importe où (le zoo propose un espace pour les déposer), comment éviter de participer au trafic et à la destruction des primates, etc... Dans un registre plus léger, comme l'époque était à la sortie du film Zarafa au cinéma, des panneaux mi-explicatifs mi-ludiques se concentraient sur les girafes. Au passage, ce film, malgré un aspect historique fortement discutable et un côté très enfantin de la narration, mérite tout à fait d'être vu pour ce qu'il est : un excellent dessin-animé français, ce qui n'est pas si courant. 

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(Panneau : Les girafes dans les zoos)

 

Le jour de notre passage, nous avons pu voir ou apercevoir : des mangoustes, adorables et frénétiques, un porc-épic qui roupillait et  un énorme crocodile long de plusieurs mètres, bien au chaud dans les 28 °C de son vivarium. Le zoo présente également des animaux beaucoup plus rares, voire en voie de disparition accélérée.
C'est le cas de ces magnifiques félins que sont les panthères de l'Amour, ces gros chats de Sibérie très rares, classés "en danger critique d'extinction". Les pauvres bêtes tournaient en rond dans leur cage, semblant attendre on ne sait quoi - peut-être leur repas. Dommage que leur cage était vitrée, on ne pouvait pas lui envoyer un marmot idiot en pâture... 

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(Panthère de l'Amour)

 

 

Juste à côté se trouvait une lionne d'Asie, une espèce dont j'ignorais même l'existence et qui ne survit désormais que dans une seule forêt en Inde. Il semble qu'il y ait aussi un mâle au zoo, mais nous ne l'avons pas vu. 

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(Lion d'Asie)

 

Contents d'avoir pu profiter gratuitement d'un zoo si agréable, nous repartons, en espérant revenir un jour lors d'un temps moins cruel pour les animaux africains. Ceci dit, même si nous pestons contre le très grand froid qui sévit, il faut reconnaître qu'il offre en retour des paysages splendides, comme en gelant le lac qui emprisonne les branches des arbres. 

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(Parc de la Tête d'Or)

 

Ce matin-là, la Saône elle-même est plus qu'à moitié gelée. C'est assez impressionnant. 

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(La Saône)

 

Nous profitons du temps qui nous reste pour monter par la ficelle vers Fourvière. Le funiculaire en question et les alentours de la basilique sont envahis, comme une bonne partie de la ville, par des supporters que nous supposons grecs. Il s'agit en fait de Chypriotes venus encourager l'équipe de Nicosie qui affronte l'Olympique lyonnais le lendemain. Nous nous ne nous attardons pas devant la basilique plus longtemps qu'il ne le faut pour l'admirer rapidement, car nous l'avons déjà vu l'année passée en détail et elle n'est pas notre but principal de l'après-midi. 

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(Notre-Dame de Fourvière)

 

Notre but est en effet le parc archéologique de Fourvière et le musée attenant. Il a déjà fait l'objet d'un article plus complet de ma part, lisible ICI. Mais ma compagne ne l'avait pas vu, et comme ça vaut quand même largement le coup, nous avons réparé ce manque. 

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(Odéon)

 

Nous visitons donc avec délectation le très beau quartier des loisirs de l'antique Lugdunum, avec son amphithéâtre, son odéon, ses rues en marbre et ses boutiques. Puis nous visitons le musée, qui n'a guère bougé depuis la première fois, mais qui mérite vraiment d'être vu par tout amateur d'histoire romaine, même s'il n'est pas passionné, tant les collections sont hors du commun. Je ne rappelerai pas tout ce qui s'y trouve, j'en ai déjà trop largement parlé dans mon article sur le sujet. Et puis, rien ne vaut la découverte par soi-même. Vous savez ce qui vous reste à faire...

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(Statue en bronze et calendrier gaulois trouvés à Coligny dans l'Ain en 1897, Ier s.)

 

Au dernier étage (c'est-à-dire au dernier sous-sol) se tenait une sympathique exposition sur la médecine à l'époque romaine (elle se poursuit jusqu'au 22 avril si d'aventure cela vous intéresse). Nous n'avions hélas plus trop le temps pour en profiter pleinement, mais des lutteurs proposaient une animation sur la lutte à l'époque romaine, à base de témoignages archéologiques. Cela avait l'air bien fait et intéressant, dommage.

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(Boîte à médicaments en ivoire, vers 400 ap. J-C, transformée en reliquaire au Moyen Âge, Domschaztmuseum, Coire)

 

Pressés par le temps mais satisfaits de nos visites du jour, qui ne furent pas bâclées pour autant, nous repartîmes vers nos pénates parisiennes, tout autant ravis de notre second séjour lyonnais que nous l'avions été du premier.

 

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08 mars 2012

Expo passée : Des jouets et des hommes au Grand Palais

Dernière des expositions achevées dont j'ai envie de parler : Des jouets et des hommes au Grand Palais. 

 

Autant le dire, par le nombre et la qualité des jouets présentés, cette expo - qui faisait partie d'un cycle dans lequel se plaçait aussi Game Story - était exceptionnelle. Sur le propos, il y avait du très bon et du franchement discutable.

 

L'exposition a un parti-pris de base qui est de ne traiter que les jouets à partir du XIXe s. (à de rares exceptions antiques ou médiévales qui ne sont là qu'à titre de comparaison). A travers plus de mille pièces, l'exposition tente d'appréhender cette matière complexe, dans ses permanences et ses innovations au travers du temps. Le propos se veut résolument thématique, ce qui n'est pas forcèment une mauvaise idée, et les textes sont souvent plutôt bien amenés et tentent d'analyser avec une certaine profondeur les jouets présentés et ce qu'ils représentent, leurs fonctions, leur symbolique, etc... Bien entendu, toute catégorisation est discutable, mais le découpage adopté est plutôt correct : les animaux, les automates, les jouets de filles et de garçons (une catégorie justifiée mais très mal traitée) et enfin l'influence des médias. 

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(Cheval mécanique du Prince impérial, vers 1862-1865, collection Hermès, Paris) 

 

 

La première salle, en préambule, évoque le jouet en général, et le don du jouet en particulier. Le côté rituel du don de jouet est très bien mis en avant en particulier par de très belles affiches évoquant le Père Noël et les distributions de jouets par les grands magasins parisiens au début du XXe s. Les jouets font l'objet d'une période très précise de distribution, qui perdure jusqu'à nos jours, où 80% des jouets sont distribués aux enfants soit à Noël, soit pour leur anniversaire.

Les jouets qui sont le sujet principal de l'exposition sont présentés dans diverses vitrines, mais on a aussi droit, de-ci de-là, et parfois en plein milieu de la salle, à des installations mécaniques ou vidéo d'un certain Pierrick Sorin, un plasticien et vidéaste contemporain. Quelques unes peuvent faire sourire à l'instar de ce Père Noël en avion, mais la plupart souffrent d'un manque total d'intérêt. Ni belles ni laides, ni utiles ni hors-sujet, elles sont tout simplement peu intéressantes. En terme d'installation contemporaine dans cette expo, la seule qui m'a paru vraiment digne d'intérêt autant par sa conception astucieuse que par la lecture intelligente qu'elle propose de la question jouet de fille/jouet de garçon n'est pas dudit Pierrick Sorin, mais de l'excellente jeune artiste Chloé Ruchon.

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(Chloé Ruchon, Barbie Foot, 2009, en partenariat avec Bonzini et Mattel, Musée des Arts décoratifs)

 

 

Les jouets "animaux" bénéficient d'une large partie, très bien traitée à mon sens. Tout y abordé et le fait que l'animal est l'un des sujets éternels pour la création de jouets est bien montré. Depuis les animaux les plus familiers imités en peluche, jusqu'aux plus bizarre, exotiques, dangereux ou préhistoriques qui servent à tous les jeux imaginables, l'animal est source de tous les fantasmes enfantins : peur et aventure avec les animaux dangereux, imitation de la vie avec les animaux domestiques ou de la ferme, réconfort des peluches rassurantes et même... religion avec les multiples arches de Noé, un thème qui semble avoir prospéré jusqu'à nos jours malgré le segment réduit de public concerné (je n'en avais pas étant petit, mais je suis d'une famille fort mécréante).

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(Animaux de la ferme, Benjamin Rabier, vers 1910, Musée des arts décoratifs)

 

L'emprise religieuse sur certains jeux d'enfants n'a pas cessé de m'étonner également dans la section consacrée à l'imitation des adultes, où, parmi les costumes de pompier, d'institutrice ou d'infirmière, on trouve des déguisements de prêtres! On imagine sans peine les petits Flanders "jouer" à réciter la messe, le dimanche matin, avant d'aller... à la messe....

Cette section sur l'imitation des métiers adultes est assez révélatrice, non pas de ce que l'enfant deviendra, mais de ce que les parents placent comme espoirs ou comme valeurs dans les jouets qu'ils offrent à leurs rejetons. Comme souvent, le cadeau en apprend plus sur le donneur que sur le receveur. Après, avoir placé les lego et jeux de construction dans cette catégorie me semble un peu discutables, tant à mes yeux de grand joueur de lego, ils constituent une catégorie à part entière dans le monde du jeu et du jouet.

 

La partie sur les automates ne fait pas l'objet d'une analyse particulièrement fine, mais elle est à mon sens la plus belle. Les automates et jouets mécaniques sont en effet souvent d'une poésie, d'un charme qui ne peut que ravir également les adultes. Le repas des cochons en est un merveilleux exemple. Plus que dans le pur jouet, on est là dans la grande tradition de l'automate héritée du XVIIIe s. européen, où l'on créait à partir de mouvements d'horlogerie complexe des scènes quasiment aussi raffinées et d'un niveau de précision qui n'est pas loin d'être équivalent à celui des robots japonais d'aujourd'hui (je vous conseille de regarder ces deux vidéos données en lien et de comparer la qualité obtenue à 250 ans d'intervalle). 

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(Le banquet des petits cochons, vers 1930, France, Musée des Arts décoratifs)

 

Une très grande section du rez-de-chaussée est ensuite consacré aux jouets de filles tandis qu'une bonne partie de l'étage le sera aux jouets de garçons. Globalement, les jouets de filles sont plutôt bien choisis, mais le propos, à force de vouloir enfoncer les préjugés, en devient presque trop brutalement militant, ce qui est dommageable au caractère scientifique de l'exposition. Quand le texte de l'exposition indique par exemple :

"Une étude de l’Institut national d’études démographiques (INED) publiée en 2010 pointe que le nombre de naissances en France a cru malgré la crise économique. Les femmes sans emploi ont continué de procréer, le chômage de l’homme ayant plus d’incidence sur la décision d’avoir un enfant ou pas. Être mère, c’est encore aujourd’hui s’occuper de sa famille et de sa maison, et travailler quelques heures en plus. La femme au foyer reste ainsi un modèle d’identification très fort dans notre société, même si des associations féministes bataillent depuis des années pour une amélioration des conditions de travail et de la vie des femmes.",

même si l'intention est louable, on se demande un peu ce que ça vient fiche là...

 

Bref, la section sur les jouets des petites filles est l'occasion de voir deux pièces véritablement exceptionnelles, prêtées par Sa Majesté Elisabeth II : les grandes poupées France et Marianne, offertes par la République française en 1938 aux princesses Elisabeth (la reine actuelle) et Margaret (sa soeur cadette) lors de la visite dans notre pays de leur père le roi George VI. Ces poupées sont de véritables oeuvres d'art, réalisées par les meilleures maisons françaises : robes de chez Rochas, accessoires Hermès, etc...

