28 août 2009
Le Béarn, de capitale en capitale (et un peu au-delà aussi)
Ma belle-famille vit dans le Béarn. Je n'y peux rien, c'est ainsi: le Béarn, c'est loin de tout, c'est méconnu et pour tout dire, ça n'attire guère les gens. Et c'est dommage parce qu'il y a plein de choses intéressantes à y voir et un vrai patrimoine. Donc tant qu'à faire, autant partir à sa découverte, il ne peut qu'y avoir de belles surprises.
Le Béarn est une ancienne province qui a vu passer des personnages tels que Gaston Phébus, la terrible Jeanne d'Albret ou son fils Henri de Navarre, futur Henri IV. Pays indépendant depuis l'époque de Phébus en 1347 jusqu'à son rattachement à la France par l'accession d'Henri IV au trône à la fin du XVIe s., le royaume de Navarre (en fait seulement la Navarre française, c'est-à-dire le Béarn). Successivement, la région a connu quatre capitales: Lescar, Morlaas, Orthez et enfin Pau, qui demeure aujourd'hui le chef-lieu du département des Pyrénées-Atlantique réunissant Béarn et Pays Basque français. La ballade à laquelle je vous convie correspond à mes pérégrinations du mois d'août à travers le Béarn (dont je suis loin d'avoir tout vu) et quelques incursions au-delà dans le Pays Basque et en Bigorre.
Lescar, aux sources du Béarn
Notre première étape est Lescar, antique Beneharnum (qui donna sans doute son nom au Béarn). Cette importante ville romaine, devenue capitale du Béarn, est détruite autour de 840 par des raids vikings. Elle disparait totalement de la carte et cède sa place de capitale et d'évêché à Morlaas, à quelques lieues de là. Ce n'est qu'autour de l'an Mil qu'une nouvelle ville, fortifiée, est édifiée sur la hauteur la plus proche de l'ancienne Beneharnum. Aujourd'hui, la ville s'est beaucoup agrandie au-delà de ses murs et est devenue une banlieue résidentielle de Pau. Ce qui n'enlève rien à l'intérêt de son petit centre-ville qui ne manque que d'une chose primordiale: un café où siroter une boisson fraîche.
(Lescar, porte de la ville)
L'élément le plus intéressant de Lescar, celui qui attire les regards et suscite la curiosité, c'est sa belle cathédrale romane.
(Lescar, cathédrale vue par l'arrière)
Ce qui fait de Lescar une étape à ne pas louper pour les amateurs d'art et d'histoire qui passent dans le coin, c'est la décoration romane de sa cathédrale. Qu'il s'agisse des très beaux chapiteaux historiés qui ornent les piliers, de la mosaïque du XIIe s. représentant des scènes de chasse ou des modillons de l'abside, toute cette décoration mérite qu'on s'y arrête.
(Cathédrale de Lescar, détail de la mosaïque du XIIe s.)
(Chapiteau historié)
(Arrière de la cathédrale, modillons décorés)
Outre ces remarquables oeuvres d'art roman, la cathédrale abrite une fresque du XVIIe s., récemment restaurée avec soin, et surtout, une simple plaque dans le choeur témoigne de l'importance de Lescar autrefois (la ville avait notamment rang épiscopal): huit rois et reines de Navarre y reposent.
(Cathédrale, Tombeau des Rois de Navarre)
(Choeur, Fresque du XVIIe s.)
Voici pour les principaux éléments concernant Lescar, toute petite ville mais que vous vous devez de visiter si d'aventure vous passez par Pau, que nous avons également re-visité cet été.
Pau, cité royale
Il faut savoir qu'après la destruction de Beneharnum autour de 840, c'est Morlaas qui a pris le relais comme capitale, puis Orthez au XIIe s. Pau n'est pas grand chose, sans doute une modeste bourgade, quand Gaston Phébus, en 1450, en fait sa capitale. La ville restera capitale du Béarn jusqu'à aujourd'hui. Pau a été la ville de la famille d'Albret dont est issu Henri IV qui est né dans la ville et dont la cité se fait gloire aujourd'hui. Un autre futur roi est également né à Pau, il s'agit du maréchal Bernadotte, devenu roi de Suède en 1818.
