27 décembre 2008
Le ministère de l'inculture et du clinquant
Au coeur de Paris, en l'Ile Saint-Louis, se trouve un hôtel particulier sublime, appelé Hôtel Lambert. Des hôtels particuliers, ce n'est pas ce qui manque dans la plupart des villes de charme, encore moins dans la capitale française. Mais celui-là n'est pas n'importe lequel des hôtels particuliers et il se trouve ces jours-ci au centre d'une polémique qui est celle d'un vrai scandale d'Etat, trop peu relayé par les médias.
Pour un peu mettre les choses au point, voici à quoi ressemble ledit hôtel:
(Hôtel Lambert vu depuis la Seine, image: http://vivrelemarais.typepad.fr/blog/)
Et si selon certains, il s'agirait du plus bel hôtel particulier de Paris, ce n'est pas tout à fait pour rien. Le lieu est chargé d'histoire et représente l'un des chefs-d'oeuvre de l'architecture classique privée en France. Bâti en 1640 par Le Vau (qui fut ensuite l'un des architectes de Versailles) pour un certain Lambert aux activités assez troubles semble-t-il, l'édifice a été décoré à l'intérieur par des peintres comme Lesueur et Le Brun (futur peintre de la galerie des Glaces à Versailles, excusez du peu). Passé aux mains de plusieurs hauts fonctionnaires royaux de par des jeux d'héritages et divers achats, l'hôtel échut notamment à un Président de la Chambre des Comptes, un fermier-général, le Marquis du Châtelet, puis un ministre de l'intérieur de Napoléon, la famille de Princes polonais Czartoryski, Michèle Morgan, les Rothschild.
A côté de l'hôtel Lambert, Le Vau construisit un hôtel particulier pour lui-même, hôtel qui fut bien vite rattaché à son voisin pour en constituer une annexe.
De nombreuses personnalités sont passées dans cet hôtel, notamment Voltaire, amant un temps de la Marquise du Châtelet, maîtresse des lieux. A l'époque de la famille Czartoryski, un grand parti de Polonais exilés s'y retrouvait souvent, entre Chopin et le poète national polonais Mickiewicz.

(Bal polonais à l'hôtel Lambert, source: Wikipedia)
Bref, tout allait bien... jusqu'à récemment, quand l'hôtel est passé aux mains d'un membre de la famille de l'Emirat du Qatar... Car la famille du Qatar ne se contente pas d'utiliser l'argent du pétrole pour se couvrir de perles et de diamants, vivre dans les hôtels les plus luxueux du monde et rouler dans des voitures dont le prix doit être à peu près le PIB annuel d'un pays du Sahel. Non! Il lui en faut toujours plus et désormais c'est au patrimoine de la vieille Europe qu'elle s'attaque. Attaquer n'est pas un mot trop fort, loin de là. Car ces messieurs ont une idée bien à eux sur la façon de valoriser le patrimoine.
En effet, la beauté du classicisme français et des salons grands siècles, le tout transmis dans un état qui est quasiment celui d'origine du XVIIe s., cela ne parle pas autant à ces gens à peine superficiels. Ils ont prévu des travaux et quels travaux: Quatre ascenceurs, un parking sous le jardin et la cour, des dizaines de chambres avec chacune une salle de bain, la climatisation, etc, etc...
Bref, de quoi dénaturer totalement cet édifice exceptionnel. Il y a tout dans ces idées pharaoniques et saccageuses, pour repousser ce projet stupide. C'est du moins ce qu'en pensent M. Delanoë (qui pour compenser ses glorieuses idées de tours géantes à Paris a au moins dans ce cas une position intelligente), la Commission du Vieux Paris et à peu près tous ceux qui de près ou de loin sont attachés à la préservation du passé et du patrimoine. Mais une que cela ne semble pas choquer outre mesure, c'est Mme Albanel, la toujours ministre de la culture, qui n'a pas l'air de trouver quoi que ce soit à redire là-dedans.
L'ennui c'est que dans ce dossier, la seule partie que la Mairie de Paris a le droit de retoquer, c'est le parking, car il relève de l'urbanisme. Dont acte. Tout le reste est placé sous le contrôle des monuments historiques, c'est à dire le ministère de la Culture...

(Aspire Tower, Doha, Qatar. Une préfiguration de la Tour Eiffel après rachat et transformation par l'Emir du Qatar?)
Plusieurs questions se posent alors dans ce cas particulier:
- Ce n'est pas la première fois a priori que des Qataris haut placés (dont l'Emir lui-même), rachètent des immeubles parisiens chargés d'histoire et les sabotent plus ou moins à coup de travaux clinquants et ultra-moderne. Combien de temps la France va-t-elle laisser faire cela?
- Et surtout: pourquoi laisse-t-on faire cela? Il parait que c'est la diplomatie qui veut cela... Ben tiens, la diplomatie commande donc de laisser n'importe quel dignitaire ou chef d'Etat étranger saloper notre patrimoine? Si demain monsieur Sarkozy rachète une villa romaine, croit-il que les Italiens vont s'embarasser de bonnes manières pour l'empêcher d'y placer des ascenceurs vitrés et des parkings sous la cour? Pourquoi la France alors se couche-t-elle et laisse faire? L'internationale du bling-bling?

(M. Nicolas Sarkozy, président de la République française et S.M. le Cheikh Hamad bin Khalifa Al Thani, émir du Qatar. Source: lepoint.fr)
Sources: Lemonde.fr, Wikipedia, http://vivrelemarais.typepad.fr/blog/
26 décembre 2008
Un matin de décembre à Vincennes
Mi-décembre, fin de matinée glaciale, Vincennes. Me voilà lancé dans une visite inopinée du château. Visite qui se révéla finalement intéressante malgré le froid glacial qui mordait mes extrémités pourtant couvertes de gants et d'un duo chaussettes-chaussures.
Il se trouve qu'en plus de découvrir un peu mieux la personnalité austère de Charles V, principal roi ayant marqué ce château médiéval (et pourtant l'histoire médiévale n'est pas ma tasse de thé), on peut, l'espace d'un instant, par la visite du donjon, s'imaginer un peu la vie dans un habitat de ce genre au Moyen Age. Et n'en retrouver qu'avec plus de bonheur la douce chaleur de son foyer...
La partie purement médiévale qui subsiste du château royal consiste en la sainte chapelle, du plus beau gothique; et en ce donjon imposant de 50 m de haut, exemple unique et admirable d'une demeure royale médiévale, à la fois résidence royale et fortification militaire. Le reste est une partie plus classique où à mon avis Louis XIII puis le jeune Louis XIV préféraient venir plutôt que dans le froid et austère donjon. Une partie des bâtiments encore plus récents appartient à l'armée et abrite le SHD (Service Historique de la Défense), soit les archives militaires françaises. Dans les fossés du château furent notamment exécutés le Duc d'Enghien et - bien plus tard - l'espionne Mata Hari.
La sainte chapelle en face du donjon étant actuellement fermée pour travaux de réparation et consolidation suite aux séquelles de la tempête de 1999, ma visite s'est donc bornée au donjon.
Au sommet du donjon, sur un petit campanile, se trouve une cloche médiévale qui rythmait la vie quasi monastique de Charles V.
(Campanile)
Au gré des tours et détours dans le donjon, on découvre un peu la vie du roi, visitant tour à tour son cabinet de travail, ses salles de réunion, sa chapelle privée, etc... La plupart des salles, malgré leur dénuement actuel en matière de meubles, tapisseries et autres décorations, sont remarquables.
Autre aspect intéressant mais moins connu de ce château, c'est le rôle de prison qu'il a longtemps tenu. On y a enfermé moultes personnalités: Sade, Mirabeau, Diderot, etc. On ne peut pas trop dire qu'ils y étaient particulièrement maltraités, y écrivant même romans et autres ouvrages, et entretenant depuis là une correspondance plus ou moins importante.
Certains prisonniers ont laissé leur trace sur les murs, que ce soit par des graffitis ou des peintures. Certains graffitis, dont on ignore les auteurs, datent vraisemblablement de la fin du XIXe s., comme celui là qui proclame assez profondèment dans la pierre ces deux prénoms féminins devenus rares: "AUGUSTINE" et plus bas "JOSEPHINE".
En sommes, malgré les engelures et les heures mises à se réchauffer, voilà une visite qui fut plutôt intéressante.
25 décembre 2008
Si vous ne devez en lire qu'un de lui...
NB: Comme ça fait un bail que je n'ai rien écrit ici, pour la peine, je me permets de remettre dans la tête de tout le monde l'immense auteur (vivant) qu'est Pierre Pelot en plaçant ici ce que j'avais écrit en mai 2006 à propos du livre C'est ainsi que les hommes vivent, dudit Pelot, que je vous engage plus que jamais à lire! Une idée de cadeau pour Noël en retard...
"N'ayons pas peur des mots, ce livre est un chef-d'œuvre. Toutefois, quelques avertissements sont de rigueur :
Attention aux âmes sensibles, certains passages sont très violents.