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(Poupées France et Marianne et leurs accessoires, France, 1938, Royal Collection Trust)

 

 

La section sur les jouets de garçon est quant à elle d'une totale inanité. En fait, on trouve classé là, pêle-mêle, tout ce qu'on n'a pas pu caser dans la section filles, alors même que la plupart des jouets sont bien mixtes. Si l'on est d'accord pour y classer tous les petits soldats et trucmuches liés à la guerre, on du mal à comprendre en quoi les voitures à pédales et d'un manière générale tout ce qui est lié aux transports et à leur évolution au cours du XXe s. (trains, avions, fusées, etc) ne seraient pas plutôt des jouets mixtes.

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(Soucoupe volante, 1950-1960, Musée des arts décoratifs)

 

Le seul propos intéressant est celui concernant les jouets guerriers, dont l'évolution entre jouets ancrés dans des conflits réels et identifiables (guerres mondiales, guerre du Vietnam, etc) a peu a peu disparu aux profits de conflits imaginaires, plus consensuels dans un marché mondialisé. Désormais, plus question d'avoir un soldat de telle nation affrontant telle autre, mais des Tortues Ninja affrontant un méchant sans autre identité que sa propre méchanceté, et divers héros d'héroic-fantasy détachés des conflits réels.

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(Robot poussin, Japon, vers 1965, Musée des arts décoratifs)

 

 

La partie sur l'âge des médias est forcèment incomplète; la richesse du thème nécessiterait pour ainsi dire une exposition complète. Elle est néanmoins assez intéressante malgré sa brièveté. On y voit l'influence grandissante des médias à destination de la jeunesse (presse et BD, cinéma puis télévision et jeux vidéos) dans le jouet à travers des quantités de produits dérivés, depuis les premières peluches Mickey Mouse assez brutes jusqu'aux figurines Star Wars qui sont l'objet d'un véritable culte chez les collectionneurs. On découvre aussi que la conservatrice ORTF a, dès le milieu des années 1960, pondu des produits dérivés de ses émissions à succès "Bonne nuit les petits" ou "Thierry la Fronde". 

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(Goldorak, 1978, Musée des arts décoratifs)

 

Une toute petite dernière partie évoque le renoncement à ses jouets, qui constitue l'une des épreuves pour passer à l'âge adulte, depuis les jeunes filles romaines qui donnaient leurs poupées au temple de Vénus jusqu'au moment où l'on cesse de croire au Père Noël. Quelques oeuvres d'art, comme l'enfant au toton de Chardin ou une installation d'Annette Messager, interrogent sur ce renoncement. Mais renonce-t-on vraiment totalement à ses jouets? Ne laissent-ils pas, pour certains d'entre eux, une trace indélébile qui fait toute la joie, des années après, de la redécouverte... Et qui démontre aussi la dimension toute personnelle d'un jouet : qui oserait dire, même une fois adulte, qu'il laisserait de bon coeur ses anciens jouets à un enfant d'aujourd'hui, fut-ce sa propre progéniture? Les jouets sont les nôtres, notre premier espace d'individualisme, l'un des premiers supports d'expression de notre personnalité propre. Et tous les parents qui osent réclamer à un enfant de "prêter" ses jouets ne sont que des monstres.

 

 

 L'exposition se clôt sur un ensemble de citations plus ou moins savantes sur la question du jouet, dont je retiendrai surtout celle-ci, qui me semble la plus profonde : "Par le pouvoir du crâne ancestral, je détiens la force toute puissante!" (Musclor)

 

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(Ours, Steiff, vers 1910-1912, Musée des arts décoratifs)

 

 

NB : J'ai glané les images ici et là sur le net.

 

NB 2 : S'il vous prend l'envie de lire ou relire les articles que j'ai consacré au jouet dans l'Antiquité, ils sont ici : 

http://nouvellefeuille.canalblog.com/archives/2009/03/17/13017962.html

http://nouvellefeuille.canalblog.com/archives/2009/03/21/13075272.html

http://nouvellefeuille.canalblog.com/archives/2009/03/28/13017796.html

 

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(Jouet à tirer, Sumer, IIIe millénaire avant J-C)

 

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(Chien à traîner, Keith Haring, 1993, Musée des Arts décoratifs)

 

 

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04 mars 2012

Expo passée : Armures de samouraïs au Quai Branly

Une seconde expo désormais terminée, qui mérite d'être signalée : la présentation au Quai Branly de la très belle collection d'armures japonaises de Gabriel et Ann Barbier-Mueller, ordinairement conservée à Dallas au Texas.

 

Cette exposition était exceptionnelle surtout par la qualité et le nombre des pièces présentées. Pour le propos en lui-même, il était à vrai dire assez compliqué à pénétrer au début, pour finalement s'améliorer au cours de la visite et devenir plus clair. Un gros reproche aussi, purement technique : la présentation d'une telle exposition aussi riche de pièces de dimensions importantes dans la mezzanine du quai Branly est certes sympathique, mais contraint à des dispositifs muséographiques un peu tortueux pour tout y faire tenir. Cela ne poserait pas de problème particulier si l'exposition n'avait pas été un tant soit peu fréquentée... La circulation était donc par moment vraiment pénible alors même qu'il n'y avait pas une foule compacte. Dommage. Peut-être aurait-il fallu avoir plus d'ambition et prendre le parti de rajouter à la collection Barbier-Mueller d'autres pièces évoquant le Japon à l'époque moderne, et d'installer le tout dans le grand hall du rez-de-chaussée.

L'installation très impressionnante dans le hall d'accueil de deux guerriers en armures montés sur des chevaux caparaçonnés est presque un aveu de ce manque d'espace sur la mezzanine.

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(Hall d'accueil du musée. Guerriers sur chevaux, en armures d'époque Momoyama (1573-1603) et Edo (1603-1868))

 

 

 Le parcours de visite, après une présentation globale de l'armure du samouraï, est chronologique (de l'époque Kamakura (XIIe-XIVe s.) à la fin de la période Edô au milieu du XIXe) avant de devenir thématique (les armes, le cheval, etc).

 Les armures sont constituées, comme en Occident, d'un certain nombre de pièces aux noms et aux usages assez codifiés, qui ont bien entendu un usage militaire pratique. Mais, encore une fois selon une évolution semblable à celle de l'Occident, l'armure n'est pas qu'un élément technique, elle est également objet de prestige et d'apparat : on y place de la décoration, on travaille les formes, on innove, on y installe son blason, etc...

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(Armure Nuinobedo Tosei Gusoku, fin XVIe s. (armure) et XVII-XVIIIe s. (masque))

 

Un élément étonnant qui m'a frappé et que j'ai apprécié dans cette vaste exposition très militaire, la présence d"armures" de pompiers. Cela est vraiment intéressant quand on sait la fréquence et l'importance des incendies dans un Japon largement bâti en bois, et ce jusqu'au XXe siècle.

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(Casque de pompier, début période Edo, XVIIe s.)

 

 

Les questions purement techniques des différents éléments d'armure et leur usage intéresseront les passionnés de ce genre de choses, mais restent un peu absconses pour le commun des mortels en mon genre. Mais heureusement, l'expo ne tourne pas uniquement autour de cela, et les rapports avec les Occidentaux et l'influence que la pénétration des Portugais et Hollandais au XVIe s. et des Américains, Anglais, Français au XIXe s. eurent sur l'évolution des moeurs militaires et donc de l'armure japonaise sont assez passionnants. 

On voit ainsi les armures évoluer, les plaques se resserrer pour mieux protéger des balles de fusil, une invention venue d'Europe, mais aussi les masques prendre parfois des formes assez grotesques, avec des nez démesurément allongés, pour évoquer (et caricaturer) les visages européens, les casques imiter ceux des Portugais, etc...

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(Nanban menpo (demi-masque d'influence étrangère), fin de l'époque Momoyama (1573-1603))

 

Les questions religieuses sont évoquées et transparaissent dans les armures, avec la présence de masques assez effrayants représentants des tengu, qui sont des esprits liés au shintoïsme et prennant la forme d'oiseaux fantastiques. Quelques casques arborent aussi des éléments bouddhistes zen, la religion "officielle" parmi les samouraïs. Mais on sent bien tout de même la force du shintoïsme qui demeure sous-jacent en particulier dans la décoration animalière.

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(Armure Tengu Tosei Gusoku, signée Kaei kanoetora aki kaigen Ansei Kiyotoshi kitaeru (forgée par Kiyotoshi à l'automne de l'année kanoetora de l'ère Kaei (1854), au moment du passage à l'ère Ansei) sur le dessus du casque, Munekiyo kitaeru (forgé par Munekiyo) et Ryusuiken saku (fabriquée par Ryusuiken) sur le côté du casque, fin période Edo, 1854)

 

Une petite section évoque le cheval du samouraï. Si l'on y apprend rien de fondamental et qu'encore une fois l'armure du cheval suit une évolution assez semblable à son équivalent européen, il est amusant de voir la forme prise par les masques de chevaux, qui en font des animaux fantastiques, des sortes de dragons.

Le tout s'achève de manière plutôt bien vue mais assez rapide sur des extraits de classiques du cinéma japonais évoquant les samouraïs, comme Les contes de la lune vague après la pluie de Mizoguchi ou Les sept samouraïs de Kurosawa. 

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(Masque pour chevaux, fin période Edo, XIXe s.)

 

Au final que dire? Une exposition avec une telle concentration d'armures japonaises est forcèment exceptionnelle. Le propos est au final assez équilibré et si l'on décroche quelquefois devant les panneaux les plus austères, cela ne dure jamais longtemps. La diversité des pièces présentées est également la bienvenue : on évite l'alignement superbe mais rébarbatif d'armures toutes les mêmes et toutes de la même époque; c'est un vrai plaisir d'avoir, au travers du prisme de l'armure et de ce qui tourne autour, une vision de la société japonaise à l'époque moderne.

Du côté des gros bémols : une circulation rendue vraiment pénible par la disposition des vitrines ne laissant par endroits qu'un passage fort étroit et aussi un passage sans doute trop rapide sur l'organisation du pays à l'époque du shogunat. Un peu plus de précisions sur les mon (équivalent japonais du blason occidental) aurait également été apprécié.

 

Et pourquoi ne pas finir par une audace, en sortant du cadre strict de la collection Barbier-Mueller, avec un clin d'oeil au cosplay, cet "art" venu lui aussi du Japon et qui est aussi peut-être parfois une sorte d'armure, au propre comme au figuré.

 

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(Cosplay, sans doute de Power Rangers, Japan Expo 2010. Image piquée sur http://fatblog.over-blog.com)

 

NB: J'ai pris des photos lors de ma visite de cette exposition, mais hélas, je ne suis, à mon grand regret, pas parvenu à les retrouver sur mon ordinateur, dont elles semblent s'être évaporées. Alors faute de mieux et d'images de presse disponibles pour les blogueurs, j'ai piqué la première photo d'illustration sur ce blog personnel et les autres sur le dossier de presse du musée du Quai Branly.

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15 février 2012

Expo passée : Alexandre le Grand au Louvre

Après une "petite" pause involontaire, le moment est venu de reprendre le fil de ce blog. Quelques expos et sorties méritent que j'en parle un peu ici.

