Voici déjà la fin du voyage qui s'annonce avec notre arrivée à Innsbrück. Innsbrück, capitale du Tyrol, est une ville superbe et très très touristique. Les Français, contrairement au reste du pays, y sont assez nombreux (et portent tous, comme moi, le Guide Vert à la main...).

Nous avons passé deux jours à Innsbrück, le premier consacré à une découverte de notre hébergement (très mauvais, le pire de tout le voyage) et de la ville, le second à la visite de musées et assimilés.

Tout d'abord, il y a le truc incontournable, en plein centre de la vieille ville, qui attire tous les touristes: il s'agit du Petit Toit d'Or (Goldenes Dachl). Il s'agit d'une tribune achevée en 1500 qui ornait le palais des ducs de Tyrol. Son toit est recouvert d'éléments dorés. La légende veut que cette oeuvre date du duc de Tyrol Frédéric "à la bourse vide", qui voulait ainsi démonter les rumeurs sur son compte. En fait, il est postérieur à ce personnage du XVe s. et a été réalisé sous l'empereur Maximilien, un grand adorateur d'Innsbrück, comme nous le verrons plus tard. En dehors de son toit, cette tribune est admirable par son ornement du début de la Renaissance.

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(Petit Toit d'Or)

L'ensemble de la vieille ville est très charmante, parsemée de maison richement ornées, de bâtiments historiques et de boutiques à touristes. Les détails fourmillent et s'offrent à qui sait lever la tête et admirer.

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(Helblinghaus, Façade rococo, XVIIIe s.)

Depuis le quartier du Petit Toit d'or, nous descendons la Maria-Theresien-Strasse jusqu'à un curieux Arc de triomphe. Il célèbre l'année 1765 telle que l'on vécu les habitants d'Innsbrück (et de tout l'empire autrichien d'ailleurs, jusqu'aux "Vieux-Lorrains"). En effet, ce mois d'août 1765 fut à la fois heureux et tragique pour l'Autriche: le 5 août, l'archiduc Léopold (futur empereur Léopold II), épouse Marie-Louise de Bourbon. Comme il est de coutume, le peuple est en liesse. Las, le 18 août, son père l'empereur François Ier (ancien duc de Lorraine et de Bar), meurt, à Innsbrück. La ville commémore alors ces deux évènements en réalisant une face de l'arc de triomphe avec des symboles de joie liés au mariage et l'autre avec des symboles de deuil pour l'empereur défunt.

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(Arc de Triomphe)

Ainsi s'est déroulée notre découverte d'Innsbrück, ponctuée également de visites dans les magasins, au moins pour regarder les superbes (et parfois importables) costumes traditionnels, pourtant encore pas mal portés en Autriche (notamment à Innsbrück et Salzbourg). Hélas, ces costumes valent facilement plusieurs centaines d'euros...

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(Vieille ville)

Un petit restaurant le soir suivi d'une nuit de sommeil, et nous voici le lendemain, mercredi 29 juillet, dernier vrai jour de notre voyage, à entamer la visite d'un musée, celui des arts et traditions populaires du Tyrol. Les musées d'art populaire ne sont pas toujours une grande réussite et ont parfois du mal à éveiller l'intérêt. Ici, rien de tout cela, dans sa catégorie, ce musée est l'un des tous meilleurs (du monde parait-il!).

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(Oeufs peints)

On y voit de très belles reconstitutions d'habitats paysans, bourgeois ou nobles du Tyrol historique (Autriche et Italie), avec des pièces entières reconstituées, passionnantes. Une partie du musée est consacrée au calendrier, avec des oeuvres d'art populaire très surprenantes, des costumes et des objets qui évoquent les travaux, les fêtes et les coutumes selon la période de l'année.

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(Costume de garde-vignes, coutume liée aux vendanges)

On admire aussi de curieux exemples de piété populaire et de représentations religieuses bien peu orthodoxes parfois. Une partie du musée est consacrée aux mobiliers populaire et présente de jolis meubles peints.

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(Armoire peinte)

Une belle et grande vitrine présente les différents costumes traditionnels tyroliens selon leur région d'origine. Mais au-delà de ces costumes, une partie nous montre aussi comment, dès le début du XXe s., avec le développement de la photographie, la folklorisation des coutumes se met déjà en place. En effet, il devient à la mode de se faire photographier en costume traditionnel pour les grandes occasions, en posant devant un décor montagnard idéalisé.

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(Reconstitution de l'atelier d'un photographe)

Une dernière salle présente de beaux exemplaires de crèches géantes, avec de très nombreux personnages, traditionnelles du Tyrol semble-t-il.
Bref, cette visite s'est révélée plus qu'intéressante et l'immersion dans les traditions tyroliennes fut encore mieux que ce que j'imaginais.