Attention aux paresseux, le bouquin en question fait 1111 pages.
Attention aux puristes de la jolie langue française classique, le livre contient des tournures archaïques ou vosgisantes.
Attention aux groupies de C.M., C.L. et C.A (j'ai cru comprendre que c'était ces trois Grâces qui créaient le débat actuellement !), c'est un vrai livre d'aventure, sans introspection ni nombrilisme de l'auteur.
Attention aussi aux amateurs de Beigbeder ou Sollers, notre écrivain ne passe pas à la télé, ou alors de façon homéopathique.
Attention aux parisianistes, notre homme gîte à Saint-Maurice, au fin fond des Vosges.
Si après tout cela, vous lisez encore ces quelques mots, c'est que le livre peut vous intéresser. Et il faut s'y intéresser. C'est le grand roman français de la rentrée, peut-être même de l'année. Une amie m'a fait la réflexion qu'il était tellement exceptionnel qu'on dirait presque un roman étranger.
A ce moment, vous me direz : Oui, mécékoiki raconte le Pelot, dans son gros bouquin? Voyons donc l'histoire. Ou plutôt les histoires. Car il y en a deux, au départ sans grand lien entre elles :
Fin de l'année 1599, on brûle une sorcière dans Remiremont. Une pauvre femme victime de la méchanceté des hommes de son village. Au passage, peu avant le bûcher, la femme accouche d'un petit garçon (scène difficile que celle de l'accouchement en prison !). Une jeune dame, Apolline d'Eaugrogne, arrive dans la cité des chanoinesse le même jour, pour devenir religieuse auprès de sa tante. L'enfant de la sorcière sera déposé devant la porte d'Apolline qui recueillera le jeune Dolat, qui deviendra plus tard son amant. A partir de là, à grands coups de chapitres de 100 pages, Pelot nous donne à voir une immense histoire d'amour, deux destins liés, dans une époque troublée et violente. Fuite éperdue, vie paysanne, attaques de malandrins divers, brèves étreintes sensuelles, à l'époque où Français et Suédois ravageaient le duché de Lorraine, suivis par des hordes sauvages de barbares et de renégats menant les pires exactions (un estomac bien accroché est conseillé pour la lecture de certains "crimes de guerre"). L'extrême violence de l'époque, et même de Dolat, en permanente reconstruction mnésique, contraste avec l'image du geste désespéré d'une musaraigne a demi "amortée" pour se protéger, image qui revient régulièrement.
400 ans plus tard, soit la fin 1999, dans les alentours d'un autre drame, celui de la tempête. Lazare Favier, de son vrai nom Grosdemange, enfant du pays qui a réussi dans le journalisme de guerre, est de retour dans son village natal. Installé chez son frère à l'occasion de l'enterrement de leur mère, cela fait plusieurs mois qu'il y est. Car depuis, il a été victime d'une attaque cardiaque, et enquête sur Victor Favier, un ancêtre bagnard en Nouvelle-Calédonie. Triple quête de la mémoire : mémoire personnelle, mémoire familiale, mémoire du pays. Et quelques passages bien sentis sur les chasseurs ou les magouilles (enfin, les "arrangements") politiques du département (le nom de l'omnipotent sénateur-maire de Remiremont, M. Vancelet, est transparent) sont un vrai régal.
Peu à peu, les deux histoires, en dehors du simple cadre géographique, présentent de multiples similitudes : perte de mémoire, rencontres imprévues, etc. Se rejoindront-elles ? (question purement rhétorique).
Bon, je sais ça peut paraître terriblement foisonnant, mais je rassure les anxieux, pas besoin de dresser une liste des personnages pour s'y retrouver. Malgré un vocabulaire d'une grande richesse et la faiblesse du petit lexique de fin d'ouvrage, pas besoin d'un dictionnaire du XVIème siècle ou d'un arrière-grand-père bressaud, la compréhension des mots inconnus est facile et intuitive, même pour celui qui a d'incurables lacunes en patois vosgien.
Et puis, j'en suis certain, vous vous laisserez emporter par les longues phrases pelotiennes, chantournées de mots évocateurs et migrabonds, et la beauté des paysages décrits avec patience, et les scènes violentes, dures, racontées avec force et réalisme ; le tout porté par un art de la métaphore et de "l'expression" assez rare aujourd'hui.
Au final, que dire de plus, sans raconter toute l'histoire ? On peut dire que Lazare Grosdemange, c'est Pierre Pelot, du moins en partie. Grosdemange est le vrai nom de Pelot, et comme il a réchappé lui aussi d'une attaque, le prénom de Lazare est significatif, bien que Pelot se défende d'y avoir pensé en écrivant.
Alors à tous les gens qui veulent un vrai bon roman français, roboratif, qui tienne au ventre et fasse plaisir au cerveau, je veux faire partager mon enthousiasme pour un très grand auteur trop mal connu. Faites l'effort de le lire, et je suis prêt à deux paris : si vous le commencez, vous irez au bout, à coup sûr. Si vous allez au bout, vous ne serez pas déçu et serez heureux d'avoir découvert quelque chose d'aussi magnifique. En somme, si vous ne devez lire qu'un livre cette année, lisez celui-ci. En sortant de ce tourbillon foisonnant, votre tête vous tournera peut-être encore un peu, tout abasourdi d'en avoir oublié jusqu'à votre vrai nom. J'espère que mon résumé n'est pas trop embrouillé. Mais j'en ai déjà dit beaucoup, trop sans doute. Mieux vaut lire et se taire."
Extraits:
Alsaciens
"- Vous êtes pas alsaciens, dit l'homme.
- Non.
- J'vois ça, dit l'homme. Pis j'entends, aussi.
[...]
- J'les aime pas, ajouta-t-il — demandant : Savez pourquoi, mon homme ? (Mansuy fit un signe de tête pour signifier qu'il ne savait pas.) Parce qu'ils nous prennent tout su' la montagne. Sont riches à en crever, mais y crèvent pas, au contraire, y sont à cens et arrentés pour tout c'qui s'arrente sur les pâtis et les chaumes d'Monseigneur, tout c'qu'est pas du finage des villages. V'là pourquoi. Les mynes, c'est eux et pis des gens d'Autriche. Les marcairies c'est eux. Les chaumes où qu'y font pâturer leurs troupeaux d'rouges bêtes, c'est eux. Qu'est-ce qui nous restera ? Où qu'on va aller, bientôt, nous autes ?" p. 268
Récuse-poto
"Il revit Turficon qui déjà à l'école était insupportable, et dont le patronyme interactif n'arrangeait pas la sociabilité, déjà sournois, adipeux, les lèvres ourlées d'une salive soulignant chaque mot, le premier à ricaner en douce quand un malheur arrivait à quiconque, un cafardeur, un «récuse-poto», un qui sans hésiter aurait vendu du beurre aux boches, et sa mère avec, si la guerre ne l'avait pas pris de vitesse. Turficon, un sale con." p. 371
Les vieux
"C'était jouer avec son coeur une dangereuse partie. Mais n'en redoutant pas alors le risque purement physique encouru, il sua et rauqua en parfaite inconscience, la meute de vieux opiniâtres sur les talons et leur bourdonnement qui le poussait au cul — même dans les raidillons les plus rudes il y en avait toujours au moins un pour lâcher quelque considération, y aller de quelque plaisanterie.
Ces gens-là, se dit Lazare plusieurs fois et jusqu'à la totale conviction, devraient être interdits. Lui qui n'était pas encore de leur nombre s'en trouvait exclu à jamais et ne se souvenait étonnamment pas avoir autant peiné dans les montagnes du Kosovo, sur les sentes du Panshir à la rencontre de Massoud." p. 535
Patrimoine
"Qu'est-ce qu'elle a donc, ma maison, que vous avez l'air de plus pouvoir vous en passer ? que je lui demande. Et le voilà qui se lance dans ses grandes phrases tellement tarabiscotées qu'on dirait un patois inventé tout exprès pour qu'on y comprenne rien. Pour me dire la valeur historique, le patrimoine, tout ce bordel, et pis l'étang, etc... Et enfin pour me dire que ça serait un sacré pavillon de chasse. Faudrait savoir. Où qu'ils vont le caser leur patrimoine, dans leur pavillon de chasse ? Je t'en fous, moi, tiens." p. 814
Paysage de guerre
"Ici, l'ouragan avait transformé la forêt en paysage de guerre, laissant de loin en loin un arbre à demi plumé dressé droit comme un malheureux survivant condamné de toute façon à une mort imminente ; pour le reste, ce n'était que troncs brisés à une hauteur de deux ou trois mètres, tordus et hachés par un même abattement, une même poussée, un fléau tout à coup appelé d'un autre âge, et les fûts en travers ici et là, en tous sens, et les cadavres gris exsangues jonchant la scène du carnage. Et là-dessus béant d'une infinie indécence la fente grise du ciel qui pleurait". p. 946
19 décembre 2008
Appel aux dons
Nombreux sont les gens qui connaissent le jeu World of Warcraft. Si ce n'est pas le cas, en quelques mots: il s'agit d'un jeu vidéo en ligne par abonnement avec un monde très riche, peuplé de créatures diverses et variées. L'essentiel du jeu consiste à tuer ces bestioles, parfois d'autres joueurs, afin de progresser de niveau. On peut aussi y faire une multitude d'activités annexes plus ou moins marrantes, comme cuisiner, dépecer des bestioles, coudre des vêtements, etc. Et bien sûr interagir avec les autres joueurs de multiples manières.