 

Commençons par cette exposition au titre alléchant : "Au royaume d'Alexandre le Grand, La Macédoine antique" qui a eu lieu au Louvre d'octobre à janvier. Pas la peine de vous précipitez, elle est finie depuis plus d'un mois. Et de toute façon, disons-le tout net, même quand elle était encore en cours, ça ne valait pas le coup d'y courir, à moins d'être franchement spécialiste et d'avoir très envie.

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(Statère d'Alexandre le Grand, vers 319-315 av. J-C, Or, Musée archéologique de Thessalonique)

 

 

Je ne vais pas passer tout l'article à répéter sous diverses formes mon avis. Je le donne ici une fois pour toute : il s'agit d'une exposition qui présente des pièces réellement superbes et qui pourraient être particulièrement intéressantes si seulement un minimum d'effort avait été mis sur la pédagogie. Tout est abscon au possible et a clairement été pensé par des spécialistes (ce qui est bien) pour des spécialistes (ce qui est moins bien). Rarement une exposition aux pièces si exceptionnelles aura été une telle punition à aller voir. On aimerait la revoir repensée, plus claire.

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(Casque et son masque, vers 520 av. J-C, Musée archéologique de Thessalonique)

 

Le propos de l'exposition est pourtant assez original : dresser un portrait politique, artistique, social et culturel de la Macédoine antique, ce petit pays aux confins du monde hellénisé et qui donnera naissance à Philippe II, le vainqueur des cités grecques, et à son fils Alexandre le Grand, qui poussera l'oeuvre expansionniste de son père jusqu'à amener les limites du monde grec aux marges de l'Inde... Et plutôt que de parler uniquement d'Alexandre ou des royaumes hellénistiques qui naîtront du découpage de l'empire dès la mort du conquérant, le choix opéré a été de traiter uniquement de la Macédoine géographique (aussi bien avant Alexandre que sous la dynastie hellénistique antigonide et d'en donner une image claire à la lumière des dernières découvertes archéologiques.)

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(Couronne de myrte en fleurs, vers 300 av. J-C, Musée archéologique de Thessalonique)

 

La plupart des pièces présentées viennent de musées grecs, en particulier celui de Thessalonique (en Macédoine grecque), complétées par quelques objets provenant d'autres musées grecs ou du Louvre. Le principal intérêt de l'expo, qui tend à devenir un peu moins compliquée et mieux organisée à mesure qu'on s'approche de la sortie, est de démontrer, si besoin était, la richesse des vestiges archéologiques de la Macédoine antique. L'on présente souvent, à tort (merci Démosthène et ses copains), Philippe et Alexandre comme des personnages surgissant d'un quasi-néant historique et culturel et provenant d'une contrée certes hellénisée mais avec tant de traits barbares qu'elle en devenait douteuse.

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(Copie de la mosaÏque de la chasse au lion, original de la fin du IVe s. av. J-C, Musée archéologique de Pella)

 

Le nombre et la qualité des pièces présentées prouve bien qu'il n'en était rien, et que la Macédoine, bien que située aux confins de la Grèce, n'est était pas moins pleinement grecque et bénéficiait d'une culture et d'une société tout aussi raffinée que leurs voisines les brillantes citées de la péninsule.

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(Figure féminine, IVe s. av. J-C, terre cuite, Musée archéologique de Thessalonique)

 

 

Au final, tout ne fut pas déplaisant dans cette exposition, mais son propos était vraiment rendu complexe à dessein, par un conservateur sans doute soucieux de ne pas vulgariser honnêtement sa discipline. Nous nous y connaissons un peu, et il nous a vraiment fallu nous accrocher. Je n'ose alors penser aux pauvres enfants que certains visiteurs avaient traînés là... 

 

NB : Evidemment, comme vous vous en doutez, les photos (interdites dans l'expo) ne sont pas de moi mais proviennent du site du musée du Louvre.

 

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(Pilier hermaïque, vers 200 ap. J-C, Musée archéologique de Thessalonique)

 

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15 janvier 2012

Back to London with the grandmother and a lot of squirrels

Sans vouloir me vanter, je suis quand même un brave garçon. C'est vrai, vous en connaissez beaucoup des comme moi, qui arrachent leur grand-mère de 81 ans à sa maison des Vosges pour l'emmener à Londres pendant un week-end prolongé? Ben moi je connais que moi... Faut dire aussi qu'elle est d'un genre spécial : solide, bonne marcheuse, courageuse et toute heureuse de voyager à la découverte d'un pays - ou au moins d'une ville - où elle n'avait jamais mis les pieds et dont elle ne parle pas un mot de la langue.

Nous, nous sommes allés plusieurs fois à Londres, des expériences courtes, surtout axées sur la visite d'expositions, qui vous sont narrées dans de bien jolis petits articles ICI, ICI, ICI et ICI.

 

Y'en a un autre LA.

et encore un ICI aussi... 

 

Une autre fois, nous avons même osé nous aventurer hors de Londres...

 

 

Mais revenons à nos sheep. C'est aussi une première pour ma grand-mère que de prendre le tunnel sous la Manche, cette incroyable réalisation technique qui ne se traduit pour le voyageur que par une demi-heure de noir... Au final, on arrive dans la gare de Saint Pancras, un bel édifice néo-gothique qui se prépare tout doucement, comme le reste de la ville, pour les Jeux Olympiques de l'été 2012. 

Les JO se préparent

(Gare de Saint Pancras, terminal des Eurostar)

 

Londres, surtout quand en matière de grande ville notre référence est Paris, c'est forcèment une expérience. Ni pire ni meilleure que Paris, mais tellement différente. Rien que pour l'architecture, quand on est habitué aux immeubles haussmaniens, le néo-gothique de certains grands bâtiments et la brique rouge, c'est forcèment dépaysant. 

Hôtel Russell

(Hôtel Russell, Russell Square)

 

Et puis Londres, c'est plein de clichés, inévitables, dont la disparition serait un crime culturel, comme ces fameuses cabines téléphoniques, pourtant devenus obsolètes et bien désertées mais qui ont la force du symbole... 

Russell Square

(Cabines téléphoniques, devant Russell Square) 

 

Et depuis quelques années, les délicieux parcs anglais connaissent la présence de plus en plus importante d'un envahisseur mignon : l'écureuil gris. Ecologiquement, leur présence n'est pas une bénédiction, en particulier pour les écureuils roux locaux. Mais comment leur résister? 

Ecureuil (6)

(Pas franchement farouche)

 

Nous passons par le quartiers des théâtres, où les comédies musicales, parfois à l'affiche depuis des lustres, se signalent de façon plus ou moins clinquante ou baroque. Mention spéciale pour ce Freddie Mercury géant, devant lequel nous passons à quelques jours des vingts ans de la mort.

Freddie Mercury géant (2)

(We will rock you, comédie musicale en hommage au groupe Queen)

 

Histoire de montrer à ma grand-mère ce que veut réellement dire l'expression "parc anglais", nous nous dirigeons vers Hyde Park. Nous n'avions jamais vraiment arpenté ces coins là, et c'est l'occasion de découvrir un beau et émouvant monument consacré aux animaux dans la guerre. Un sujet décidemment dans l'air du temps... 

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(Monument "Animals in war")

 

 Hyde Park, dès que l'on s'éloigne des pelouses vides pour s'approcher des arbres, ça grouille d'écureuil, évidemment! Un couple de Français nous refile la fin de leur paquet de cacahuètes. Les écureuils, gourmands et curieux, s'approchent de nos mains qui leur tendent les petites cacahuètes. Parfois ils les mangent, mais la plupart du temps, ils s'éloignent, font mine de creuser un peu le sol, y dépose l'arachide et referme leur cachette en posant une feuille par-dessus!

Ecureuil, Hyde Park

(Et ton régime?)

 

 Après un passage devant le Victoria & Albert Museum, que nous visiterons pas cette fois-ci, mais dont l'extérieur vaut déjà le coup d'oeil et constitue une invitation à entrer. 

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(Entrée du Victoria and Albert Museum, 2e moitié du XIXe s.)

 

Petit passage obligé et assez appuyé dans le quartier, surtout en cette période environ un mois avant Noël : Harrods, une merveille à l'extérieur comme à l'intérieur. Le grand magasin anglais par excellence, qui mérite une visite à lui tout seul même si on a pas l'intention d'y acheter quoi que ce soit. On ne se lasse pas des salles du rez-de-chaussée consacrées aux produits alimentaires.

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(Magasin Harrods, décoration, stand des poissons et fruits de mer)

 

La décoration y est plus neutre, mais l'autre incontournable d'Harrods, c'est sans conteste l'immense section de jouets. On y trouve de tout en matière de jouets : jeux de société, poupées, peluches, lego et autres playmobils bien sûr... mais aussi des trains électriques au charme suranné, des chevaux à bascule ou de superbes caisses à savons.

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(Liftier de chez Harrods, en lego)

 

Si les jouets présentés sont plutôt traditionnels, attention, ils existent dans tous les formats, y compris le super balèze : maisons de poupées entièrement meublées et qui doivent mesurer pas loin d'un mètre de haut, peluches au-delà de la taille humaine, boîte géante complète de lego Star Wars, etc...

Le secteur des peluches est fascinant : je n'ai jamais vu autant d'espèces animales sous cette forme. On trouve de tout, vraiment de tout, c'est un monde vraiment magique où il n'aurait pas fallu me laisser enfermé une nuit quand j'avais huit ans.

Harrods, section des jouets (11)

(Gorille, à peu près taille réelle)

 

Le seul défaut de ce week-end de novembre au climat très agréable, c'est justement qu'il est en novembre. La nuit tombe donc tôt, trop tôt. Ce qui nous oblige à finir notre petit tour en nocturne. Et toujours à pieds. Car malgré nos 132 ans à nous trois, nous avons tout fait à pieds pendant ces trois jours ! On ne s'est pas vraiment économisé, mais c'était pour la bonne cause.

 Nous passons donc du côté de Buckingham Palace, surmonté d'un drapeau qui n'est pas l'Union Jack mais un autre (celui du Prince de Galles peut-être?), signe que la Reine ne s'y trouvait pas. Mais vu l'attente de gens devant les grilles ouvertes qui semblaient n'attendre que l'arrivée d'une voiture, on est en droit de penser que la Queen allait bientôt revenir occuper sa modeste chambrette. 

Buckingham Palace 

(Buckingham Palace, première moitié du XIXe s.)

 

Vu que nous sommes dans le quartier, nous en profitons pour jeter un oeil à l'abbaye de Westminster, à la fois nécropole et lieu du couronnement des rois et reines d'Angleterre. Bien entendu, à cette heure tardive, le bâtiment est fermé et nous nous contentons d'un tour extérieur de cette belle architecture gothique.

Abbaye de Westminster

(Abbaye de Westminster, XIIIe s.)

 

Sur les pelouses au pied de l'église, se trouvent des sortes de carrés hérissés de petites croix blanches ornées d'une fleur rouge. Il y en a une très grande quantité, comme un modèle réduit de cimetière militaire.

L'Angleterre ne célèbre pas le 11 novembre par un jour férié comme chez nous, mais par contre, le week-end suivant cette date (Remembrance Sunday) est consacré à la célébration dans une certaine ferveur des morts britanniques lors des guerres mondiales. Ici, ce sont des vétérans qui plantent les petites croix, touchants vieillards fatigués accroupis sur le gazon en pleine nuit et racontant volontiers leur guerre aux passants.