La suite de cette dernière journée allait être tout aussi intéressante, à commencer par la découverte, juste à côté du musée et avec le même ticket, de la Hofkirche, église qui abrite l'exceptionnel Mausolée de l'empereur Maximilien. Après être passé par quelques salles assez kitsch sensées nous apprendre des choses sur Maximilien mais qui en fait ressemblent plus à une annexe de Disneyland, nous arrivons devant cet incroyable tombeau.

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(Mausolée de Maximilien)

Ce monument funéraire de la Renaissance n'est qu'une partie d'un projet démesuré dudit Maximilien qui souhaitait avoir pour garder son tombeau 40 grandes statues, 100 petites et 34 bustes d'empereurs romains! Finalement, seules 28 statues (dont la dernière a été fondue en 1584, près de 70 ans après le décès de l'empereur) ont vu le jour, mais certains de ces "bonshommes noirs" représentant des ancêtres réels ou mythiques de l'empereur ont été dessinés, excusez du peu, par Albrecht Dürer. C'est notamment le cas de la statue du roi Arthur. Chacune de ses statues était faite pour recevoir un flambeau.

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(Roi Arthur, Mausolée de Maximilien)

Ces statues permettent d'appréhender un peu mieux la complexe généalogie des Habsbourg et leurs multiples héritages territoriaux ainsi que les ancêtres mythiques auxquels ils souhaitaient se rattacher. Nous restâmes un bon moment à détailler ces statues et à approcher ainsi l'art du costume à la Renaissance, l'imaginaire chevaleresque de Maximilien, etc. Sur le tombeau proprement dit, des panneaux de marbre sculpté retracent la vie et les combats héroïques de Maximilien... qui, il faut le signaler, ne repose pas dans ce tomber, mais à Wiener Neustadt. En effet, si l'empereur adorait Innsbrück et lui a beaucoup donné en prestige, les bourgeois de la ville ont beaucoup moins apprécié les dettes que lui et sa cour avaient laissé...

Le reste de la Hofkirche abrite également le tombeau d'Andreas Hofer, héros de la résistance tyrolienne à Napoléon très méconnu chez nous, ainsi qu'une chapelle haute, la Silberne Kapelle.

Une fois cette visite achevée, nous partîmes vers la Hofburg toute proche afin de voir la cathédrale, un beau monument baroque qui abrite le Mausolée de l'archiduc Maximilien (rien à voir avec l'empereur dont nous parlions plus haut) qui était le Grand-Maître de l'ordre teutonique.

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(Mausolée de l'archiduc Maximilien, Cathédrale Saint-Jacques d'Innsbrück)

L'après-midi déjà entamée, ce fut pour nous le moment de partir sur l'autre rive de l'Inn, passer dans le très joli quartier de Hötting pour monter vers le zoo alpin.

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(Rive gauche de l'Inn)

Nous voici donc au zoo alpin, qui comme son nom l'indique est consacrée à la faune des régions alpines. Il s'agit d'un zoo d'altitude (autour de 800 m.), ce qui en fait le plus haut d'Europe. On peut y admirer des ours, des castor, des chats sauvages, des chamois et bouquetins, des aigles, des lynx, des loups, toute une petite faune de lézards, grenouilles et tritons, etc, etc, etc... mais aussi des animaux domestiques tout à fait alpins, comme les vaches, cochons et autres chèvres. Quelques photos en vrac:

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(Ours brun)

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(Lynx paresseux)

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(Bouquetin)

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(Chatons sauvages)

Sur ce, notre voyage était presque achevé. Redescendus dans la vieille ville, nous y errâmes avec bonheur jusqu'à l'heure de manger dans un excellent restaurant au serveur assez stylé et parlant au moins allemand, anglais, italien et français. Encore une nuit sur place et ce fut le moment de repartir: 10 heures de train, d'Innsbrück à Paris via Zürich, à admirer le Tyrol, à pleuvoir dans le Vorarlberg et au Liechtenstein, une demie-heure de retard à Zürich (sans conséquence pour nous heureusement). Et les longues heures du retour vers la France s'égrénant dans des discussions avec deux gamines d'origine kurde, sympathiques mais délaissées et peu stimulées par leur mère...

Voilà. J'espère que ces nombreuses notes de voyage vous auront plu. Elles se veulent le reflet, forcèment subjectif et incomplet, de notre voyage et nos petites aventures. La longue ballade de l'an prochain n'est pas encore déterminée totalement, mais il se pourrait très bien qu'après toutes ces gloires autrichiennes de victoire contre les Turcs, nous allions voir du côté de la Turquie ce qu'on en dit...