Bref...
Toujours est-il que dans ce jeu, une des races jouables est celle des Orcs. Ils ne ressemblent pas vraiment à ceux du Seigneur des Anneaux, mais peu importe. Comme chaque race de WOW, ils ont des personnalités bien à eux et une architecture à l'avenant. Leur goût pour la déco n'est pas forcèment celui du plus grand nombre, mais à choisir, ça vaut largement les horreurs de Valérie Damidot sur M6 dans l'inénarrable D&CO. Voici un aperçu de ce que cela donne avec l'entrée de leur citadelle-capitale, Orgrimmar:
Tout ceci pour dire que j'ai, en passant dans la rue de Miromesnil l'autre jour, aperçu, pour la première fois de ma vie, un meuble - un vrai meuble - qui semblait directement issu de cette culture des Orcs. Il s'agit d'une commode signée d'un artiste contemporain Michel Haillard (qui réalise de bien belles choses avec pas mal de matériaux naturels plus ou moins inattendus). Voici la bête, qui est plutôt plaisante et s'accorderait particulièrement bien avec les peintures de l'antichambre de notre luxueux palais vénitien qui nous sert de résidence hivernale que nous aurons un jour, sûrement...
L'ennui, c'est que renseignements pris auprès de la galerie qui expose la bête en question, c'est que ce chef-d'oeuvre du mobilier orc coûte la bagatelle de 14 000 €! Donc, comme je sais que toi, lecteur assidu et passionné de mon blog, tu souhaites me voir vivre dans une débauche de meubles chers et un fatras de curiosités ramenées des quatre coins du monde, je te propose de me verser un peu de sous afin que je puisse dans un avenir proche, faire l'emplette de cette oeuvre d'art, au demeurant fort utile pour ranger des machins... En cette période de Noël, sois sûr que tu feras une bonne action et que je te promets, afin que ton sacrifice ne reste pas vain, de me prendre en photo à côté de l'objet et de t'envoyer cette photo en remerciement. C'est pas sympa ça? Alors on ôte les oursins de son porte-sous et regarde grimper la cagnotte.
Alors merci qui? Merci tonton Alfred!
12 décembre 2008
Un centenaire très actif...
Manoel de Oliveira est né le 12 décembre 1908. Il fête donc aujourd'hui son centième anniversaire. Comment l'increvable réalisateur portugais fête-t-il cet évènement? En entamant le tournage d'un nouveau film, tout simplement.
Plus connu hélas pour sa longévité que pour ses films, Oliveira a débuté sa carrière en 1931, au temps du muet! Il a ensuite tourné dans le premier film parlant portugais avant de repartir derrière la caméra. Pendant la dictature de Salazar, il rencontre beaucoup de difficultés pour tourner, limité notamment par la censure. Il revient au cinéma après la Révolution des oeillets.
Génie encore plus actif et créatif sur le tard (la moitié de sa quarantaine de films ont été réalisés après ses 80 ans!), son oeuvre est parfois difficile d'accès et le financement de ses films pas toujours assuré. Et pourtant il tourne... et fourmille de projets. "Si on m'enlève le cinéma, je meurs", prétend-il...

(Manoel de Oliveira, au festival de Cannes en 2008. Photo: Fluctuat.net)
Une longévité incroyable et un artiste exigeant et poétique, qui a fait tourner des acteurs aussi talentueux que Piccoli, Deneuve ou Malkovich, et auquel il convient de rendre hommage. Mais comme il n'est pas français (à l'inverse de Lévi-Strauss, autre centenaire toutefois moins suractif), pas d'émissions spéciales, pas beaucoup de battage médiatique.
Pour finir, voici la bande-annonce de Christophe Colomb, une énigme, son dernier film en date, consacré à l'enquête de deux vieux portugais un peu fous sur les traces de Christophe Colomb, convaincus que le célèbre navigateur génois était en fait portugais... Avec le réalisateur lui-même dans le rôle principal:
11 décembre 2008
Ma belle sapine...
Pour ceusses qui n'auraient pas encore entendu parler de l'excellente initiative de Pénélope Jolicoeur intitulée Mon beau sapin...
- deux petits extraits pour vous mettre l'eau à la bouche ou la bave au museau, selon votre espèce:
Noël chez les Témoins de Jéhovah vu par La bande pas dessinée (la suite sur Mon beau sapin):
Et quelque chose de tout mignon par Amandine et Tomatias (la suite toujours sur Mon beau sapin):
- et un rappel rapide du concept: A la base, une visite = des sous (donnés par Orange, tant mieux) pour que la Croix Rouge mette des cadeaux sous les sapins des chtits nenfants pauvres et leur donne un peu de sourire pour Noël. Sans pub ni trucs à cliquer. Comme le quota maximum de sous prévus par le "généreux" sponsor a été vite atteint, on peut désormais faire un don depuis le site (même un micro-don d'un euro par exemple). Alors allez-y si vous ne connaissez pas encore, au pire ça ne vous coûtera rien, au mieux ça vous fera poiler ou vous attendrira.
10 décembre 2008
Bon à savoir (III)
Tiens, mais au fait, en matière de droits de l'Homme, on en est où 60 ans après? Ben c'est pas brillant, si l'on en croit Amnesty...
"Paris, le 28 mai 2008. Le rapport annuel 2008 d’Amnesty International montre une image sombre de la situation des droits humains dans le monde. Soixante ans après l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme, des êtres humains continuent à être discriminés, torturés et tués. Les gouvernements n’ont pas tenu leurs promesses et se sont montrés incapables de réagir face à des crises graves des droits humains, comme au Darfour, au Zimbabwe, à Gaza, en Irak ou au Myanmar (Birmanie). Dans son chapitre sur la France, Amnesty International dénonce notamment les droits violés et bafoués des demandeurs d’asile et des réfugiés.
Amnesty International demande aux dirigeants mondiaux de présenter des excuses, après six décennies d’échecs en matière de droits humains, et de s’engager de nouveau à mettre en œuvre des améliorations concrètes. «Le monde actuel reste marqué par l’injustice, l’inégalité et l’impunité. Il est urgent que les États agissent pour combler le gouffre béant qui sépare la promesse de la réalisation», a précisé Irene Khan, secrétaire générale d’Amnesty International, lors du lancement du Rapport 2008 d’Amnesty International, consacré à la situation des droits humains dans le monde.
Ce rapport montre qu’aujourd’hui, soixante ans après l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l'homme par les Nations unies, il existe encore 81 pays au moins où des hommes et des femmes subissent des actes de torture ou d’autres mauvais traitements, 54 pays au moins où les procès ne sont pas conformes aux normes d’équité, et 77 pays au moins où il est impossible de s’exprimer librement.
Ce qui menace le plus l’avenir des droits humains, a souligné Amnesty International, c’est l’absence d’une vision commune et d’une direction collective. «L’année 2007 a été caractérisée par l’impuissance des gouvernements occidentaux et les positions ambivalentes ou incertaines prises par les puissances émergentes, peu enclines à agir face à des crises particulièrement graves dans le domaine des droits humains, depuis les conflits de longue durée jusqu’à des inégalités croissantes qui aggravent la situation de millions de personnes», a déclaré Irene Khan.
Amnesty International a exhorté les gouvernements à instaurer un nouveau modèle de direction collective fondé sur les principes de la Déclaration universelle des droits de l'homme. «Les plus puissants doivent donner le bon exemple», a souligné Irene Khan.
La Chine doit concrétiser les promesses en matière de droits humains qu’elle a faites préalablement aux Jeux olympiques. Elle doit respecter la liberté de parole et la liberté de la presse, et mettre fin à la «rééducation par le travail».
Les États-Unis d’Amérique doivent fermer le centre de détention de Guantánamo et tous les lieux de détention secrets, poursuivre les détenus conformément aux normes d’équité des procès ou les libérer, et rejeter sans ambiguïté le recours à la torture et aux autres formes de mauvais traitements.
La Russie doit se montrer plus tolérante à l’égard de la dissidence politique, et ne doit pas tolérer l’impunité des atteintes aux droits humains commises en Tchétchénie.
L’Union européenne doit enquêter sur la complicité de ses États membres en ce qui concerne les « restitutions extraordinaires » de personnes soupçonnées de terrorisme. Auprès de ses membres, elle doit être aussi exigeante en matière de droits humains qu’avec les autres pays."