La petite fleur rouge en plastique qui se trouve sur les croix est également accrochée sur la poitrine de nombreux anglais. Nous en comprenons enfin l'origine : un petit stand vend ces petites fleurs au profit de l'association des anciens combattants.

Abbaye de Westminster, jardin du souvenir

(Pelouse de Westminster Abbey, 12 novembre 2011)

 

Après le gothique de l'abbaye, nous remontons vers la Tamise pour admirer le néo-gothique du parlement dans le palais de Westminster. 

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(Palais de Westminster, milieu du XIXe s.)

 

La soirée se veut également très couleur locale, avec un repas pris dans un pub. Un samedi soir... Autant dire que l'expérience est déroutante et amusante pour ma grand-mère. Autour de nous, ça parle fort, ça chante, ça s'apostrophe... et bien entendu ça absorbe des quantités de bières. La bière faisant son effet, nos joyeux angliches finissent assez vite dans un état semi-comateux et parlent soudain beaucoup beaucoup moins fort...

 Nous rentrons à l'hôtel avec des pieds totalement décédés. Le sommeil ne sera pas très long à arriver.

Le breakfast du lendemain est toujours bien sympathique et nous aide à nous mettre en route pour une journée encore bien remplie et intense. L'idée est de faire un parcours en trois grandes étapes : Temple, St Paul et la Tour de Londres. Et ensuite, nous aviserons.

Nous nous rendons d'abord à Temple, en passant devant des endroits aussi typiques que Lincoln's Inn, la cour royale de justice ou Fleet Street. 

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(Cour royale de Justice, 1874-1882)

 

Hélas, l'église du Temple n'est pas accessible aux touristes, car c'est le culte qui va débuter. Avec notre programme chargé, nous ne tenons pas à patienter un peu dans le vide pendant au moins une heure, tant pis, ce sera pour une autre fois, mais nous finirons par y pénétrer, dans cette fichue église! Nous l'aurons à l'usure.

Nous marchons ensuite aux abords de la City vers St Paul, le chef-d'oeuvre de l'architecte Wren. Devant le grandiose du baroque, à deux pas de la City, l'un des plus grands centres de la finance mondiale, se trouvaient alors (et se trouvent encore?), dans un contraste très anglais, un vaste campement d'Indignés.

Indignés de St Paul (2)

(Indignés de Saint Paul, 13 novembre 2011)

 

On ressent à la vue (pour ne pas dire à la visite) de ce campement, un sentiment étrange. Celui de voir une foule disparate, entre néo-hippies, jeunes diplômés indignés du manque de perspective et du blocage social qui leur est fait par les générations précédentes (j'en sais quelque chose), illuminés de tout poil, etc... Et en même temps, une impression de voir là, peut-être, quelque chose qui ressemble à l'Histoire en train de se faire, concrètement.

C'est un fait unique je pense que le livre d'un vieil homme de 94 ans (conjugué il est vrai à une situation économique, sociale et politique pourrie) inspire aussi fortement la jeunesse du monde entier, comme un pont entre les générations. En tout cas c'est une expérience surprenante et vraiment intéressante.

Au milieu de ce mini-camp, le grand artiste britannique Banksy a déposé une oeuvre originale, vite recouverte de petites inscriptions, ce qui ne doit pas déplaire à l'artiste.

Oeuvre de Banksy (2)

(Banksy, Monopoly géant, 2011)

 

C'est notre jour de chance : l'entrée de St Paul est généralement payante (et très chère), ce qui ne cessera jamais de me choquer concernant un lieu de culte; mais en ce jour de Remembrance Sunday, le lieu est bourré de vétérans très dignes avec leurs drapeaux, et de fidèles. C'est donc gratuit, particulièrement solennel et intéressant à voir. Bon, les photos sont interdites, ce qui paraît logique vu la cérémonie. J'en prends donc très peu et loin du service en cours. L'intérieur baroque est remarquable et abrite quelques beaux tombeaux, dont celui de Wellington.

Cathédrale St Paul

(Cathédrale St Paul, intérieur)

 

Si l'intérieur est magnifique, l'extérieur est encore plus frappant, par sa blancheur, sa haute coupole... Une splendeur qui témoigne du talent de Wren qui a sans doute été chercher sa coupole et une partie de son inspiration à Rome et à Paris... 

Cathédrale St Paul (5)

(Cathédrale St Paul, 1675-1702)

 

Nous longeons ensuite la Tamise en direction de la Tour de Londres. Le trajet est assez long mais plutôt agréable, le temps est clément et les bords de Tamise sont aménagés pour la promenade. Nous apercevons - il serait difficile de la rater - , sur l'autre rive, quasiment  en face de la Tour, un gigantesque gratte-ciel en construction. Cet immense bâtiment, baptisé du peu sexy nom de Shard London Bridge est presque achevé et devrait ouvrir en 2012; il sera alors rien moins que le plus grand immeuble d'Europe, avec ses 306 m. Il est l'oeuvre de l'architecte Renzo Piano, déjà auteur du Centre Pompidou et de plein d'autres machins plus ou moins réussis.

Shard London Bridge

(Shard London Bridge, dans la brume)

 

Imagine-t-on cela chez nous qui cantonnons les tours à la Défense? Ce serait, pour tenter une comparaison, comme installer une tour de bureau presque aussi haute que la Tour Eiffel quelque part à proximité du Pont-Neuf et du Louvre, disons vers les Halles (ceci dit, vu la catastrophe que sont les Halles depuis la magnifique politique pompidolienne...). Ceci dit, même si l'Angleterre fait comme souvent preuve d'une grande audace, je préfère la préservation du paysage urbain. Les tours ont leurs vertus... avec leurs semblables, à la Défense.

Pont de Londres

(London Bridge)

 

Nous allons acheter nos billets d'entrée à la Tour de Londres, histoire d'être tranquilles, puis nous allons manger dans un Starbuck à proximité. Et puis, c'est la découverte de ce fameux lieu de l'histoire anglaise. Redécouverte pour moi à vrai dire, qui y était déjà passé avec ma classe quand j'étais en 1ère, voici plus de dix ans maintenant. Je me souvenais de quelques bricoles marquantes, mais y repasser en individuel permet toujours une meilleure compréhension des lieux.

Tour du mot de passe

(Tour du mot de passe, XIIIe s.)

 

Elément typique de la Tour, les yeomen sont toujours là, dispensant de bonne grâce moults conseils et anecdotes à une foule ravie de les écouter. Ces yeomen font beaucoup pour le pittoresque du lieu certes, mais il ne s'agit pas juste de simples guides touristiques mais d'authentiques vétérans de l'armée britannique, qui occupent aujourd'hui des fonctions d'apparat respectant tout de même les anciens usages qui ont depuis longtemps perdus de leur sens, comme les questions de mot de passe.

Explications du yeoman

(Yeoman dispensant ses anecdotes devant la Bell Tower (Tour de la Cloche, 1190))

 

Il exercent leurs fonctions de gardiens dans leur costume d'époque Tudor frappés des initiales du souverain actuel : E II R pour Elisabeth II Regina. Ils sont supplées pour des fonctions un peu moins décoratives par des gardes royaux tout à fait en activité, qui protègent ce haut lieu du patrimoine et du tourisme anglais ainsi que les inestimables joyaux de la Couronne. 

Yeoman

(Un yeoman, au service de Sa Très Gracieuse Majesté)

 

Mais la Tour de Londres, ce n'est pas qu'un conservatoire de vieilles traditions sympathiques, c'est aussi un véritable lieu historique, vaste et présentant de riches collections. L'entrée est chère, mais c'est justifié et l'on en a finalement pour son argent. Nous y passerons quatre bonnes heures...

Nous débutons par les espaces parmi les plus anciens, situés dans les remparts. Il s'agit de nombreuses tours qui jalonnent un beau chemin de ronde offrant de belles vues sur la Tamise et les quartiers sud. En plein milieu de cette enceinte sud se trouve le palais médiéval. Cette partie est très intéressante et se concentre autour de la figure du roi Edouard Ier, qui a énormément contribué au développement de la Tour autour du donjon normand central. Une grande partie de l'enceinte extérieure et des constructions palatines datent de ce souverain du XIIIe s. 

Tour de Londres et nouvelle tour en construction

(Tour de Londres, Palais médiéval, XIIIe s. Arrière-plan : Shard London Bridge, XXIe s.)

 

On passe d'abord par la tour St Thomas, laissée en l'état brut, avec pas mal d'explications, qui nous amènent notamment vers la chambre du roi. Celle-ci est reconstituée d'après des sources historiques et archéologiques, le plus fidèlement possible. Comme nous l'avons déjà vu au château de Douvres, autre construction normande, les Anglais aiment faire des reconstitutions. Cela est forcèment un parti-pris discutable car il propose une interprétation du passé.

Tour St Thomas

(Tour St Thomas, XIIIe s.)

 

Ceci dit, quand cette interprétation est réalisée honnêtement, à base de sources indiscutables et sérieuses, je comprends mal pourquoi elle ne serait pas un excellent dispositif de visite afin de mieux imaginer la vie d'un souverain de cette époque. Surtout que tout est bien expliqué et justifié, et les critiques ne sont pas balayées : un cartel nous explique qu'il s'agit d'un choix mais qu'il est forcèment imparfait, etc...

C'est donc plutôt intéressant et comme à Douvres, cette médiation est complétée par la présence de guides en costumes qui "jouent" un peu un rôle et sont là pour répondre aux questions des visiteurs.

Reconstitution de la chambre d'Edouard Ier (4) 

(Chambre reconstituée du roi Edouard Ier)

 

Le palais médiéval expose aussi quelques objets d'art tout à fait dignes d'intérêt malgré leur petit nombre. De jolies petites choses en ivoire, une pièce d'échec taillée dans du cristal de roche, des monnaies... Mention spéciale pour ce petit chevalier, un jouet d'enfant du début du XIVe s., fort abîmé mais très émouvant. Des enfants ont toujours vécu dans cette forteresse-château, depuis les enfants royaux jusqu'à ceux des gardiens d'aujourd'hui.

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(Jouet, plomb, vers 1300)

 

D'autres espaces et tours présentent des expositions d'intérêt variable : depuis l'inutile et mal fichue expo sur les animaux royaux qui se trouvaient à la Tour de Londres jusqu'à celle sur l'évolution des couronnes royales britanniques. Le tour de tous les remparts n'est pas accessible, notamment en raison de travaux de restauration et de fouilles archéologiques consécutives. Encore une fois, tout est bien et clairement expliqué par des panneaux. Un effort vraiment agréable et louable.

Garde

(Un garde)

 

Nous nous rendons ensuite dans un grand bâtiment qui abrite les Joyaux de la Couronne. Cela ne vous surprendra pas, les photos y sont interdites et le lieu est très bien surveillé... On pénètre donc dans une sorte d'immense coffre-fort aux portes énormes. Sont exposées de superbes collections d'orfévrerie et d'argenterie royale. Et surtout les Joyaux, les fameux. Il s'agit de couronnes royales, de sceptres et de divers broches et bijoux exceptionnels. Exposés dans des vitrines très sécurisées, on défile devant au rythme lent d'un tapis roulant qui nous permet de les voir devant et derrière. Je ne suis pas un fan de pierres précieuses, mais les bijoux de la Couronne britannique sont une splendeur qui mérite vraiment d'être vue. Les couronnes sont particulièrement remarquables (et certaines utilisées encore lors des grandes cérémonies royales!) et dans certaines sont enchâssés des pierres mythiques : le Koh-I-Noor, le Rubis du Prince Noir ou l'Etoile d'Afrique taillé à partir du Cullinan. On en prend plein les yeux.