La ville actuelle comporte quelques quartiers encore trop peu mis en valeur et quelques uns somme toute assez laids. Le centre ancien, dominé par le château, est par contre tout à fait digne d'intérêt historique... et gourmand!
(Henri de Navarre, omniprésent, a pourtant peu marqué sa ville natale de son empreinte...)
Le château de Pau est un bel exemple de construction tout à fait composite où domine néanmoins le goût renaissance. Bien qu'Henri IV y soit né et que l'on puisse y admirer son curieux berceau: une gigantesque carapace de tortue, c'est plutôt Phébus et surtout Henri d'Albret et son épouse Marguerite d'Angoulême qui y ont laissé leur trace. Plus tard, ce sont Napoléon III et l'impératrice Eugénie qui font restaurer le château et s'y installent au gré de leurs déplacement dans les environs. L'ensemble ne possède bien sûr ni la perfection formelle d'un Versailles ni l'extravagance des châteaux de la Loire, mais il nous en apprend beaucoup sur les différentes étapes de sa construction et les souverains et régents qui y ont présidé.
(Château de Pau)
Cette ancienne forteresse domine le Gave de Pau. Des jardins ont été aménagés sur les anciennes fortifications.
(Remparts)
Depuis les remparts, on peut également accéder à la Tour de la Monnaie où, comme son nom l'indique, les rois de Navarre battaient monnaie. Cet édifice du XVe s. bénéficie d'un cadre sympathique près d'un petit canal et surplombé par la silhouette du château.
(Tour de la Monnaie, XVe s.)
Au détour des rues qui avoisinnent le château, on peut découvrir l'ancien parlement de Navarre, la maison dite de Sully, et plusieurs jolies rues et places, notamment la Place Gramont. Et surtout, surtout, LA bonne adresse de la ville, la succulence incarnée se trouve chez Francis Miot, confiseur, chocolat et confiturier de son état. Sa boutique est un enchantement et le salon de thé installé derrière vaut plus que le détour: c'est l'endroit idéal où achever une après-midi de ballade dans la ville en buvant une des innombrables sortes de thés proposées ou même un chocolat froid dont vous me direz des nouvelles. L'une des spécialité les plus excellentes de la maison se nomme très élégamment "Les coucougnettes du Vert-Galant". Bon, dis comme ça, ça sent fort l'humour potache, mais une fois en bouche, quel régal. Je le recommande à tout amateur de plaisir sucré!
(A goûter absolument!)
Mais surtout au XIXe s., à la vieille ville des rois de Navarre se greffe une nouvelle ville, la ville anglaise.
Pau, ville anglaise
Au milieu du XIXe s. en effet, les médecins anglais se mettent à préconiser la cure hivernale à Pau pour son climat d'altitude tout à fait sain. Peu à peu, de riches anglais s'installent et se font construire de belles résidences, importent leurs loisirs et donnent à la ville une british touch tout à fait originale. C'est sous leur influence qu'est ouvert le très long boulevard des Pyrénées depuis lequel la vue sur le massif est superbe paraît-il (mais pas en été parce que la chaleur les voile de brume et les cache; mais pas en hiver non plus car le temps est couvert... mais sinon il parait que c'est chouette...)
(Boulevard des Pyrénées)
Au bout du boulevard se découvre le Palais Beaumont, qui abrite centre de congrès et casino. De quoi s'amuser avec les fantômes des Anglais du XIXe s. dont l'âme n'a pas tout à fait entièrement déserté la ville...
(Palais Beaumont)
Pour les Anglais souffreteux qui venaient se faire soigner et ne pouvaient monter jusqu'au Boulevard (et aussi pour les feignasses) on a installé un funiculaire qui rejoint la gare au boulevard, évitant ainsi tout effort. Funiculaire qui fonctionne toujours actuellement!
(Funiculaire)
Echappée basque à Biarritz
Biarritz, ça n'est franchement ni totalement vilain ni totalement inintéressant. Mais la foule et la chaleur du 15 août nuisent beaucoup à son attrait... Bref.