Quelques petits documents à ce sujet:
Rapport annuel d'Amnesty International:
http://www.amnesty.fr/rapport_annuel_2008
Reporters sans frontières:
http://www.rsf.org/rubrique.php3?id_rubrique=19
Bon à savoir (II)
Il y a 60 ans exactement, le 10 décembre 1948, était adoptée la Déclaration universelle des droits de l'Homme, à Paris.
Il y a 40 ans exactement, le 10 décembre 1968, le français René Cassin (1887-1976), un homme méconnu et aujourd'hui assez oublié, recevait à Oslo le Prix Nobel de la Paix. Toute sa vie, il a oeuvré pour la paix, en étant notamment l'un des principaux rédacteurs de cette déclaration.

(René Cassin, © The Nobel Foundation)
Compagnon du général de Gaulle à Londres dès juin 1940, Cassin, professeur de droit né à Bayonne de parents juifs, participe au gouvernement de la France Libre. Après la guerre, il fait partie des fondateurs de l'UNESCO, puis représente la France aux Nations Unies. Il y rédige en grande partie la déclaration universelle des droits de l'Homme. Il sera également membre de l'Académie des sciences morale et politiques, président du conseil constitutionnel et président de la cour européenne des droits de l'Homme. Ce grand juriste et homme politique de stature internationale est à la tête d'une oeuvre immense au service des droits humains et de la paix. Il mérite de sortir de l'oubli où les livres d'histoire le tiennent hélas. Il fait partie, avec Monnet, Schuman et quelques autres, des rares Français de cette époque qui ont fait progresser le monde vers plus de justice et de sûreté. Ses cendres reposent au Panthéon.
Les principes de Cassin et de la déclaration universelle des droits de l'Homme sont toujours actuels et pertinents, quelle que soit la latitude. N'en déplaise aux relativistes pour qui les violations des droits de l'Homme en Chine, en Iran, à Cuba ou aux Etats-Unis ne sont que pécadilles et pour qui la "différence culturelle" justifie toutes les atteintes et répressions. Tiens, je vais en causer dans le prochain billet pour la peine!
Bon à savoir (I)
Déclaration universelle des droits de l'Homme
adoptée par les Nations Unies le 10 décembre 1958 à Paris au Palais de Chaillot.
Préambule
Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde.
Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l'homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l'humanité et que l'avènement d'un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l'homme.
Considérant qu'il est essentiel que les droits de l'homme soient protégés par un régime de droit pour que l'homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l'oppression.
Considérant qu'il est essentiel d'encourager le développement de relations amicales entre nations.
Considérant que dans la Charte les peuples des Nations Unies ont proclamé à nouveau leur foi dans les droits fondamentaux de l'homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l'égalité des droits des hommes et des femmes, et qu'ils se sont déclarés résolus à favoriser le progrès social et à instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande.
Considérant que les Etats Membres se sont engagés à assurer, en coopération avec l'Organisation des Nations Unies, le respect universel et effectif des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Considérant qu'une conception commune de ces droits et libertés est de la plus haute importance pour remplir pleinement cet engagement.
L'Assemblée Générale proclame la présente Déclaration universelle des droits de l'homme comme l'idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations afin que tous les individus et tous les organes de la société, ayant cette Déclaration constamment à l'esprit, s'efforcent, par l'enseignement et l'éducation, de développer le respect de ces droits et libertés et d'en assurer, par des mesures progressives d'ordre national et international, la reconnaissance et l'application universelles et effectives, tant parmi les populations des Etats Membres eux-mêmes que parmi celles des territoires placés sous leur juridiction.
Article premier
Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.
Article 2
1.Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.
2.De plus, il ne sera fait aucune distinction fondée sur le statut politique, juridique ou international du pays ou du territoire dont une personne est ressortissante, que ce pays ou territoire soit indépendant, sous tutelle, non autonome ou soumis à une limitation quelconque de souveraineté.
Article 3
Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.
Article 4
Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude; l'esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes.
Article 5
Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.
Article 6
Chacun a le droit à la reconnaissance en tous lieux de sa personnalité juridique.
Article 7
Tous sont égaux devant la loi et ont droit sans distinction à une égale protection de la loi. Tous ont droit à une protection égale contre toute discrimination qui violerait la présente Déclaration et contre toute provocation à une telle discrimination.
Article 8
Toute personne a droit à un recours effectif devant les juridictions nationales compétentes contre les actes violant les droits fondamentaux qui lui sont reconnus par la constitution ou par la loi.
Article 9
Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé.
Article 10
Toute personne a droit, en pleine égalité, à ce que sa cause soit entendue équitablement et publiquement par un tribunal indépendant et impartial, qui décidera, soit de ses droits et obligations, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle.
Article 11
1. Toute personne accusée d'un acte délictueux est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d'un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées.
2. Nul ne sera condamné pour des actions ou omissions qui, au moment où elles ont été commises, ne constituaient pas un acte délictueux d'après le droit national ou international. De même, il ne sera infligé aucune peine plus forte que celle qui était applicable au moment où l'acte délictueux a été commis.
Article 12
Nul ne sera l'objet d'immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes.
Article 13
1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un Etat.
2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.
Article 14
1. Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l'asile en d'autres pays.
2. Ce droit ne peut être invoqué dans le cas de poursuites réellement fondées sur un crime de droit commun ou sur des agissements contraires aux buts et aux principes des Nations Unies.
Article 15
1. Tout individu a droit à une nationalité.
2. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité, ni du droit de changer de nationalité.
Article 16
1. A partir de l'âge nubile, l'homme et la femme, sans aucune restriction quant à la race, la nationalité ou la religion, ont le droit de se marier et de fonder une famille. Ils ont des droits égaux au regard du mariage, durant le mariage et lors de sa dissolution.
2. Le mariage ne peut être conclu qu'avec le libre et plein consentement des futurs époux.
3. La famille est l'élément naturel et fondamental de la société et a droit à la protection de la société et de l'Etat.
Article 17
1. Toute personne, aussi bien seule qu'en collectivité, a droit à la propriété.
2. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa propriété.
Article 18
Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites.
Article 19
Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit.
Article 20
1. Toute personne a droit à la liberté de réunion et d'association pacifiques.
2. Nul ne peut être obligé de faire partie d'une association.
Article 21
1. Toute personne a le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays, soit directement, soit par l'intermédiaire de représentants librement choisis.
2. Toute personne a droit à accéder, dans des conditions d'égalité, aux fonctions publiques de son pays.
3. La volonté du peuple est le fondement de l'autorité des pouvoirs publics ; cette volonté doit s'exprimer par des élections honnêtes qui doivent avoir lieu périodiquement, au suffrage universel égal et au vote secret ou suivant une procédure équivalente assurant la liberté du vote.
Article 22
Toute personne, en tant que membre de la société, a droit à la sécurité sociale ; elle est fondée à obtenir la satisfaction des droits économiques, sociaux et culturels indispensables à sa dignité et au libre développement de sa personnalité, grâce à l'effort national et à la coopération internationale, compte tenu de l'organisation et des ressources de chaque pays.
Article 23
1. Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage.
2. Tous ont droit, sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un travail égal.
3. Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu'à sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s'il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale.
4. Toute personne a le droit de fonder avec d'autres des syndicats et de s'affilier à des syndicats pour la défense de ses intérêts.
Article 24
Toute personne a droit au repos et aux loisirs et notamment à une limitation raisonnable de la durée du travail et à des congés payés périodiques.
Article 25
1. Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l'alimentation, l'habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d'invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté.
2. La maternité et l'enfance ont droit à une aide et à une assistance spéciales. Tous les enfants, qu'ils soient nés dans le mariage ou hors mariage, jouissent de la même protection sociale.
Article 26
1. Toute personne a droit à l'éducation. L'éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l'enseignement élémentaire et fondamental. L'enseignement élémentaire est obligatoire. L'enseignement technique et professionnel doit être généralisé ; l'accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite.
2. L'éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l'amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux, ainsi que le développement des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix.
3. Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d'éducation à donner à leurs enfants.
Article 27
1. Toute personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté, de jouir des arts et de participer au progrès scientifique et aux bienfaits qui en résultent.
2. Chacun a droit à la protection des intérêts moraux et matériels découlant de toute production scientifique, littéraire ou artistique dont il est l'auteur.
Article 28
Toute personne a droit à ce que règne, sur le plan social et sur le plan international, un ordre tel que les droits et libertés énoncés dans la présente Déclaration puissent y trouver plein effet.
Article 29
1. L'individu a des devoirs envers la communauté dans laquelle seule le libre et plein développement de sa personnalité est possible.
2. Dans l'exercice de ses droits et dans la jouissance de ses libertés, chacun n'est soumis qu'aux limitations établies par la loi exclusivement en vue d'assurer la reconnaissance et le respect des droits et libertés d'autrui et afin de satisfaire aux justes exigences de la morale, de l'ordre public et du bien-être général dans une société démocratique.
3. Ces droits et libertés ne pourront, en aucun cas, s'exercer contrairement aux buts et aux principes des Nations Unies.