Canon, début XVIIe s

(Canon du début du XVIIe s., devant la White Tower)

 

Nous allons ensuite vers le point central de la Tour, le donjon normand de trois étages, qui date de l'époque de Guillaume Conquérant, et est nommé White Tower (Tour Blanche) depuis le XIIIe s. Outre son aspect intéressant historiquement, elle abrite les superbes collections de l'armurerie royale. 

White Tower

(Tour blanche (White Tower), 1078-1098)

 

Les collections d'armures et d'armes sont tout simplement exceptionnelles. Les armures sont rassemblées ici depuis l'époque du roi Henri VIII, et plusieurs lui ayant appartenu sont exposées. Elles donnent une bonne idée de la largeur impressionnante de l'ogre anglais, à comparer à la carrure de Jonathan Rhys-Meyer qui joue le rôle de ce roi dans la série Les Tudors... 

Armure d'Henri VIII (2)

(Armure d'Henri VIII)

 

Encore plus étonnant et superbement conservée, se trouve la "Ligne des Rois", une galerie du XVIIe s. qui représentait l'ensemble des souverains d'Angleterre (du moins depuis Guillaume le Conquérant), en armure, et à cheval. Aujourd'hui, les éléments d'armures et les chevaux sont exposés dans la galerie, tandis que les têtes, en bois, sont conservées dans une vitrine.  

Line of Kings (2)

(Ligne des Rois, 1660-1768) 

 

Alors certes, le lieu est sans doute un peu moins impressionnant et majestueux qu'au début du XIXe s. quand il commençait à devenir une attraction touristique. Avec le temps, la Ligne des Rois avait fini par disparaître, remisée et dispersée. C'est tout à l'honneur des conservateurs du lieu de l'avoir remis en place et fait restaurer, même si la présentation finale n'est pas encore tout à fait aboutie à ce que j'ai compris.

Line of Kings (3)

(A. C. Pugin & Thomas Rowlandson, La ligne des rois, extrait de "The microcosm of London", 1809)

 

A l'étage, on visite des pièces qui évoquent fortement l'origine normande du donjon, avec notamment des toilettes (en pratique une pierre trouée) vieilles de 1000 ans.

Moins anecdotique, on y trouve la chapelle de St Jean l'Evangéliste, une église palatine de style roman normand, très austère et plutôt lumineuse. 

Chapelle de St Jean l'Evangéliste

(Chapelle St John the Evangelist, XIe s.)

 

On repasse ensuite dans des collections d'armes et d'armures, toujours aussi étonnantes. Quelques vitrines présentent des objets venus de plus loin que l'Angleterre : l'Europe continentale, mais aussi le monde islamique, l'Inde, le Japon...  

J'ai choisi de vous montrer cette curieuse pièce provenant d'une armure pour cheval. Cet élément, fabriqué par le grand armurier de Nüremberg Kunz Lochner, est destiné à l'arrière-train du cheval, la queue de l'animal passant à travers la gueule du dragon.

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(Tête de dragon, élément d'une armure de cheval, travail de Kunz Lochner, Nüremberg, vers 1550)

 

Ressortis de la Tour blanche, nous nous attardons un peu près des grandes cages réservées au six corbeaux entretenus à la Tour de Londres depuis la fin du XVIIe s. Véritables symboles (la légende veut que le jour où ils n'y en aura plus à la Tour, la monarchie britannique tombera), ils sont choyés par un gardien particulier, le Maître des Corbeaux (Ravenmaster). Bien qu'ils aient des cages, certains se baladent en liberté dans l'enceinte de la Tour.

Corbeaux (4)

(Cages des corbeaux) 

 

Nous visitons ensuite les autres parties de la Tour (sauf le musée des Fusiliers). La Bloody Tower (Tour sanglante) est superbe et présente en particulier à l'étage la cellule de Sir Walter Raleigh où il fut incarcéré avant sa décapitation. Le lieu est reconstitué avec le mobilier de l'époque.

Bloody Tower, cellule de Walter Raleigh

(Bloody Tower, bureau de Walter Raleigh, XVIIe s.)

 

La chapelle St Pierre aux Liens (St Peter ad Vincula) date de l'époque d'Henri VIII et les noms des personnages dont les corps furent veillés et enterrés en ces lieux en sont presque une preuve : Thomas More, le cardinal Fisher, Anne Boleyn et de nombreuses autres victimes éminentes du terrible roi... Quelques beaux gisants agrémentent cette jolie chapelle. 

Gisant 

(Gisant de Sir Richard Cholmondeley, 1522)

 

Juste à côté de cette chapelle se trouve la tour Beauchamp, l'une des plus intéressante, pas en elle-même, mais par les prisonniers qui y sont passés et qui y ont laissé des graffitis parfois très profondèment creusés, souvent émouvants ou particulièrement artistiques. Ce n'est pas la seule tour à avoir des graffitis laissés par les prisonniers (et très bien protégés d'un surgraffitage qui ruinerait ce beau témoignage historique), mais dans celle-ci, la salle du premier étage en a ses murs totalement recouverts. Ces graffitis sont des textes, parfois religieux, parfois des sortes de lettres, d'autres évoquent la religion catholique longtemps persécutée en Angleterre, la mort, ou l'identité du prisonnier. Bref, c'est passionnant et superbe. 

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(Graffiti de Thomas Peverel, 1570)

 

Quand nous en sortons, près des maisons de yeomen toutes proches se déroule une relève de la garde. Un mec fait le planton dans sa micro-guérite là-bas, au bout sur la photo. Deux soldats se pointent avec leur uniforme et leur bonnet en moute. Nous comprendrons qu'il s'agit du remplaçant qui va prendre la place dans la guérite et du chef qui les surveille sans doute...  

Relève de la garde (4)

(La relève)

 

D'un pas mesuré et très solennel, ils se dirigent vers la guérite, racontent des trucs et hop, le remplacement est fait et le chef repart par le même chemin accompagné cette fois du mec qui vient d'être relevé. Bien que relevant (si j'ose dire), un peu du folklore, les gardes sont loin d'être purement décoratifs et touristiques commes les yeomen. Il suffit de voir leur fusil militaire pour s'en convaincre...

Relève de la garde (11)

(Fin de la relève)

 

 

Le jour décline et nous en avons franchement plein les pattes. Mais ce n'est pas fini et l'aventure continue en empruntant le fameux Pont de Londres, une merveille de l'ère industrielle : un pont de 800 mètres reconnaissable à ses deux hautes tours néo-gothiques, mais doté d'une solide armature métallique et dont la partie centrale est en fait constituée un pont levant pour permettre la navigation sur la Tamise. 

Pont de Londres (6) 

(London Bridge, 1886-1894)

 

Nous arpentons un peu les quartiers au sud de la Tamise, vers le London Dungeons (une sorte de musée des horreurs). Nous reposons nos pauvres pieds meurtris devant un bon café dans un simili-Starbucks du coin. En repartant, nous faisons une belle découverte; bien que les boutiques soient fermées, le Borough Market a l'air d'un endroit très sympathique.

Borough Market (4)

(Borough Market - c'est écrit dessus!)

 

 A priori, ce marché très pittoresque s'est peu à peu spécialisé dans le bio haut de gamme. Et en Angleterre comme ailleurs, qui dit haut de gamme culinaire dit France... Ce qui donne des petites choses savoureuses, dans tous les sens du terme :  

Borough Market (2)

(Tout l'esprit français)

 

Nous longeons ensuite la rive sud de la Tamise, vers le théâtre de Shakespeare et la Tate Modern, avant de remonter par le Waterloo Bridge vers les quartiers où nous longeons. Nous trouvons à nous alimenter dans un pub non loin du quartier des comédies musicales. Il y a un espace restaurant à l'étage. Nous y sommes très agréablement servi et nous mangeons anglais! Ce qui est toujours un régal quand on se débrouille bien, et une découverte pour ma grand-mère. Manger anglais, c'est plutôt goûteux et très loin de la caricature qui a cours chez nous sur l'atroce cuisine britannique.

Pie (3)

(Pie (tourte) à la viande et aux champignons)

 

C'est l'occasion aussi de manger un fish and chips (littéralement "poisson et frites") bien meilleur que ceux des petits friteries. Au moins ça ne suinte pas de gras et la friture n'est pas une excuse pour faire oublier l'absence de goût du poisson. Pour un poisson blanc, il est savoureux. Une très agréable expérience. 

Fish & Chips

(Le traditionnel fish and chips)

 

Ceux qui connaissent Londres se rendent compte du parcours vraiment copieux que l'on a fait à pieds ce jour-là. Et comprennent donc pourquoi nous avons, tous trois, passés une très bonne nuit de sommeil pour nous en remettre un peu. Nous ne nous sommes vraiment pas couchés tard...

 

Le lendemain matin inaugure le dernier jour de ce long week-end. Histoire d'être sûrs de ne pas louper le train du retour, nous avons organisé une visite au British Museum. Passage obligé par Russell Square et ses écureuils, bien entendu. 

Ecureuil (29)

(Comme c'est mignon!)

 

Le British Museum, pour ma grand-mère, c'est une découverte surprenante (et dont les marbres grecs complètent finalement la visite qu'elle fit à Athènes voici plusieurs décennies). Pour nous, c'est la joie de retrouver une fois de plus un superbe musée que nous aimons. La foule y est assez importante aujourd'hui. Nous visitons l'ensemble du musée, certes un peu rapidement car pris par le temps. Pour une première visite, le passage par les inévitables s'imposent : Pierre de Rosette, Marbres du Parthénon, jeu d'échec de Lewis, etc...

 

J'ai choisi, pour boucler cet article, une micro-sélection d'oeuvres peut-être moins connues mais très intéressantes, comme cette superbe scène de chasse au lion assyrienne, précise, pleine de détails réalistes. Une petite merveille que ces longs reliefs assyriens du VIIe s. avant J-C, impeccablement présentés. Sur l'un des panneaux, l'on voit clairement que ces chasses ne sont pas des safaris : les lions sont enfermés dans des cages avant d'être lâchés devant les chars et les cavaliers où se trouvent les chasseurs armés de lances et d'arcs.

Chasse au lion, Assyrie, VIIe s

(Chasse au lion, Assyrie, VIIe s. av. J-C)

 

Une oeuvre française médiévale ensuite, la coupe de Sainte Agnès, un objet d'art commandé dans l'entourage du roi Philippe le Bel. Fabuleux travail d'orfèvre et d'émailleur, remarquable en tous points, sa qualité et sa rareté mérite franchement qu'on s'y attarde, tout autant que les marbres grecs ou les sculptures égyptiennes. On oublie trop souvent que le British Museum n'abrite pas que des Antiquités, mais aussi d'exceptionnelles salles d'art médiéval et d'arts décoratifs.

Coupe de Ste Agnès

(Coupe de Ste Agnès, vers 1370-1380, Paris)

 

Finissons par une curieuse peinture éthiopienne. Celle-ci reprend la disposition d'une Cène, mais il s'agit en fait d'une représentation du couronnement du négus Haïlé Sélassié Ier en 1930. Le roi et les convives sont symbolisés par des animaux, dans un mélange de références chrétiennes (le négus est titré "Lion de Juda") et d'anthropomorphisme. Une vraie curiosité un peu naïve que j'aime beaucoup. 

