Ce dernier jour consacré uniquement à Vienne avait plutôt correctement débuté avec un retour vers la Karlplatz (cf. Note du 5e jour) et une visite de l'église Saint-Charles.

St_Charles_Borrom_e_2

(Eglise Saint-Charles, Vienne)

Cette église est sans conteste l'un des sommets du baroque à Vienne. Elle est l'oeuvre de l'architecte Johann Bernhard Fischer von Erlach, architecte "star" du début du XVIIIe autrichien. Pour cette église, il s'est inspiré de ce qu'il a vu lors de son séjour à Rome auprès du Bernin; il a ainsi utilisé la façade du Panthéon, la coupole de Saint-Pierre-de-Rome et la colonne trajane pour composer ce chef-d'oeuvre.

Comme l'église est toujours en travaux, on y a laissé à l'intérieur un immense échafaudage avec un ascenseur destiné d'une part à récupérer du fric sur le dos des touristes et d'une autre à pouvoir admirer les peintures de la coupole d'assez près. Ces peintures sont dues à Rottmayr et représentent l'apothéose de Saint-Charles-Borromée à qui est dédiée cette église. La montée dans ces lieux d'habitude inacessible est une expérience impressionnante et intéressante.

Eglise_Saint_Charles__fresques_de_la_coupole_2

(Détails des peintures de la coupole de l'église Saint-Charles)

Ensuite nous avions prévu de retourner au Belvédère, mais au Belvédère inférieur cette fois-ci, lieu destiné à des expositions temporaires, dans le but de voir une exposition dont nous avions aperçu les affiches et consacrée à Mucha. Nous ne trouvâmes qu'une exposition consacrée à Waldmüller, peintre autrichien tout à fait sympathique mais dont j'avais déjà vu l'essentiel au Louvre (et dont j'ai parlé il y a quelques temps ici-même). Bref, pas l'ombre d'un Mucha. Après un petit délai de perplexité, nous comprîmes que l'exposition se finissait début juin et était aujourd'hui... à Montpellier! Triste coup du sort et vilain ratage de notre part. Mais ce n'était encore rien en regard de ce qui nous attendait à l'Académie des Beaux-Arts...

Mon guide me signalait cette institution comme présentant de superbes collections de peintures de Bosch, Titien, Murillo, Cranach l'ancien, Rembrandt, etc, etc... Et au départ, tout va bien. Aucun panneau suspect ne nous signalant un problème quelconque, rien. Le prix d'entrée, 6 euros, correspond à ce que m'annonce le guide et au tarif d'un musée de taille respectable. Malgré la nullité du principe de ne pouvoir prendre des photos qu'en payant 5 euros supplémentaires (ce que j'appelle du racket. Soit les photos sont interdites, soit elles sont autorisées, point final), tout semble aller bien, et nous admirons en effet le superbe triptyque du Jugement Dernier de Bosch et plusieurs Cranach. Puis, ayant fait le tour de la grosse quinzaine d'oeuvres présentées, nous nous dirigeons vers la suite de l'exposition, des salles situées de part et d'autres d'un couloir d'après les affichettes. Las, nous ne trouvons alors que des salles en pleins travaux, inaccessibles. Je reviens vers l'accueil et demande où sont les autres oeuvres, ce à quoi le type me répond que tout est en restauration et que seules les deux minuscules salles que nous avons vu sont visitables. Très énervé, je lui dit que pour 6 euros, c'est à dire le prix d'un musée "entier", c'est tout simplement du vol, et qu'au moins ils auraient pu réduire leurs tarifs. Le type approuve mon propos, me dit qu'il faut écrire un mail à l'andouille qui gère le lieu pour lui dire tout cela. Bon cela ne me rendra pas mon argent ni ma hargne de m'être fait escroqué par cette institution merdique. Donc je le dis: si vous allez à Vienne, qu'elle soit ou non entièrement réouverte, n'allez pas à l'Académie des Beaux-Arts, ne serait-ce que pour protester contre leurs pratiques immorales. Merde, si ces types ne pigent pas qu'ils tiennent un musée et pas un cynique supermarché, je ne sais plus quoi faire.

Bref. Passablement tristes de cette mésaventures, nous décidons d'aller au Leopold Museum. Malgré la pénibilité de l'achat des billets, le lieu était tout à fait digne d'intérêt et assez grand et dense pour ne pas nous donner l'impression de nous être fait arnaquer.

DSCN5980

(Egon Schiele, Femme allongée, 1917)

Ce musée présente de nombreuses oeuvres de Schiele, mais aussi de Klimt, Kokoschka, Gerstl, Moser, Romako etc... L'ensemble vaut le détour, mais attention! pas le café, qui nous a servi à prix d'or des chocolats chauds qui ne méritent pas ce nom, parfaitement dégueulasses. Méfiance donc.

Ensuite il était temps de profiter de la nocturne au Musée d'Histoire naturelle, en face de celui des Beaux-Arts que nous avions visité le dimanche précédent. Ce musée présente des collections liées à l'histoire de l'Homme, des collections d'animaux et de minéraux tout à fait exceptionnelles. Il s'agit de l'une des plus anciennes institution de ce type, car il a été fondé par François de Lorraine au XVIIIe s.

Petit aperçu rapide des chefs-d'oeuvres de ce musée.

Au sein des collections minéralogiques, à la fois didactiques (pierres classées et présentées selon les normes, etc) et extra-ordinaires (pierres et minerais énormes, etc). Une merveille parmi ces collections, le bouquet de pierres précieuses offert par Marie-Thérèse à son époux en 1760.

DSCN5997

(Bouquet de pierres précieuses, 2102 diamants, 761 pierres précieuses)

Les collections archéologiques consacrées à la préhistoire recèle LE trésor du musée: la célèbre Vénus de Willendorf, un chef-d'oeuvre d'art du paléolithique. Découverte en 1908 par hasard en Autriche, cette femme très ronde, âgée de 25 000 ans, est l'une des plus belles vénus de ce type retrouvée. Principale surprise à la découverte de cette merveille, sa taille: avec 11 cm de haut, c'est loin d'être une "petite" figurine comme je l'imaginais.

V_nus_de_Willendorf

(Vénus de Willendorf)

Pas très loin de la vénus de Willendorf, se trouve une autre représentation humaine, la Fanny de la Galgenberg, vieille de 32 000 ans (sans doute la plus vieille représentation connue jusqu'à la découverte récente de la Vénus de Conard, cf. mon article sur ce sujet il y a quelques mois), une petite statue de femme dansante.

Plusieurs oeuvres représentatives des cultures néolithiques, notamment celle de Hallstatt, complètent cette évocation de nos lointains ancêtres.

Des collections de squelettes d'animaux préhistoriques sont également présentent, toujours impressionnantes par leurs tailles et leurs formes variées. L'ensemble du musée est assez didactique sur les questions d'évolution, de disparition et d'apparition des espèces, avec des salles évoquant notamment les ancêtres des éléphants et des chevaux. De très belles collections d'animaux naturalisés complètent l'ensemble, classées selon l'ordre: mammifères, batraciens, reptiles, oiseaux, insectes, etc...

Anc_tre_d__l_phant

(Deinotherium, ancêtre de l'éléphant)

Et dans l'escalier central, on trouve un tableau de François de Lorraine dans son cabinet de minéralogie avec des scientifiques, ainsi que le petit chien de Marie-Thérèse, un curieux roquet d'une espèce que nous ne connaissons plus aujourd'hui.

Chien_de_Marie_Th_r_se

(Chien de Marie-Thérèse)