Ce petit port baleinier a connu un exceptionnel dynamisme sous le Second Empire en devenant une station très huppée, fréquentée notamment par les mêmes Anglais qui venaient aussi à Pau et par l'Empereur et l'Impératrice. Aujourd'hui, la station est devenue plus populaire et le paradis du surf.
(Ils attendent sûrement LA vague...)
L'attrait de la mer joue certes un peu, surtout pour les rochers et le vent, beaucoup moins pour les plages où s'affalent des tonnes de viandes plus ou moins fraîche. Mais à la base ce n'était pas du tout pour ça que nous nous rendions à Biarritz, mais pour voir le musée Asiatica, a priori le 2nd ou 3e musée consacré à l'Asie en France derrière le Guimet. Tout est loin d'être parfait, qu'il s'agisse des explications parfois aléatoires ou imprécises ou de la mise en musée, par moments thématique, par moments chronologique. Néanmoins, ce musée possède des pièces intéressantes et surtout très différentes de ce que conserve le Guimet. Un passage par ce musée complète quelques manques du Guimet, ce qui n'est pas si mal tout compte fait. Et puis, quelle admiration dans les yeux de la dame au guichet quand elle a su que l'une d'entre nous étudiait à l'Ecole du Louvre!
(Bronzes rustiques de l'Himachal Pradesh, Musée Asiatica)
La ville de Biarritz a été partiellement bétonnée de bâtiments assez moches qui cohabitent curieusement avec des exemples superbes du goût curieux des grandes résidences des personnes fortunées de la fin XIXe s. - début XXe s.
(Biarritz, Villa Roche Ronde)
De même, et c'est regrettable, on a trop souvent utilisé un béton laid et sans âme pour consolider des morceaux de rochers. Le rocher de la Vierge reste néanmoins un lieu agréable où les vents marins nous font un peu oublier les 35°C passés de cette journée!
(Rocher de la Vierge)
En Bigorre romane
Après toute cette effervescence balnéaire de Biarritz, il nous fallait nous ressourcer dans des lieux moins fréquentés. Et quoi de mieux pour ce faire que de s'aventurer en Bigorre, de l'autre côté du Béarn, vers les Hautes-Pyrénées, pour y découvrir ses abbayes romanes?
Nous sommes donc allés vers l'abbaye d'Escaladieu ("L'échelle de Dieu", rien que cela!). Cette abbaye cistercienne a été fondée vers 1140. Très vite, cette installation a fait florès et est devenue une abbaye-mère de 13 filles, essentiellement en Espagne. Superbe exemple d'architecture romane, elle a néanmoins subie au cours des temps de nombreuses vicissitudes qui l'ont transformé: brigandage, destruction par les armées protestantes, vente du cloître (démonté et installé en Amérique parait-il!), etc... Néanmoins cette ancienne abbaye a tout de même de beaux restes qui témoignent pleinement de toute l'austérité cistercienne (surtout quelques jours après avoir admiré l'exubérance baroque des bénédictins de Melk...)
(Abbaye d'Escaladieu, entrée romane de la salle capitulaire)
Incidemment, et malgré les diverses mutilations de l'abbaye, on y découvre plusieurs éléments intéressants de la vie des moines: l'armarium (bibliothèque), le scriptorium, le chauffoir (seule pièce chauffée de toute l'abbaye, qui servait aux moines pour dégeler leur encre), etc.
(Armarium, ancienne bibliothèque de l'abbaye)
A quelques encablures de là, en direction de Tarbes, se trouve l'abbaye de Saint Sever de Rustan, dans le village du même nom. Cette abbaye possède une base romane dont plusieurs éléments sont bien conservés, mais elle a été remaniée à plusieurs reprises dans des styles différents, ce qui lui donne un aspect curieux par endroits. Il s'agissait d'une abbaye de bénédictions, beaucoup moins austères que les cisterciens évoqués précédemment. Ainsi, rien que pour sa partie extérieure, l'abbaye arbore un beau portail roman avec de jolis chapiteaux hélas altérés au fil des siècles...
(Saint-Sever-de-Rustan, Portail roman de l'église abbatiale)
... tandis que d'un autre côté, c'est une façade classique du XVIIe s. qui se dévoile!