Couronnement d'Haïlé Sélassié, 1930

(Le couronnement d'Haïlé Sélassié, Ethiopie, 1930)

 

 

Voilà pour ce petit compte-rendu d'un voyage imaginé de longue date, que nous avons eu la chance de faire à trois, en sautant une génération. Cela a vraiment été agréable de pouvoir profiter de la présence de ma grand-mère tout en lui faisant découvrir des choses inédites pour elle. Et de se dire, en voyant l'énergie qu'elle a à 81 ans, que si c'est héréditaire, c'est plutôt bon signe!

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06 janvier 2012

Aotearoa, le long nuage blanc

Jusqu'à la fin janvier, c'est une culture des antipodes qui est à l'honneur au musée du Quai Branly, celle des Maoris, les habitants originels de la Nouvelle-Zélande ou Aotearoa, son nom en langue maorie, qui signifie "le pays du long nuage blanc".

Ce n'est pas une exposition maison, mais elle a été conçue par le musée de Nouvelle-Zélande Te Papa Tongarewa (tous les objets présentés sont conservés là-bas, je ne préciserai donc pas la provenance). Elle se concentre sur la culture maorie depuis les origines des premiers habitants du pays, l'un des peuplements les plus tardifs de l'histoire humaine (vers 1100), jusqu'aux revendications culturelles et politiques les plus récentes. En gros, mille ans d'histoire. C'est une synthèse de l'identité et de l'histoire maorie qui est tentée dans un propos ambitieux, parfois un peu léger en terme d'objets présentés mais plutôt intéressant et surtout fort dépaysant pour nous qui n'avons souvent qu'une connaissance basique des maoris, se résumant bien souvent aux tatouages et au haka des rugbymen.

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(Carte des "tribus" maories)

 

L'exposition essaie de mettre en exergue le principe de contrôle des Maoris sur toute chose maorie et d'expliquer le lien de ce peuple avec ses objets du passé, appelés "trésors" (taonga). Ces objets sont un lien avec le passé et sont sensés éclairer les Maoris sur leur avenir. Ainsi, le musée Te Papa conserve les oeuvres et objets ethnographiques maoris au nom des populations qui lui en ont confié la garde et la préservation.

On démarre ainsi l'exposition avec une grosse pierre, non taillée, qui est chargée d'un lien particulier avec les ancêtres avec lesquels on entre en connexion mystique par contact. On est donc invité à toucher cette pierre pour connecter notre "mauri" (sorte d'énergie vitale, d'âme présente dans toute chose) avec celui de la pierre. Admettons. Cela nécessite tout de même de préciser en dessous "Néanmoins, nous vous prions de ne pas toucher les autres trésors présentés dans l'exposition". 

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(Pierre de pounamou (jade), tribu Poutini Ngai Tahu, île du Sud)

 

L'un des objets que l'on rencontre régulièrement dans l'exposition, c'est la boite à trésors. Une petite boîte en bois, ornée de motifs géométriques qui servait à contenir des objets personnels précieux. 

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(Boîte à trésors (waka huia), XIXe s?, tribu inconnue)

 

Parmi ces trésors, on trouvait notamment des plumes de huia, un oiseau disparu au début du XXe s. ou des petits pendentifs en jade représentant des tiki, ces petits personnages stylisés spécifiquement océaniens.

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(Boîte à trésors (waka huia), XIXe s.)

 

Dans cette sorte de grande introduction sur le mana (force spirituelle, source de prestige et de respect), on peut aussi voir de curieuses capes en peau de chien, symbole de puissance pour un chef, ou ce moulage du visage d'un chef très respecté, qui témoignait pour ses descendants, des traits et du mana de ce chef. Beaucoup de "trésors" maori avaient leur propre nom, leur histoire et se transmettaient précieusement de génération en génération, les plus prestigieux et les plus rares étant ceux qui datent de l'époque de l'arrivée des Maoris en Nouvelle-Zélande. 

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(Moulage du visage de Wiremu Te Manewha, vers 1885, Gottfried Lindauer et Sir Walter Butler, plâtre peint)

 

La première grande section évoque les questions d'identité à travers la connexion avec les objets et lieux ancestraux. Cette interconnexion, nommée whakapapa, se focalise entre autres sur le waka, canot ancestral et sur la whare tupuna (maison de réunion ancestrale.

Les Maoris sont tous arrivés sur des navires (waka) dans les îles de Nouvelle-Zélande et ont ensuite fondé leurs différentes tribus. Le waka originel par lequel leur famille est arrivée sert encore parfois à s'identifier, à se relier à une histoire très ancienne. Une fois installés, les Maoris ont conservé une importante production de bateaux, dont les plus impressionnants et prestigieux étaient les waka taua, les canots de guerre qui pouvaient atteindre plus de 30 mètres de long. Les proues et les poupes de ces navires étaient finement sculptées et constituaient, une fois que le canot n'était plus utilisé, des objets de prestige, des "trésors" imprégnés de mauri. Les éléments de navire présentés dans l'exposition sont à la fois très beaux et vraiment anciens à l'échelle de cette région du monde.

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(Proue (tauihu) de canot de guerre (waka taua), fin XVIIIe s., attri. tribu Te Aitanga-a-Haui)

 

Contre l'un des murs se trouve dressé une sorte d'immense panneau de bois sculpté. Il s'agit de la coque d'un canot de guerre, démantelé après la mort du chef à qui il appartenait, pour l'ériger en cénotaphe à sa mémoire. Les personnages sculptés sont des gardiens aidant le défunt à rejoindre Hawaikiki, l'île mythique d'origine des Maoris. Rien d'étonnant donc à ce que ces gardiens soient sculptés dans la coque d'un bateau.

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(Canot cénotaphe, waka whakamaumaharatanga, début XIXe s.)

 

Cette longue tradition de navigation et de canots est aujourd'hui réappropriée et réinterprétée par les Maoris par le biais d'un sport, la course de pirogue à balancier, qui allie matériaux modernes et inspiration traditionnelle. 

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(Pirogue à balancier monoplace (waka ama), 2008, conception Kris Kjeldsen, fabrication Aqua Fibrecraft)

 

 

Autre élément culturellement essentiel pour les Maoris : la maison de réunion. Tradition datant du XIXe s., ces maisons sont des ancêtres symboliques au sein desquels l'on trouve refuge. Une de ces maisons est partiellement remontée dans l'exposition afin de donner une idée de son organisation. Celle-ci était particulièrement réputée pour ses sculptures novatrices; mais elle a fini par tomber en ruine au début du XXe s. et les éléments sculptés ont été vendus à un collectionneur qui en fit dont au musée en 1913. 

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(Maison de réunion ancestrale (whare tupuna), vers 1872, tribu Ngâti Tukorehe)

 

Avec les revendications maories des années 1970, les maisons de réunion ont joué à nouveau un grand rôle, comme catalyseurs de la contestation sociale et politique des communautés maories. Ainsi, un petit espace traite de l'occupation par des activistes maoris de Bastion Point. Ce lieu, situé à Auckland, était l'une des dernières terres tribales de Nouvelle-Zélande lorsque le gouvernement décida d'y développer des projets immobiliers. Ces projets provoquèrent une vive réaction des mouvements maoris qui occupèrent le lieu pendant plus de 500 jours en 1977-1978. Ils y érigèrent une maison de réunion appelée Arohanui ("Amour absolu"). La police et l'armée finirent par les déloger et les bâtiments édifiés sur place détruits. Finalement, en 1985, le gouvernement restitua les terres, présenta ses excuses et indemnisa la tribu spoliée. 

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(Réplique du drapeau de Bastion Point (l'original se trouve au Vanuatu),  1984, prêt du trust de la famille Hawke, Auckland)

 

Le leader de la contestation était un certain Joe Hawke, de la tribu Ngâti Whâtua à laquelle appartenait les terres.  On voit exposé, un peu comme une relique, le ticheurte qu'il portait à l'époque.

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(Tee-shirt de Joe Hawke à Bastion Point, 1977, Prêt de la fondation de la famille Hawke)

 

L'exposition est belle, mais l'organisation et le sens de visite ne saute pas toujours aux yeux. On a ainsi vu la belle reconstitution de maison de réunion, puis l'aspect politique et revendicatif pris par ces maisons, avant de repasser devant une série de sculptures, ronde-bosse ou panneaux de bois, qui étaient autant d'éléments des maisons de réunion. Mais tout cela n'est pas clairement expliqué et si l'on admire ces très belles sculptures, on ne comprend pas immédiatemment de quoi il s'agit. En fait, les sculptures féminines et masculines sont des poteaux de soutien tandis que les panneaux de soutien racontent des histoires liées à la tribu et aux croyances maories à l'aide de tiki.

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(Poteau sculpté d'une figure masculine (Pou tokomanawa), XIXe s., tribu Ngâti Kahungunu)

 

Ceci dit, cette série de sculptures constitue une bonne transition entre les maisons de réunions et la partie suivante consacrée aux tatouages, autre élément essentiel dans la culture maorie.

Mais avant d'en parler, je tiens à signaler l'utilisation de marionnettes par les chefs maoris, afin de mettre en scène des récits ou des généalogies, notamment auprès des plus jeunes. Ces marionnettes aux bras et aux jambes articulés avaient donc essentiellement une fonction éducative.

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(Marionnette (karetao), XIXe s., tribu inconnue)

 

Passons donc aux tatouages, sans doute l'un des marqueurs culturels maoris les plus connus à l'étranger. Et là, les ethnologues se révèlent d'une grande utilité, entre ceux qui ont fait le tour du pays dans les années 1970 pour photographier les tatouages féminins et celui de la fin du XIXe s. qui fait exécuter un grand panneau de bois de visages tatoués, pour illustrer l'un de ses ouvrages. A priori, le tatouage (moko) était un marqueur important d'identité individuelle et collective (il raconte la généalogie, la place dans la tribu et les réussites personnelles).

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(Panneau ta moko, 1896, commande d'Augustus Hamilton réalisée par Tene Waitere)

 

Autrefois, le tatouage était autrefois réalisé avec des instruments en bois et en os assez bourrins. En quelque sorte, le tatoueur "gravait" le  visage comme l'on aurait gravé une planche de bois. A telle enseigne qu'il existait des entonnoirs permettant aux personnes tatouées de se nourrir malgré leur visage gonflé et douloureux, en évitant que les plaies ne soient infectées par quelque contact que ce soit. J'ignore si cela en la cause, mais la pratique du tatouage était en voie de disparition avancée au début du XXe s.

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(Ustensiles de tatouage, années 1990, utilisés par Derek Lardelli)

 

Aujourd'hui, heureusement, sous l'impulsion des normes d'hygiène et de sécurité, la pratique est sembable à celle d'un tatouage appliqué n'importe où ailleurs, selon des standards occidentaux qui, parfois, sont quand même les bienvenus et ont permis à cette pratique forte de renaître et de persister comme affirmation identitaire.

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(Le coeur de l'arbre Totara (Nga Manu Taikura), 2004, Photographie de Norman Heke pour le musée Te Papa, tirage 2011)

 

 

La seconde partie de l'exposition se concentre sur le mana. Rien à voir avec le mana des jeux vidéos hein...

Cette autorité à la fois innée et acquise, et sur la façon dont ce mana se retrouve sur les objets qui en sont le plus investis : taonga ("trésors"), capes, instruments de musique. Le mana s'échange entre l'objet et son propriétaire, l'un se chargeant du mana de l'autre.

