Comme au quai Branly on ne se contente pas d'une expo à la fois, voici quelques mots sur celle qui côtoie l'exposition Mangareva. Celle-ci s'intéresse aux fétiches, amulettes et autres gri-gri africains et s'intitule Recettes des Dieux, esthétique du fétiche.

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Organisée selon des thématiques un peu inattendues (les objets "liés", entravés par des cordes; les objets emballés et donc dissimulés aux regards; les objets enduits et recouverts de diverses matières; les objets cloutés et percés...), cette exposition, malgré des intitulés ou formules parfois pédants (et douteux: le rapprochement entre les fétiches à clous et les représentations de Saint Sébastien n'est pas très probant), est intéressante et nous permet de mieux pénétrer le monde complexe et mystérieux de la magie africaine. La fin de l'expo, qui lorgne vers l'art contemporain et les surréalistes, ne pollue fort heureusement pas la compréhension que l'on acquière tant bien que mal au sujet de ces fétiches plus bizarres, informes, biscornus et mystérieux les uns que les autres.

La fonction des différents objets, quand elle est connue, est correctement expliquée. L'objet est souvent remis en contexte et les explications, loin de lui ôter sa part de mystère, contribue à la lui rendre en précisant que tel objet était au fond de la case, réservé aux seuls initiés, que tel ou tel ne pouvait être vu par des femmes, etc...

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(Objet magique Nkisi, Congo)

Et surtout, on est frappé de l'extrème diversité de formes et d'objets présentés. Il n'y a pas un type d'objet pour un type de problèmes à résoudre ou à créer. Chaque question, chaque souci, chaque malheur à éviter possède son amulette particulière. On entrevoit à travers cette exposition un monde infiniment pénétré d'une magie aux formes complexes, un monde dans lequels devins et sorciers jouent un rôle très fort et où la superstition touche jusqu'aux voleurs! On nous présente en effet diverses amulettes plus ou moins tordues qui servaient, a priori en vain, à une bande de voleurs à éviter de réveiller les voisins de la maison cambriolée, à faire que le chien n'aboie pas, etc...

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(Objet magique composé d'une machoire inférieure humaine et d'une tête de lézard, Bénin)

On apprend aussi à reconnaître quelques fonctions d'objets.

Parmi eux les Boli, des sortes de bidules informes dont le plus bel exemple est celui-ci:

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(Boli du Kono, Mali)

Les Boliw sont des amalgames de terre et de tas de machins (os, cornes, poils, racines, etc...) qui servent à des libations. On les asperge alors de terre, de sang d'animaux sacrifiés, de bière, etc... Ce qui explique leur aspect informe et la patine croûteuse assez répugnante qui les recouvre. Ce sont des objets très magiques et très secrets, visibles par les seuls initiés.

On trouve aussi des sacs de divination (bilongo mabyala), emplis de divers petits objets. Seul le devin connaît exactement le contenu de son sac et seul lui peut l'ouvrir et interpréter ce qu'il y voit. Chaque petit objet a sa signification et le devin doit déchiffrer le rébus qu'il y lit, exactement de la même façon qu'une cartomancienne interprète ses tarots.

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(Sac de divination, Congo)

Un nkisi quant à lui désigne un fétiche, sensé protéger de tel ou tel malheur, ou au contraire, dans une optique plus noire, provoquer un malheur. Plantés de clous, les fétiches zoomorphes, comme celui-ci étaient sensés être en communication avec le domaine des morts et pouvoir servir de médiateurs avec ce monde souterrain. Un clou est planté pour chaque demande de sorcellerie, bonne ou mauvaise, réalisée avec l'aide d'un esprit interpellé par ce clou. Les fétiches à clous, très impressionnants, semblent être une spécialité de l'aire de civilisation Kongo. La plupart se trouvent donc dans les collections du musée de Tervuren en Belgique.

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(Statue magique, Nkisi N kondi Kozo, Congo)

Finalement c'est un monde loin d'être "primitif" dans ses croyances que nous découvrons, un monde certes baigné de mystère et de magie, et qui a su trouver et inventer pour y faire face des objets et des coutumes très complexes, dont le caractère "secret" ne nous permet justement pas de pénétrer toute la profondeur.

Toutes les photos viennent du site du musée du quai Branly, un excellent musée.

Le site du Musée Royal d'Afrique centrale à Tervuren.