Article 30
Aucune disposition de la présente Déclaration ne peut être interprétée comme impliquant pour un Etat, un groupement ou un individu un droit quelconque de se livrer à une activité ou d'accomplir un acte visant à la destruction des droits et libertés qui y sont énoncés.
08 décembre 2008
Dans la forêt des paradoxes
Le 7 décembre 2008, J.-M.-G. Le Clézio, prix Nobel de Littérature 2008, prononçait en recevant son prix à Stockholm le discours suivant.
Pourquoi écrit-on ? J'imagine que chacun a sa réponse à cette simple question. Il y a les prédispositions, le milieu, les circonstances. Les incapacités aussi. Si l'on écrit, cela veut dire que l'on n'agit pas. Que l'on se sent en difficulté devant la réalité, que l'on choisit un autre moyen de réaction, une autre façon de communiquer, une distance, un temps de réflexion.
Si j'examine les circonstances qui m'ont amené à écrire – je ne le fais pas par complaisance, mais par souci d'exactitude – je vois bien qu'au point de départ de tout cela, pour moi, il y a la guerre. La guerre, non pas comme un grand moment bouleversant où l'on vit des heures historiques, par exemple la campagne de France relatée des deux côtés du champ de bataille de Valmy, par Goethe du côté allemand et par mon ancêtre François du côté de l'armée révolutionnaire. Ce doit être exaltant, pathétique. Non, la guerre pour moi, c'est celle que vivaient les civils, et surtout les enfants très jeunes. Pas un instant elle ne m'a paru un moment historique. Nous avions faim, nous avions peur, nous avions froid, c'est tout. Je me souviens d'avoir vu passer sous ma fenêtre les troupes du maréchal Rommel remontant les Alpes à la recherche d'un passage vers le nord de l'Italie et l'Autriche. Cela ne m'a pas laissé un souvenir très marquant. En revanche, dans les années qui ont suivi la guerre, je me souviens d'avoir manqué de tout, et particulièrement de quoi écrire et de quoi lire. Faute de papier et de plume à encre, j'ai dessiné et j'ai écrit mes premiers mots sur l'envers des carnets de rationnement, en me servant d'un crayon de charpentier bleu et rouge. Il m'en est resté un certain goût pour les supports rêches et pour les crayons ordinaires. Faute de livres pour enfants, j'ai lu les dictionnaires de ma grand-mère. C'étaient de merveilleux portiques pour partir à la reconnaissance du monde, pour vagabonder et rêver devant les planches d'illustrations, les cartes, les listes de mots inconnus. Le premier livre que j'ai écrit, à l'âge de six ou sept ans, du reste s'intitulait Le Globe à mariner. Suivi tout de suite par la biographie d'un roi imaginaire appelé Daniel III – peut-être était-il de Suède ? Et par un récit raconté par une mouette. C'était une période de réclusion. Les enfants n'avaient guère la liberté d'aller jouer dehors, car les terrains et les jardins autour de chez ma grand-mère avaient été minés. Au hasard des promenades, je me souviens d'avoir longé un enclos de barbelés au bord de la mer, sur lequel un écriteau en français et en allemand menaçait les intrus d'une interdiction accompagnée d'une tête de mort.
Je peux comprendre que c'était un contexte où l'on avait le désir de s'enfuir – donc de rêver et d'écrire ces rêves. En outre, ma grand-mère maternelle était une extraordinaire conteuse, qui réservait aux longues heures d'après-midi le temps des histoires. Ses contes étaient toujours très imaginatifs, et mettaient en scène une forêt – peut-être africaine, ou peut-être la forêt mauricienne de Macchabée – dont le personnage principal était un singe doué de malice, qui se sortait toujours des situations les plus périlleuses. Par la suite, j'ai fait un voyage et un séjour en Afrique, où j'ai découvert la forêt véritable, à peu près dépourvue d'animaux. Mais un D.O. du village d'Obudu, à la frontière des Camerouns, m'a fait écouter le crépitement des gorilles sur une colline voisine, en train de frapper leurs poitrines. De ce voyage, de ce séjour (au Nigéria où mon père était médecin de brousse) j'ai rapporté non pas la matière de romans futurs, mais une sorte de seconde personnalité, à la fois rêveuse et fascinée par le réel, qui m'a accompagné toute ma vie – et qui a été la dimension contradictoire, l'étrangeté moi-même que j'ai ressentie parfois jusqu à la souffrance. La lenteur de la vie est telle qu'il m'aura fallu la durée de la majeure partie de cette existence pour comprendre ce que cela signifie.
Les livres sont entrés dans ma vie un peu plus tard. C'était sous la forme de plusieurs bibliothèques que mon père avait réussi à réunir et qui provenaient de la dispersion de son héritage lorsqu'il avait été expulsé de sa maison natale à Moka (Ile Maurice). C'est alors que j'ai compris cette vérité qui n'apparaît pas immédiatement aux enfants, à savoir que les livres sont un trésor plus précieux que les biens immeubles ou que les comptes en banque. C'est dans ces volumes, la plupart anciens et reliés, que j'ai découvert les grands textes de la littérature universelle, le Don Quijote illustré par Tony Johannot, La vida de Lazarillo de Tormes ; The Ingoldsby Legends, Gulliver's Travels ; les grands romans inspirés de Victor Hugo, Quatre-vingt Treize, Les Travailleurs de la Mer, ou L'Homme qui rit. Les Contes drôlatiques de Balzac, aussi. Mais les livres qui m'ont le plus marqué, ce sont les collections de récits de voyage, pour la plupart consacrés à l'Inde, à l'Afrique et aux îles Masacareignes, ainsi que les grands textes d'exploration, de Dumont d'Urville ou de l'Abbé Rochon, de Bougainville, de Cook, et bien sûr le Livre des Merveilles de Marco Polo. Dans la vie médiocre d'une petite bourgade de province endormie au soleil, après les années de liberté en Afrique, ces livres m'ont donné le goût de l'aventure, ils m'ont permis de pressentir la grandeur du monde réel, de l'explorer par l'instinct et par les sens plutôt que par les connaissances. D'une certaine façon ils m'ont permis de ressentir très tôt la nature contradictoire de la vie d' enfant, qui garde un refuge où il peut oublier la violence et la compétition, et prendre son plaisir à regarder la vie extérieure par le carré de sa fenêtre.
Dans les instants qui ont précédé l'annonce, pour moi très étonnante, de la distinction que m'octroyait l'Académie de Suède, j'étais en train de relire un petit livre de Stig Dagerman que j'aime particulièrement : la collection de textes politiques intitulée Essäer och texter (La Dictature du Chagrin). Ce n'était par hasard que je me replongeais dans la lecture de ce livre caustique et amer. Je devais me rendre en Suède pour y recevoir le prix que l'association des amis de Dagerman m'avait donné l'été passé, afin de rendre visite aux lieux de l'enfance de cet écrivain. J'ai toujours été sensible à l'écriture de Dagerman, à ce mélange de tendresse juvénile, de naïveté et de sarcasme. À son idéalisme. À la clairvoyance avec laquelle il juge son époque troublée de l'après-guerre, pour lui le temps de la maturité, pour moi celui de mon enfance. Une phrase en particulier m'a arrêté, et m'a semblée s'adresser à moi dans cet instant précis – alors que je venais de publier un roman intitulé Ritournelle de la Faim. Cette phrase, ou plutôt ce passage, le voici : « Comment est-il possible par exemple de se comporter, d'un côté comme si rien au monde n'avait plus d'importance que la littérature, alors que de l'autre il est impossible de ne pas voir alentour que les gens luttent contre la faim et sont obligés de considérer que le plus important pour eux, c'est ce qu'ils gagnent à la fin du mois ? Car il (l'écrivain) bute sur un nouveau paradoxe : lui qui ne voulait écrire que pour ceux qui ont faim découvre que seuls ceux qui ont assez à manger ont loisir de s'apercevoir de son existence. » (L'écrivain et la conscience)
Cette « forêt de paradoxes », comme l'a nommé Stig Dagerman, c'est justement le domaine de l'écriture, le lieu dont l'artiste ne doit pas chercher à s'échapper, mais bien au contraire dans lequel il doit « camper » pour en reconnaître chaque détail, pour explorer chaque sentier, pour donner son nom à chaque arbre. Ce n'est pas toujours un séjour agréable. Lui qui se croyait à l'abri, elle qui se confiait à sa page comme à une amie intime et indulgente, les voici confrontés au réel, non pas seulement comme observateurs, mais comme des acteurs. Il leur faut choisir leur camp, prendre des distances. Cicéron, Rabelais, Condorcet, Rousseau, Madame de Staël, ou bien plus récemment Soljenitsyne ou Hwang Seok-yong, Abdelatif Laâbi ou Milan Kundera ont eu à prendre la route de l'exil. Pour moi qui ai toujours connu – sauf durant la brève période de la guerre – la possibilité de mouvement, l'interdiction de vivre dans le lieu qu'on a choisi est aussi inacceptable que la privation de liberté.