J'ai déjà évoqué les boîtes à trésors en début d'article. Les plus anciens sont les plus prestigieux, les plus chargés en mana. Parmi eux, on trouve un bon nombre de petits pendentifs sous forme de tiki, très décoratifs

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(Hei tiki (pendentifs tiki)) 

 

Au-delà de l'ancienneté de l'objet, la rareté du matériau dont il est fait joue aussi beaucoup dans le mana qu'il procure. De jolies capes sont exposées, réalisées notamment en plumes, symboles d'un très grand prestige. 

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(Cape de plumes, XIXe s., tribu inconnue)

 

 Le mana se manifeste par la langue maorie, par la prise de parole et les talents d'orateur. Cette langue en pleine renaissance après avoir été presque éradiquée par le gouvernement néo-zélandais est investie de son propre mana, car elle est considérée comme un trésor unique au monde, n'étant parlée que sur les îles de Nouvelle-Zélande.

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(Prologue d'un discours (Tauparapara), XIXe s., tribu inconnue. Traduction : "Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la Terre aux hommes qu'Il aime")

 

Comme le prouve le panneau ci-dessus, les missionnaires qui cherchaient à éradiquer les religions locales pour imposer le christianisme furent, comme souvent, des éléments essentiels de préservation des langues autochtones, qu'ils utilisaient pour prêcher et pour imprimer la Bible, qui fut le premier ouvrage publié en langue maorie en 1868.

 L'art du discours a une telle importance, la langue est imprégnée d'un tel mana, qu'un discours formel, officiel, ne peut être prononcé sans être porteur d'un bâton d'orateur rappellant la mémoire des ancêtres réputés pour leur qualité d'orateur.  Cela donne un aspect solennel au discours, incitant à peser ses mots sous la surveillance des ancêtres.

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(Bâton d'orateur (tokotoko), XIXe s., tribu inconnue)

 

Une petite section nous apprend que les femmes jouent un rôle important chez les Maoris, aussi bien dans les mythes de la création du monde, qu'en occupant de hautes fonctions dans la société traditionnelle puis, aux XXe et XXIe s., en jouant un grand rôle dans les mouvements militants. Cette importance n'est pas évoquée par des objets particuliers, mais par deux tableaux contemporains rendant hommage à ces femmes maories et qui servirent à illustrer un ouvrage les mettant en valeur. 

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(Robyn Kahukiwe, "Taranga", 1982)

 

On enchaîne avec une évocation de la musique maorie, qu'on nous affirme connaître un grand regain de vitalité depuis 30 ans. Hélas, aucun extrait sonore ne nous donne une idée de ce que à quoi peut ressembler ladite musique. On se consolera avec de beaux instruments, dont cette superbe conque avec son embout sculpté. 

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(Trompe en coquillage (Putatara), début XXe s., tribu inconnue)

 

On repasse ensuite par quelques panneaux qui évoquent d'autres évènements de l'histoire de la revendication maorie des années 1970. Même si cette partie est particulièrement intéressante, on a du mal à comprendre, une fois de plus, la logique dans laquelle elle s'insère. Pourquoi cette évocation de la marche maorie pour la terre de 1975 n'est-elle pas accolée à celle de l'occupation de Bastion Point? Curieux, cela arrive comme un cheveux sur la soupe.

La dernière grande partie se veut une démonstration que les croyances des Maoris les poussent naturellement à la protection de leur environnement et à l'écologie. En réalité, on se rend compte au vu des pièces et des arguments présentés, qu'il s'agit plus de la suite du mouvement de revendication de leurs terres ancestrales sur lesquelles ils entendent exercer une gestion écologiquement saine. De là à y lire une spécificité culturelle.... On aurait plutôt tendance, au contraire, à y voir l'influence du mouvement écologiste qui se développe un peu partout dans le monde depuis quarante ans. 

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(Table à manger dressée, utilisée par plus de mille personnes lors d'un repas pour le littoral et les fonds marins en 2004 dans la maison de réunion Nga Tau e Waru)

 

Pour bien nous montrer que les Maoris savaient bien gérer leurs ressources, on nous présente un très beau grenier ancien dont les ressources étaient gérées par le chef de la tribu. Certes. Ce type de grenier abritait la nourriture fine, comme les terrines d'oiseau ou le poisson.

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(Grenier (pataka), 1839, tribu Ngati Pikiao)

 

La pêche et les revendications sur le littoral et sa protection constituent les tous derniers éléments de l'exposition. C'est intéressant, vraiment original, mais la ligne de présentation est franchement confuse et l'on peut regretter l'organisation générale de cette exposition, qui aurait peut-être gagnée à être repensée et réorganisée.

Malgré mes petites réserves, ça mérite d'aller y faire un tour; on apprend toujours plein de choses dans les expositions du Quai Branly. Si cela vous intéresse, vous avez jusqu'au 22 janvier. Cela vous permettra de voir la Nouvelle-Zélande autrement que comme une terre de moutons, de hobbits et de rugby.

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(Brett Graham, Le protecteur du littoral, 2004) 

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02 janvier 2012

Nostalgeek : La reconnaissance de l'art du jeu vidéo au Grand Palais

Je suis atrocement en retard dans mes articles, mais je me devais absolument de vous parler avant sa fermeture le 9 janvier de l'exceptionnelle exposition Game Story qui se tient au Grand Palais à Paris.

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(Affiche de l'exposition)

 

Alors pourquoi exceptionnelle? Non, pas parce que quelqu'un que je connais très bien y a activement participé. Non, pas parce que nous étions invité au vernissage. Non, pas parce que nous avons profité du champagne et des petits fours au frais du contribuable. Mais parce que cette exposition marque, enfin, dans ce pays d'obscurantisme des pouvoirs publics sur la culture populaire, une vraie reconnaissance du jeu vidéo en tant qu'art et que mouvement culturel s'inscrivant dans la durée. Le ministre Frédéric Mitterrand est même venu l'inaugurer. Dommage, je ne suis pas assez V.I.P., je lui aurais bien mis une petite raclée à Street Fighter ou à Tekken.

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(Buffet)

 

En tout cas, avec près de 40 ans de recul depuis l'apparition du tout premier jeu vidéo, il était temps que la France, qui ne se préoccupait jusque là guère de son patrimoine vidéoludique, se réveille. Et ce réveil, on le doit à l'association MO5.COM et à M. Jean-Baptiste Clais, conservateur au Musée Guimet. Grâces leur soient rendues pour cette belle exposition qui met intelligemment en lumière les rapports du jeu vidéo avec d'autres mouvement des cultures populaires estampillées "geek" : cinéma de genre, jouets, bande-dessinée, objets publicitaires, univers littéraires de SF ou d'Héroic-fantasy, etc... la dimension des références plus anciennes, artistiques notamment, n'est pas oubliée, notamment en ce qui concerne les jeux japonais qui sont mis en relation avec des oeuvres prêtées par le musée Guimet.

Et en plus me direz-vous, petits lecteurs insatiables? Eh bien en plus, une bonne partie des jeux évoqués est jouable, sur le matériel d'origine du jeu!

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(Console Videopac, Etats-Unis/Pays-Bas, 1978, Collection MO5.COM)

 

Et ça franchement, pouvoir s'écrier toutes les cinq minutes : "Oh, j'y ai joué à ce jeu!" et prendre la manette en main pour immédiatemment retrouver les sensations connues il y a 10, voire 20 ans... (oui, pas plus en ce qui me concerne, je ne suis pas si vieux), c'est assez jouissif.

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(Street Fighter II, Japon, 1991, Capcom, Collection MO5.COM)

 

Le parcours est chronologique et tente de dégager, par grandes périodes, les éléments essentiels de l'histoire du jeu vidéo. En gros, le jeu vidéo, ça a démarré d'abord par un passe-temps d'informaticien à l'époque héroïque des pionniers, avant de devenir un jeu de bistrot jouables sur bornes d'arcade qui remplaça ou se superposa selon les cas aux billards, flippers et fléchettes.

Au début, le tout premier jeu de l'histoire estampillé comme tel, ça ressemblait à ça :

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(Pong, Etats-Unis, 1972, Atari, Collection particulière)

 

Les jeux qui font l'objet de développements un peu poussés sont surtout des grands classiques, mythiques, inévitables. Tout le monde connaît et a joué à Super Mario, Pac Man, Space Invaders, etc... Mais pouvoir les jouers sur la machine d'origine, c'est vraiment un bonheur rare quand on a comme moi commencé sa découverte du monde vidéoludique autour de l'année 1990.

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(Super Mario Bros, Japon, 1985, Nintendo, Collection MO5.COM)

 

La mise en relation avec les univers hors jeu-vidéo est toujours très parlante et intéressante, on aurait peut-être aimé parfois que cela soit plus développé. Néanmoins, l'esthétique des affiches de films de genres plus ou moins oubliables est un vrai plaisir à l'oeil.

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(Affiche Les envahisseurs de l'espace, Japon, 1970, Collection MO5.COM)

 

Dans la catégorie "c'est incroyable de pouvoir jouer sur la machine originale à un truc si cultissime", il y a Space Invaders, jouable sur une borne d'arcade originale, dont la décoration, bien plus évoluée que pour Pong, est un vrai élément d'ambiance.

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(Space Invaders, Japon, 1978, Taito, Collection NeoLegend)

 

Sans parler des bruitages et de l'entêtante musique, encore basique mais qui, composée de peu de notes jouées à l'infini sur un tempo qui s'accélère contribue à créer une tension chez le joueur (un peu comme dans les Dents de Mer, vous situez?). Alors oui, aujourd'hui, où les musiques de jeux vidéos font parfois l'objets de disques entiers et peuvent être jouées par des orchestres symphoniques, ça paraît basique de dire cela. En 1978, c'était une réelle et profonde nouveauté. 

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(Space Invaders, Japon, 1978, Taito, Collection NeoLegend)

 

Petit regret concernant ce jeu qui a fait saigner des yeux des générations d'ados : rien n'est dit, pas même évoqué, sur le beau travail du "street-artist" parisien qui se fait appeler Invader et qui ornent des angles d'immeubles de mosaïques reprenant la figure des petits envahisseurs stressants de l'antique borne d'arcade. Alors même que sont évoquées les sources graphiques et culturelles des jeux, on aurait aimé que l'influence en retour des jeux sur la culture au sens large et sur l'art en particulier soit évoquée.

Après information : il était dans le propos de base de l'exposition de ne pas évoquer les influences postérieures. Dont acte.

Space invaders à Vienne!

(Invader (ou suiveur), Vienne (Autriche), 2006. Photo prise en juillet 2009)

 

 Pac-Man, qu'il ne servirait pas à grand chose de présenter, marque aussi un tournant dans le caractère commercial des jeux vidéos. Pour la première fois semble-t-il, un jeu à grand succès engendre une grande quantité de produits dérivés dès les années suivantes. 

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(Pac-Man, Japon, 1980, Namco, Collection NeoLegend)

 

Deux produits dérivés sont présenté. Le premier, un jeu de plateau, n'est pas franchement surprenant. Mais alors, un CD avec la chanson de Pac-Man interprétée par William Leymergie (oui oui, le vieux présentateur de Télématin qui s'est étonné du succès des Meuporg), c'est un vrai collector particulièrement kitsch.