(Abbaye, façade classique)
Cet aspect composite se retrouve pas mal à l'intérieur des bâtiments, notamment dans l'église, qui combinent voûtes gothiques et coupole romane, éléments renaissance et baroques. La très surprenante sacristie est quant à elle entièrement composée de boiseries d'époque Louis XV.
(Sacristie)
Les parties extérieures côté cloître ont beaucoup souffert au cours du temps. Certaines parties sont très endommagées et là encore, le cloître a été acheté et enlevé (ça doit être une tradition locale) pour être installé cette fois-ci à Tarbes. C'est regrettable et cela nuit un peu à l'ensemble.
(Encore un cloître disparu!)
Orthez, de Gaston VII Moncade à Francis Jammes
Contrairement à ce que, comme la plupart des gens, je m'imaginais (trompé en cela par l'association sportive Pau-Orthez) que Pau et Orthez faisaient partie de la même agglomération. Et pourtant, il y a près de 40 km qui séparent les deux villes.
Orthez est une bourgade charmante qui a aussi été capitale du Béarn, après Morlaas et avant Pau. Plus que du Béarn, Orthez fut surtout au XVIe s. une capitale du protestantisme dans la région. Mais outre Jeanne d'Albret, la ville a aussi abrité le fameux Gaston Phébus et doit beaucoup à Gaston VII Moncade, vicomte de Béarn, qui en fit sa capitale au XIIIe s. et y construisit une redoutable forteresse. La ville prit aussi de l'importance de part sa situation sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle.
(Orthez, Hôtel de la Lune, halte jacquaire, XIIIe s.)
Bref. Orthez fut également la ville du poète et écrivain Francis Jammes qui passa la majeure partie de sa vie dans la région et vécut très longtemps à Orthez. Dans la Maison Chrestia, typiquement béarnaise, il vécut pendant 10 ans, de 1897 à 1907.
(Maison de Francis Jammes, Orthez)
Une petite association a installé une exposition consacré à ce poète chrétien très oublié aujourd'hui, comme beaucoup d'autres de son époque. Quelques souvenirs, notamment son bureau, sont également exposés. Sans être géniale, cette maison permet de redécouvrir un peu cet écrivain injustement tombé dans l'oubli.
(Maison de Francis Jammes)
Au centre de la ville se trouve la très belle maison dite de Jeanne d'Albret, qui abrite l'office du tourisme et un musée du protestantisme béarnais.
(Maison de Jeanne d'Albret)
En marchant vers le Gave de Pau, on tombe sur le symbole de la ville, le très beau Pont Vieux, un bel exemple d'architecture militaire des XIIIe - XIVe s. avec sa tour défensive qui servit jusqu'en 1814! Ce pont construit par Moncade et achevé par Phébus est désormais piéton et offre une jolie vue sur les belles maisons anciennes qui bordent le Gave et sur le Gave lui-même. Les berges du Gave portent encore les traces d'anciennes fortifications.
(Pont Vieux, XIIIe s.)
Sur la petite butte qui surmonte la ville, on découvre les restes du château de Gaston VII. Il n'en reste désormais que l'impressionnante tour de 33 m. de haut et quelques bouts de remparts qui dessinent l'ancien tracé des douves. L'intérieur de la tour présente quelques petites choses sur Gaston Phébus et son fameux Livre de chasse.
(Tour du château Moncade)
En redescendant dans la ville, une petite visite de l'église est intéressante. Pas franchement pour l'extérieur, tant cette église du XIIIe s. a été remaniée au XIXe s., mais plutôt pour l'intérieur où les fenêtres, très étroites, faisaient office de meurtrières dans cette église fortifiée qui faisait partie intégrante du système de défense de la ville.
(Eglise Saint-Pierre, fenêtres meurtrières)
Voilà pour Orthez, une petite ville sympathique où les vestiges médiévaux sont nombreux et intéressants.
Oloron-Sainte-Marie et ses petits bijoux romans
Au sud-ouest de Pau, au confluent de deux gaves, se trouve la petite ville d'Oloron-Sainte-Marie. La ville est répartie en quatre quartiers bien distincts. Les plus intéressants sont les quartiers anciens de Sainte-Croix et de Sainte-Marie, qui, comme leur nom l'indique, sont chacun dominé par une église.