Mais cette liberté de bouger comme un privilège a pour conséquence le paradoxe. Voyez l'arbre aux épines hérissées au sein de la forêt qu'habite l'écrivain : cet homme, cette femme occupés à écrire, à inventer leurs songes, ne sont-ils pas les membres d'une très heureuse et réduite happy few ? Imaginons une situation extrême, terrifiante – celle-là même que vit le plus grand nombre sur notre planète. Celle qu'ont vécue jadis, au temps d'Aristote ou au temps de Tolstoï, les inqualifiables – les serfs, serviteurs, vilains de l'Europe au Moyen-Âge, ou peuples razziés au temps des Lumières sur la côte d'Afrique, vendus à Gorée, à El Mina, à Zanzibar. Et aujourd'hui même, à l'heure que je vous parle, tous ceux qui n'ont pas droit à la parole, qui sont de l'autre côté du langage. C'est la pensée pessimiste de Dagerman qui m'envahit plutôt que le constat militant de Gramsci ou le pari désabusé de Sartre. Que la littérature soit le luxe d'une classe dominante, qu'elle se nourrisse d'idées et d'images étrangères au plus grand nombre, cela est à l'origine du malaise que chacun de nous éprouve – je m'adresse à ceux qui lisent et écrivent. L'on pourrait être tenté de porter cette parole à ceux qui en sont exclus, les inviter généreusement au banquet de la culture. Pourquoi est-ce si difficile ? Les peuples sans écriture, comme les anthropologues se sont plu à les nommer, sont parvenus à inventer une commun- ication totale, au moyen des chants et des mythes. Pourquoi est-ce devenu aujourd'hui impossible dans notre société industrialisée ? Faut-il réinventer la culture ? Faut-il revenir à une communication immédiate, directe ? On serait tenté de croire que le cinéma joue ce rôle aujourd'hui, ou bien la chanson populaire, rythmée, rimée, dansée. Le jazz peut-être, ou sous d'autres cieux, le calypso, le maloya, le sega.
Le paradoxe ne date pas d'hier. François Rabelais, le plus grand écrivain de langue française, partit jadis en guerre contre le pédantisme des gens de la Sorbonne en jetant à leur face les mots saisis dans la langue populaire. Parlait-il pour ceux qui ont faim ? Débordements, ivresses, ripailles. Il mettait en mots l'extraordinaire appétit de ceux qui se nourrissaient de la maigreur des paysans et des ouvriers, pour le temps d'une mascarade, d'un monde à l'envers. Le paradoxe de la révolution, comme l'épique chevauchée du chevalier à la triste figure, vit dans la conscience de l'écrivain. S'il y a une vertu indispensable à sa plume, c'est qu'elle ne doive jamais servir à la louange des puissants, fût-ce du plus léger chatouillis. Et pourtant, même dans la pratique de cette vertu, l'artiste ne doit pas se sentir lavé de tout soupçon. Sa révolte, son refus, ses imprécations restent d'un certain côté de la barrière, du côté de la langue des puissants. Quelques mots, quelques phrases s'échappent. Mais le reste ? Un long palimpseste, un atermoiement élégant et distant. L'humour, parfois, qui n'est pas la politesse du désespoir mais la désespérance des imparfaits, la plage où le courant tumultueux de l'injustice les abandonne.
Alors, pourquoi écrire ? L'écrivain, depuis quelque temps déjà, n'a plus l'outrecuidance de croire qu'il va changer le monde, qu'il va accoucher par ses nouvelles et ses romans un modèle de vie meilleur. Plus simplement, il se veut témoin. Voyez cet autre arbre dans la forêt des paradoxes. L'écrivain se veut témoin, alors qu'il n'est, la plupart du temps, qu'un simple voyeur.
Témoin, il arrive que l'artiste le soit : Dante dans La Divina Commedia, Shakespeare dans The Tempest – et Césaire dans la magnifique reprise de cette pièce, appelée Une Tempête, dans laquelle Caliban, à cheval sur un baril de poudre, menace d'emmener avec lui dans la mort ses maîtres détestés. Témoin, il l'est parfois de façon irrécusable, comme Euclides da Cunha dans Os Sertões, ou comme Primo Levi. L'absurde du monde est dans Der Prozess (ou dans les films de Chaplin), son imperfection dans La Naissance du jour de Colette, sa fantasmagorie dans la chanson irlandaise que Joyce a mise en scène dans Finnegans Wake. Sa beauté brille d'un éclat irrésistible dans The Snow Leopard de Peter Matthiessen ou dans A Sand County Almanach d'Aldo Leopold. Sa méchanceté dans Sanctuary de William Faulkner, ou dans Première neige de Lao She. Sa fragilité d'enfance dans Ormen (Le Serpent) de Dagerman.
L'écrivain n'est jamais un meilleur témoin que lorsqu'il est un témoin malgré lui, à son corps défendant. Le paradoxe, c'est que ce dont il témoigne n'est pas ce qu'il a vu, ni même ce qu'il a inventé. L'amertume, parfois le désespoir, viennent de ce qu'il n'est pas présent au réquisitoire. Tolstoï nous fait voir le malheur que l'armée napoléonienne inflige à la Russie, et pourtant rien n'est changé dans le cours de l'histoire. Mme de Duras écrit Ourika, Harriet Beecher Stowe Uncle Tom's Cabin, mais ce sont les peuples esclaves qui changent leur propre destin, qui se révoltent et fondent contre l'injustice les résistances marronnes, au Brésil, en Guyane, aux Antilles, et la première république noire en Haïti.
Agir, c'est ce que l'écrivain voudrait par-dessus tout. Agir, plutôt que témoigner. Ecrire, imaginer, rêver, pour que ses mots, ses inventions et ses rêves interviennent dans la réalité, changent les esprits et les cœurs, ouvrent un monde meilleur. Et cependant, à cet instant même, une voix lui souffle que cela ne se pourra pas, que les mots sont des mots que le vent de la société emporte, que les rêves ne sont que des chimères. De quel droit se vouloir meilleur ? Est-ce vraiment à l'écrivain de chercher des issues ? N'est-il pas dans la position du garde champêtre dans la pièce du Knock ou Le Triomphe de la médecine, qui voudrait empêcher un tremblement de terre ? Comment l'écrivain pourrait-il agir, alors qu'il ne sait que se souvenir ?
La solitude sera son lot. Elle l'a toujours été. Enfant, il était cet être fragile, inquiet, réceptif excessivement, cette fille que décrit Colette, qui ne peut que regarder ses parents se déchirer, ses grands yeux noirs agrandis par une sorte d'atttention douloureuse. La solitude est aimante aux écrivains, c'est dans sa compagnie qu'ils trouvent l'essence du bonheur. C'est un bonheur contradictoire, mélange de douleur et de délectation, un triomphe derisoire, un mal sourd et omniprésent, à la manière d'une petite musique obsédante. L'écrivain est l'être qui cultive le mieux cette plante vénéneuse et nécessaire , qui ne croît que sur le sol de sa propre incapacité. Il voulait parler pour tous, pour tous les temps : le voilà, la voici dans sa chambre, devant le miroir trop blanc de la page vide, sous l'abat-jour qui distille une lumière secrète. Devant l'écran trop vif de son ordinateur, à écouter le bruit de ses doigts qui clic-claquent sur les touches. C'est cela, sa forêt. L'écrivain en connaît trop bien chaque sente. Si parfois quelque chose s'en échappe, comme un oiseau levé par un chien à l'aube, c'est sous son regard éberlué – c'était au hasard, c'était malgré lui, malgré elle.
Mais je ne voudrais pas me complaire dans une attitude négative. La littérature – c'est là que je voulais en venir – n'est pas une survivance archaïque à laquelle devrait se substituer logiquement les arts de l'audiovisuel, et particulièrement le cinéma. Elle est une voie complexe, difficile, mais que je crois encore plus nécessaire aujourd'hui qu'au temps de Byron ou de Victor Hugo.
Il y a deux raisons à cette nécessité :
D'abord, parce que la littérature est faite de langage. C'est le sens premier du mot : lettres, c'est-à-dire ce qui est écrit. En France, le mot roman désigne ces écrits en prose qui utilisaient pour la première fois depuis le Moyen Age la langue nouvelle que chacun parlait, la langue romane. La nouvelle vient aussi de cette idée de la nouveauté. A peu près à la même époque, en France l'on a cessé d'utiliser le mot rimeur (de rime) pour parler de poésie et de poètes – du verbe grec poiein, créer. L'écrivain, le poète, le romancier, sont des créateurs . Cela ne veut pas dire qu'ils inventent le langage, cela veut dire qu'ils l'utilisent pour créer de la beauté, de la pensée, de l'image. C'est pourquoi l'on ne saurait se passer d'eux. Le langage est l'invention la plus extraordinaire de l'humanité, celle qui précède tout, partage tout. Sans le langage, pas de sciences, pas de technique, pas de lois, pas d'art, pas d'amour. Mais cette invention, sans l'apport des locuteurs, devient virtuelle. Elle peut s'anémier, se réduire, disparaître. Les écrivains, dans une certaine mesure, en sont les gardiens. Quand ils écrivent leurs romans, leurs poèmes, leur théâtre, ils font vivre le langage. Ils n'utilisent pas les mots, mais au contraire ils sont au service du langage. Ils le célèbrent, l'aiguisent, le transforment, parce que le langage est vivant par eux, à travers eux et accompagne les transformations sociales ou économiques de leur epoque.