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(Jeu de société Pac-Man, Etats-Unis, 1982, fabricant : MB, Collection MO5.COM)

(Pac-Man, 45 tours, France, 1984, AB, Collection MO5.COM)

 

 

Alors certes, on replonge avec passion dans l'époque de toutes ces consoles géniales comme la NES avec leurs accessoires chouettos et leurs supers jeux, comme Donkey Kong... 

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(Donkey Kong, Japon, 1981, Nintendo, Collection MO5.COM)

 

Et puis, on se rend aussi compte que ces temps héroïques étaient aussi ceux de jeux tout de même super chiants, à l'instar de ce Mine Storm où un vaisseau schématique, bleu clair, élimine des astéroïdes bleu clair sur un fond bleu foncé. 

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(Mine Storm, Etats-Unis, 1982, CGE, Collection MO5.COM)

 

Avec les perfectionnements techniques, les jeux utilisent plus de pixels et les univers, autrefois très symboliques, s'enrichissent fortement, avec des univers de films d'horreur ou d'heroic-fantasy. Certains jeux, profondèment originaux, comme Zelda, inventent pour ainsi dire le genre du jeu de rôle sur support jeu vidéo, avec son lot de quêtes, monstres, donjons et boss. Une recette qui tient toujours la route dans la plupart des jeux de ce type actuellement. 

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(The legend of Zelda, Japon, 1986, Nintendo, Collection MO5.COM)

 

L'univers des jeux de rôle se situe souvent dans la vague de redécouverte des univers fascinants de l'héroic-fantasy (ou médiéval-fantastique), avec deux oeuvres littéraires phares : Le Seigneur des anneaux et Conan le Barbare.

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(J.R.R. Tolkien, Le Seigneur des anneaux, Royaume-Uni, 1954, carte de la Terre du Milieu, Collection MO5.COM)

 

 Surfant sur le succès de l'adaptation cinématographique de Conan le Barbare avec Arnold Schwarzenegger,  le jeu Barbarian pastiche ouvertement l'univers du film avec humour, jusque dans la jaquette du jeu qui est une parodie de l'affiche du film. 

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(Barbarian II, Royaume-Uni, 1988, Ocean, Collection MO5.COM)

 

L'humour justement, fait de plus en plus son apparition dans les jeux. Archétype du jeu d'aventures bourré d'humour, la série Monkey Island, dont j'ai réussi une photo qui en résume l'esprit.

Dans le même genre, je me souviens d'un excellent Indiana Jones et des aventures délirantes d'une sorcière dans Hand of Fate.

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(The secret of monkey island, Etats-Unis, 1990, Lucasarts, Collection MO5.COM)

 

On regrettera qu'il n'y a pas de Game Boy jouable (ceci dit, je dois toujours avoir la mienne et mes jeux de l'époque si besoin), car ça aurait été une grande séquence de nostalgie. 

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(Game Boy, Japon, 1989, Nintendo, Collection MO5.COM)

 

Le jeu phare de la Game Boy, c'est bien entendu l'incroyable Tétris, jeu terriblement simple mais tellement addictif. On ne s'en lasse jamais vraiment. Et quelle joie d'entendre la petite musique typique et de voir les danseurs russes quand enfin on parvient à faire décoller la grosse fusée... 

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(Tetris, URSS, 1984, Création Alekseï Pajitnov, Collection MO5.COM)

 

Les jeux de combats sont légion et beaucoup sont jouables, car il est particulièrement jouissif de pouvoir se castagner violemment avec ses amis ou sa fiancée. Ce sera d'ailleurs l'un des conseils que nous donnera le commissaire de l'expo : "Allez donc vous bastonner à Soulcalibur".

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(Tekken 3, Japon, 1997, Namco, Collection MO5.COM)

 

Ces jeux, dont les inévitables Tekken, Street Fighter et Mortal Kombat, sont placés dans la filiation encore une fois des films d'arts martiaux à la Bruce Lee ou leurs avatars américains testostéronés de l'époque reaganienne. Très premier degré, souvent inégaux en qualité, ces jeux ont su évoluer en laissant une large place à l'autodérision et au second degré pour se maintenir jusqu'à aujourd'hui. 

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(Opération dragon, Hong-Kong/Etats-Unis, 1982, réal. Robert Clouse)

 

Tiens, puisque je suis totalement partial, je ne parlerais pas de Sonic, parce que je n'ai jamais vraiment aimé ce jeu. Et à y rejouer pendant ce vernissage, ça a confirmé mon impression. Je n'ai jamais été séduit par les jeux Sega en général, il faut bien l'avouer.

Pour donner un exemple de référence culturelle profonde à l'oeuvre dans un jeu : le jeu Star Wing, un shoot'em up que je ne connais pas est présenté, les personnages animaliers qu'il utilise sont replacés dans une ligne artistique prolongée depuis le film Porco Rosso du maître Hayao Miyazaki jusqu'aux dessins japonais du début du XIXe s. 

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(Hoku-Un Gajô, Edo (Tokyo), 1804-1844, Musée Guimet)

 

Les concepteurs de l'expo ont réussi à rassembler des tas d'objets étonnants, mais hélas, tous ne sont pas bien mis en valeur. Ce Link géant, perché au-dessus de l'expo, est franchement peu visible. Il fait un peu office de bonus caché. 

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(Statue de Link, héros de Zelda)

 

Il y a le tout Paris du geekisme à ce vernissage : nous croisons ainsi Marcus, LE Marcus, le mec qui a un des boulots les plus sympas du monde : être payé pour jouer chez soi avec son chat sur les genoux. C'est quoi le cursus pour être Marcus?

 

Le jeu français Rayman et son univers mignon est également présenté. Je n'ai jamais franchement accroché à ce jeu, que j'ai toujours trouvé très surestimé. Mais il faut reconnaître qu'il marque franchement l'apparition d'une "french touch" (je reprends le terme de l'exposition) qui impose sa patte dans le jeu vidéo avec ce grand succès critique et commercial. 

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(Rayman, France, 1995, Ubisoft, Collection MO5.COM)

 

Malgré Rayman, le milieu des années 1995, si l'on en croit la sélection effectuée ici, semble être plus axée sur des jeux "adultes", avec un nombre impressionnants de Doomlike sanglants et stressants mais aussi de jeux aux univers sombres et oppressants comme Alone in the Dark.

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(Doom, Etats-Unis, 1993, id Software, Collection MO5.COM)

 

 

Sans compter sur l'apparition en 1996 dans le paysage vidéoludique d'une jeune femme qui fait l'effet d'une bombe : Lara Croft, l'héroïne de Tomb Raider. Théoriquement, cette sous-Indiana Jones aux formes plus que voluptueuses, qui fut le fantasme d'un bon paquet de geeks boutonneux ressemblait à ça : 

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(Affiche du film Lara Croft : Tomb Raider, Etats-Unis, 2001, Collection MO5.COM)

 

On a un peu oublié sans doute que le jeu original lui, donnait plutôt un rendu comme celui-ci.

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(Tomb Raider, Royaume-Uni, 1996, Eidos interactive, Collection MO5.COM)

 Avec le recul, ça fait vachement pixelisé non? Tout est dans le merveilleux pouvoir de l'imagination sans doute...

 

Quelques jeux de voitures et de tirs sont présentés et ne valent vraiment que par leurs accessoires en plastiques, volants ou pistolet. Mais où l'on atteint le comble de l'accessoire utile pour un seul jeu, c'est avec ce Donkey Kong musical auquel sont intégrés des bongos... 

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(Donkey Konga, Japon, 2004, Nintendo, Collection MO5.COM)

 

Les jeux de stratégie-gestion comme Age of Empires, Caesar, SimCity, etc.... ne sont pas vraiment évoqués, à part rapidement avec Warcraft et Starcraft. C'est dommage, mais puisqu'on parle de Warcraft, on ne peut éviter le meuporg-roi, au succès inégalé depuis sept années : World of Warcraft.

Et pour donner l'occasion à ceux qui ne connaissent pas ce jeu génial de le tester, un personnage a été spécialement créé pour l'exposition. Une brave taurène paladin du nom de Grandpalais, qui grenouillait péniblement au niveau 4 lors de notre passage. Une très bonne idée même si la prise en main d'un jeu d'ordinateur complexe est vraiment plus difficile que pour une console, souvent très intuitive.

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(World of Warcraft, Etats-Unis, 2004, Blizzard, Collection MO5.COM)

 

Les tendances franchement récentes du jeu vidéo sont passées en revue dans la dernière section, sans qu'un parti-pris bien net soit décidé. Les commissaires semblent parier sur une diversité toujours accrue de l'offre et donc du public, avec des quantités de tendances coexistant parallèlement.

 Outre le retro-gaming qui conduit certains éditeurs à rééditer d'anciennes consoles et d'anciens jeux, les tendances essentielles qui semblent se dégager sont :

Les jeux de style "simulation de vie", qu'elle soit animale ou humaine, en témoigne l'immense succès de la série Sims. 

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(Nintendogs, Japon, 2005, Nintendo, Collection MO5.COM)

(Les Sims, Etats-Unis, 2000, Electronic Arts, Collection MO5.COM)

(Plusieurs tamagochis, Japon, 1996-1998)

 

 L'autre tendance, c'est le jeu sur smartphones, tablettes, etc. Le jeu pour cadre qui s'ennuie et pour MacBoy décérébré en somme. Ceci dit, si le support n'est quand même pas terrible, certains jeux sont tout de même bien fichus et assez prenants. Une interface intuitive et des jeux pas franchement "hardcore" sont des arguments qui permettent d'élargir le domaine vidéoludique à un public qui n'en est pas friand habituellement. Ces jeux ont les défauts de leurs qualités en cela qu'ils sont, de facto, peu ambitieux que se soit au niveau scénario ou au niveau esthétique.

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(Angry Birds, Finlande, 2009, Clickgamer, Commercialisé sur internet)

 

Le jeu Little Big Planet, aux plateformes modulables par le joueur, est présenté et jouable, mais surtout, il est évoqué à travers un jouet américain tout à fait amusant, que j'aurais sans doute aimé avoir s'il avait exister à l'époque. Créer son propre parcours d'obstacles bien retors étant un grand plaisir pour les enfants. 

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(Chaos Tower, Etats-Unis, 1997, Fabricant : Chaos LLC, Collection MO5.COM)

 

 

Autre grande tendance : les jeux d'aventure en monde ouvert, à l'esthétique époustouflante, presque cinématographique, comme le très beau Assassin's Creed, une petite merveille à laquelle il faudra bien que je me frotte sérieusement un jour, rien que pour ses décors historiques. 

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(Assassin's Creed, Québec, 2007, Ubisoft, Collection MO5.COM)

 

Et enfin, dernière tendance assez profonde : le jeu plus ou moins sportif (ou musical), familial et un peu concon, qui permet vraiment, surtout grâce aux manettes Wii ou à l'absence totale de manettes pour la Kinect, permet une interaction plus grande avec le jeu et surtout une prise en main facile pour tous à tout âge. 

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(Wii Sports, Japon, 2006, Nintendo, Collection MO5.COM)

  

 

Allez tas de petits fripounets, il vous reste encore une petite semaine pour aller voir ça et comprendre que jouer avec votre console et votre nostalgie, c'est aussi participer un peu à l'histoire d'un art encore plein de promesses. Et si vous ne pouvez pas y aller, il vous restera le magnifique catalogue, qui fera date!

Le monde est à nous car nous sommes des geeks!

 

Posté par Alfred Teckel à 14:23 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]