Lorsque, au siècle dernier, les théories racistes se sont fait jour, l'on a évoqué les différences fondamentales entre les cultures. Dans une sorte de hiérarchie absurde, l'on a fait correspondre la réussite économique des puissances coloniales avec une soi-disant supériorité culturelle. Ces théories, comme une pulsion fiévreuse et malsaine, de temps à autre ressurgissent ça et là pour justifier le néo-colonialisme ou l'impérialisme. Certains peuples seraient à la traîne, n'auraient pas acquis droit de cité (de parole) du fait de leur retard économique, ou de leur archaïsme technologique. Mais s'est-on avisé que tous les peuples du monde, où qu'ils soient, et quel que soit leur degré de développement, utilisent le langage ? Et chacun de ces langages est ce même ensemble logique, complexe, architecturé, analytique, qui permet d'exprimer le monde – capable de dire la science ou d'inventer les mythes.
Ayant défendu l'existence de cet être ambigu et un peu archaïque qu'est l'écrivain, je voudrais dire la deuxième raison de l'existence de la littérature, car celle-ci touche davantage au beau métier de l'édition.
L'on parle beaucoup de mondialisation aujourd'hui. On oublie que le phénomène a commencé en Europe à la Renaissance, avec le début de l'ère coloniale. La mondialisation n'est pas une mauvaise chose en soi. La communication rend le progrès plus rapide, en médecine, ou en sciences. Peut-être que la généralisation de l'information rendra les conflits plus difficiles. S'il y avait eu internet, il est possible que Hitler n'eût pas réussi son complot mafieux – le ridicule l'eût peut-être empêché de naître.
Nous vivons, paraît-il, à l'ère de l'internet et de la communication virtuelle. Cela est bien, mais que valent ces stupéfiantes inventions sans l'enseignement de la langue écrite et sans les livres ? Fournir en écrans à cristaux liquides la plus grande partie de l'humanité relève de l'utopie. Alors ne sommes-nous pas en train de créer une nouvelle élite, de tracer une nouvelle ligne qui divise le monde entre ceux qui ont accès à la communication et au savoir et ceux qui restent les exclus du partage ? De grands peuples, de grandes civilisations ont disparu faute de l'avoir compris. Certes de grandes cultures, que l'on dit minoritaires, ont su résister jusqu'à aujourd'hui, grâce à la transmission orale des savoirs et des mythes. Il est indispensable, il est bénéfique de reconnaître l'apport de ces cultures. Mais que nous le voulions ou non, même si nous ne sommes pas encore à l‘âge du réel, nous ne vivons plus à l'âge du mythe. Il n‘est pas possible de fonder le respect d'autrui et l'égalité sans donner à chaque enfant le bienfait de l'ecriture.
Aujourd'hui, au lendemain de la décolonisation, la littérature est un des moyens pour les hommes et les femmes de notre temps d'exprimer leur identité, de revendiquer leur droit à la parole, et d'être entendus dans leur diversité. Sans leur voix, sans leur appel, nous vivrions dans un monde silencieux.
La culture à l'échelle mondiale est notre affaire à tous. Mais elle est surtout la responsabilité des lecteurs, c'est-à-dire celle des éditeurs. Il est vrai qu'il est injuste qu'un Indien du grand Nord Canadien, pour pouvoir être entendu, ait à écrire dans la langue des conquérants – en Français, ou en Anglais. Il est vrai qu'il est illusoire de croire que la langue créole de Maurice ou des Antilles pourra atteindre la même facilité d'écoute que les cinq ou six langues qui règnent aujourd'hui en maîtresses absolues sur les médias. Mais si, par la traduction, le monde peut les entendre, quelque chose de nouveau et d'optimiste est en train de se produire. La culture, je le disais, est notre bien commun, à toute l'humanité. Mais pour que cela soit vrai, il faudrait que les mêmes moyens soient donnés à chacun, d'accéder à la culture. Pour cela, le livre est, dans tout son archaïsme, l'outil idéal. Il est pratique, maniable, économique. Il ne demande aucune prouesse technologique particulière, et peut se conserver sous tous les climats. Son seul défaut – et là je m'adresse particulièrement aux éditeurs – est d'être encore difficile d'accès pour beaucoup de pays. A Maurice le prix d'un roman ou d'un recueil de poèmes correspond à une part importante du budget d'une famille. En Afrique, en Asie du Sud-Est, au Mexique, en Océanie, le livre reste un luxe inaccessible. Ce mal n'est pas sans remède. La coédition avec les pays en voie de développement, la création de fonds pour les bibliothèques de prêt ou les bibliobus, et d'une façon générale une attention accrue apportée à l'égard des demandes et des écritures dans les langues dites minoritaires – très majoritaires en nombre parfois – permettrait à la littérature de continuer d'être ce merveilleux moyen de se connaître soi-même, de découvrir l'autre, d'entendre dans toute la richesse de ses thèmes et de ses modulations le concert de l'humanité.
Il me plaît assez de parler encore de la forêt. C'est sans doute pour cela que la petite phrase de Stig Dagerman résonne dans ma mémoire, pour cela que je veux la lire et la relire, m'en pénétrer. Il y a quelque chose de désespéré en elle, et au même instant de jubilatoire, parce que c'est dans l'amertume que se trouve la part de vérité que chacun cherche. Enfant, je rêvais de cette forêt. Elle m'épouvantait et m'attirait à la fois – je suppose que le petit Poucet, ou Hansel devaient ressentir la même émotion, quand elle se refermait sur eux avec tous ses dangers et toutes ses merveilles. La forêt est un monde sans repères. La touffeur des arbres, l'obscurité qui y règnent peuvent vous perdre. L'on pourrait dire la même chose du désert, ou de la haute mer, lorsque chaque dune, chaque colline s'écarte pour montrer une autre colline, une autre vague parfaitement identiques. Je me souviens de la première fois que j'ai ressenti ce que peut être la littérature – Dans The Call of the Wild, de Jack London, précisément, l'un des personnages, perdu dans la neige, sent le froid l'envahir peu à peu alors que le cercle des loups se referme autour de lui. Il regarde sa main déjà engourdie, et s'efforce de bouger chaque doigt l'un après l'autre. Cette découverte pour l'enfant que j'étais avait quelque chose de magique. Cela s'appelait la conscience de soi.
Je dois à la forêt une de mes plus grandes émotions littéraires de mon âge adulte. Cela se passe il y a une trentaine d'années, dans une région d'Amérique centrale appelée El Tapón de Darien, le Bouchon, parce que c'est là que s'interrompait alors (et je crois savoir que depuis la situation n'a pas changé) la route Panaméricaine qui devait relier les deux Amériques, de l'Alaska à la pointe de la Terre de Feu. L'isthme de Panama, dans cette partie, est couvert d'une forêt de pluie extrêmement dense, dans laquelle il n'est possible de voyager qu'en remontant le cours des fleuves en pirogue. Cette forêt est habitée par une population amérindienne, divisée en deux groupes, les Emberas et les Waunanas, tous deux appartenant à la famille linguistique Ge-Pano-Karib. Etant venu là par hasard, je me suis trouvé fasciné par ce peuple au point d'y faire plusieurs séjours assez longs, pendant environ trois ans. Pendant tout ce temps, je n'ai rien fait d'autre que d'aller à l'aventure, de maison en maison – car ce peuple refusait alors de se grouper en villages – et d'apprendre à vivre selon un rythme entièrement différent de ce que j'avais connu jusque là. Comme toutes les vraies forêts, cette forêt était particulièrement hostile. Il fallait faire l'inventaire de tous les dangers, et aussi de tous les moyens de survie qu'elle comportait. Je dois dire que dans l'ensemble, les Emberas ont été très patients avec moi. Ma maladresse les faisait rire, et je crois que dans une certaine mesure, je leur ai rendu en distraction un peu de ce qu'ils m'ont appris en sagesse. Je n'écrivais pas beaucoup. La forêt n'est pas un milieu idéal pour cela. L'humidité détrempe le papier, la chaleur dessèche les crayons à bille. Rien de ce qui marche à l'électricité ne dure très longtemps. J'arrivais là avec la conviction que l'écriture était un privilège, et qu'il me resterait toujours pour résister à tous les problèmes de l'existence. Une protection, en quelque sorte, une espèce de vitre virtuelle que je pouvais remonter à ma guise pour m'abriter des intempéries.
Ayant assimilé le système de communisme primordial que pratiquent les Amérindiens, ainsi que leur profond dégoût pour l'autorité, et leur tendance à une anarchie naturelle, je pouvais imaginer que l'art, en tant qu'expression individuelle, ne pouvait avoir cours dans la forêt. D'ailleurs, rien chez ces gens qui pût ressembler à ce que l'on appelle l'art dans notre société de consommation. Au lieu de tableaux, les hommes et les femmes peignent leur corps, et répugnent de façon générale à construire rien de durable. Puis j'ai eu accès aux mythes. Lorsqu'on parle de mythes, dans notre monde de livres écrits, l'on semble parler de quelque chose de très lointain, soit dans le temps, soit dans l'espace. Je croyais moi aussi à cette distance. Et voilà que les mythes venaient à moi, régulièrement, presque chaque nuit. Près d'un feu de bois construit sur le foyer à trois pierres dans les maisons, dans le ballet des moustiques et des papillons de nuit, la voix des conteurs et des conteuses mettait en mouvement ces histoires, ces légendes, ces récits, comme s'ils parlaient de la réalité quotidienne. Le conteur chantait d'une voix aigüe, en frappant sa poitrine, son visage mimait les expressions, les passions, les inquiétudes des personnages. Cela aurait pu être du roman, et non du mythe. Mais une nuit est arrivée une jeune femme. Son nom était Elvira. Dans toute la forêt des Emberas, Elvira était connue pour son art de conter. C'était une aventurière, qui vivait sans homme, sans enfants – on racontait qu'elle était un peu ivrognesse, un peu prostituée, mais je n'en crois rien – et qui allait de maison en maison pour chanter, moyennant un repas, une bouteille d'alcool, parfois un peu d'argent. Bien que je n'aie eu accès à ses contes que par le biais de la traduction – la langue embera comprend une version littéraire beaucoup plus complexe que la langue de chaque jour – j'ai tout de suite compris qu'elle était une grande artiste, dans le meilleur sens qu'on puisse donner à ce mot. Le timbre de sa voix, le rythme de ses mains frappant ses lourds colliers de pièces d'argent sur sa poitrine, et par-dessus tout cet air de possession qui illuminait son visage et son regard, cette sorte d'emportement mesuré et cadencé, avaient un pouvoir sur tous ceux qui étaient présents. A la trame simple des mythes – l'invention du tabac, le couple des jumeaux originels, histoires de dieux et d'humains venues du fond des temps, elle ajoutait sa propre histoire, celle de sa vie errante, ses amours, les trahisons et les souffrances, le bonheur intense de l'amour charnel, l'acide de la jalousie, la peur de vieillir et de mourir. Elle etait la poésie en action, le théâtre antique, en meme temps que le roman le plus contemporain. Elle était tout cela avec feu, avec violence, elle inventait, dans la noirceur de la forêt, parmi le bruit environnant des insectes et des crapauds, le tourbillon des chauves-souris, cette sensation qui n'a pas d'autre nom que la beauté. Comme si elle portait dans son chant la puissance véridique de la nature, et c'était là sans doute le plus grand paradoxe, que ce lieu isolé, cette forêt, la plus éloignée de la sophistication de la littérature, était l'endroit où l'art s'exprimait avec le plus de force et d'authenticité.
Ensuite j'ai quitté ce pays, je n'ai plus jamais revu Elvira, ni aucun des conteurs de la forêt du Darien. Mais il m'est resté beaucoup plus que de la nostalgie, la certitude que la littérature pouvait exister, malgré toute l'usure des conventions et des compromis, malgré l'incapacité dans laquelle les écrivains étaient de changer le monde. Quelque chose de grand et de fort, qui les surpasse, parfois les anime et les transfigure, et leur rend l'harmonie avec la nature. Quelque chose de neuf et de très ancien à la fois, impalpable comme le vent, immatériel comme les nuages, infini comme la mer. Ce quelque chose qui vibre dans la poésie de Jallal Eddine Roumi, par exemple, ou dans l'architecture visionnaire d'Emanuel Swedenborg. Le frisson que l'on éprouve à lire les plus beaux textes de l'humanité, tel le discours que le chef Stealth des Indiens Lumni adressait à la fin du dix-neuvième siècle au Président des Etats-Unis, afin de lui faire don de la terre : « Peut-être sommes nous frères… »
Quelque chose de simple, de vrai, qui n'existe que dans le langage. Une allure, une ruse parfois, une danse grinçante, ou bien de grandes plages de silence. La langue de la moquerie, les interjections, les malédictions, et tout de suite après, la langue du paradis.
C'est à elle, Elvira, que j'adresse cet éloge – à elle que je dédie ce Prix que l'Académie de Suède me remet. À elle, et à tous ces écrivains avec qui – ou parfois contre qui j'ai vécu. Aux Africains, Wole Soyinka, Chinua Achebe, Ahmadou Kourouma, Mongo Beti, à Cry the Beloved Country d'Alan Paton, à Chaka de Tomas Mofolo. Au très grand Mauricien Malcolm de Chazal, auteur, entre autres de Judas. Au romancier mauricien hindi Abhimanyu Unnuth, pour Lal passina (Sueur de sang), la romancière urdu Hyder Qurratulain pour l'épopée de Ag ka Darya (River of fire). Au Réunionnais Danyèl Waro, le chanteur de maloyas, l'insoumis, à la poétesse kanak Dewé Gorodé qui a défié le pouvoir colonial jusqu'en prison, à Abdourahman Waberi le révolté. À Juan Rulfo, à Pedro Paramo et aux nouvelles du El llano en llamas, aux photos simples et tragiques qu'il a faites dans la campagne mexicaine. À John Reed pour Insurgent Mexico, à Jean Meyer pour avoir porté la parole d'Aurelio Acevedo et des insurgés Cristeros du Mexique central. À Luis González, auteur de Pueblo en vilo. À John Nichols, qui a écrit sur l'âpre pays dans The Milagro Beanfield War, à Henry Roth, mon voisin de la rue New York à Albuquerque (Nouveau Mexique) pour Call it Sleep. À J.P. Sartre, pour les larmes contenues dans sa pièce Morts sans sépulture. À Wilfrid Owen, au poète mort sur les bords de la Marne en 1914. À J.D. Salinger, parce qu'il a réussi à nous faire entrer dans la peau d'un jeune garçon de quatorze ans nommé Holden Caufield. Aux écrivains des premières nations de l'Amérique, le Sioux Sherman Alexie, le Navajo Scott Momaday, pour The Names. A Rita Mestokosho, poétesse innue de Mingan (Province de Québec) qui fait parler les arbres et les animaux. À José Maria Arguedas, à Octavio Paz, à Miguel Angel Asturias. Aux poètes des oasis de Oualata, de Chinguetti. Aux grands imaginatifs que furent Alphonse Allais et Raymond Queneau. À Georges Perec pour Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ? Aux Antillais Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, au Haitien René Depestre, à Schwartz-Bart pour Le Dernier des justes. Au poète mexicain Homero Aridjis qui nous glisse dans la vie d'une tortue lyre, et qui parle des fleuves orangés des papillons monarques coulant dans les rues de son village, à Contepec. À Vénus Koury Ghata qui parle du Liban comme d'un amant tragique et invincible. À Khalil Jibran. À Rimbaud. À Emile Nelligan. À Réjean Ducharme, pour la vie.
À l'enfant inconnu que j'ai rencontré un jour, au bord du fleuve Tuira, dans la forêt du Darién. Dans la nuit, assis sur le plancher d'une boutique, éclairé par la flamme d'une lampe à kérosène, il lit un livre et écrit, penché en avant, sans prêter attention à ce qui l'entoure, sans se soucier de l'inconfort, du bruit, de la promiscuité, de la vie âpre et violente qui se déroule à côté de lui. Cet enfant assis en tailleur sur le plancher de cette boutique, au cœur de la forêt, en train de lire tout seul à la flamme de la lampe, n'est pas là par hasard. Il ressemble comme un frère à cet autre enfant dont je parle au commencement de ces pages, qui s'essaie à écrire avec un crayon de charpentier au verso des carnets de rationnement, dans les sombres années de l'après-guerre. Il nous rappelle les deux grandes urgences de l'histoire humaine, auxquelles nous sommes hélas loin d'avoir répondu. L'éradication de la faim, et l'alphabétisation.
Dans tout son pessimisme, la phrase de Stig Dagerman sur le paradoxe fondamental de l'écrivain, insatisfait de ne pouvoir s'adresser à ceux qui ont faim – de nourriture et de savoir – touche à la plus grande vérité. L'alphabétisation et la lutte contre la famine sont liées, étroitement interdépendantes. L'une ne saurait réussir sans l'autre. Toutes deux demandent – exigent aujourd'hui notre action. Que dans ce troisième millénaire qui vient de commencer, sur notre terre commune, aucun enfant, quel que soit son sexe, sa langue ou sa religion, ne soit abandonné à la faim ou à l'ignorance, laissé à l'écart du festin. Cet enfant porte en lui l'avenir de notre race humaine. À lui la royauté, comme l'a écrit il y a très longtemps le Grec Héraclite.
J.M.G. Le Clézio, Bretagne, 4 novembre 2008 (© LA FONDATION NOBEL 2008)