Pour accéder au quartier Sainte-Croix, il faut grimper au long de la promenade Bellevue qui surplombe la ville d'où s'élève jusqu'à nos narines frétillantes une bonne odeur de chocolat qui émane sans doute de la chocolaterie Lindt.
Là se trouve un quartier ancien aux maisons charmantes au sommet duquel se dresse l'église Sainte-Croix. Il s'agit d'un édifice roman tout à fait intéressant au moins d'extérieur. D'intérieur c'est hélas plus limité, car le bâtiment est en travaux d'une part et extrèmement sombre d'une autre. C'est dommage car la coupole aux influences mozarabes et surtout les chapiteaux historiés et peints avaient l'air très intéressants! Il faudra y revenir...
(Abside de l'église Sainte-Croix)
Jusqu'ici, malgré l'odeur de chocolat qui ne nous lâche pas, il flotte une légère déception. Il faudra arriver jusqu'à la cathédrale Sainte-Marie - après moults détours - pour la dissiper. En effet, non seulement celle-ci est un beau bâtiment roman, mais surtout elle a gardé dans un état exceptionnel son portail d'époque romane, sur lequel nous nous sommes pas mal attardés.
(Cathédrale Sainte-Marie, portail roman, XIIe s.)
Les détails fourmillent sur ce portail et en plus des représentations religieuses courantes, on trouve de petits éléments curieux, en particulier une voussure consacrée aux travaux paysans. On peut y voir des gens chasser le sanglier, le tuer, pêcher du poisson, faire du fromage, du jambon, plumer les oies, etc, etc...
(Portail de la cathédrale, détail des voussures)
L'intérieur est moins fascinant mais joli tout de même. L'un des points de curiosité est le curieux bénitier dit "des lépreux" mais qui semble en fait avoir servi pour les cagots, cette particularité de la région, qui étaient des sortes d'intouchables, avec entrée séparée à l'église, bénitier séparé, etc. Nul ne sait exactement l'origine de cette relégation. Si cela vous intéresse, une longue discussion leur est consacrée sur Passion-Histoire.
(Bénitier des cagots)
Navarrenx, bastide de charme
Navarrenx est une ancienne bastide médiévale qui a reçu des fortifications bastionnées plus tardivement. La ville, ceinte au milieu de ses remparts est toute petite mais très charmante.
(Navarrenx bien planquée derrière ses remparts)
Nous avons fait le tour des remparts et sommes entrés dans la ville par un tout petit passage percé dans les murailles. Nous avons découvert l'église, sans intérêt majeur si ce n'est d'avoir été un temps temple protestant sous Jeanne d'Albret. Le tour des remparts est par contre très étonnant. Nous sommes d'abord passés par un petit bastion depuis lequel on pouvait admirer la belle Porte Saint-Antoine qui gardait l'entrée de la cité.
(Porte Saint-Antoine)
Puis, continuant notre tour, nous sommes arrivés sur une terrasse offrant une belle vue sur les environs, notamment le Pont du XIIIe s, autrefois fortifié sans doute dans le goût de celui d'Orthez.
(Pont du XIIIe s.)
Sur la terrasse, une large ouverture permet d'observer depuis le haut les gens passant la porte de la ville. Désormais, il y a un avertissement qui résonne un peu comme une invitation...
(C'est vrai que ça peut être tentant...)
L'église Saint-Girons de Monein, plus grande église gothique du Béarn
Dans cette même région du vignoble de Jurançon, nous avons découvert rapidement l'église Saint-Girons de Monein. Monein, toute proche de Pau, était devenu à la fin du Moyen Age une ville très importante (5000 habitants au XVIe s. pour 700 seulement à Pau). L'église romane devenue trop petite, la ville finança la construction d'une nouvelle, de style gothique et d'une charpente a priori exceptionnelle mais que nous n'avons pas pu voir car il était trop tard.
Sa tour, très imposante et lourde, grimpe à 40 m. de hauteur tout de même!
(Tour de l'église Saint-Girons, Monein)
Petite curiosité, l'église possède aussi un bénitier réservé autrefois aux cagots. Le pilier où il se trouve est sculpté à sa base d'une tête d'un de ces cagots, visiblement un type barbu avec un visage un peu simiesque...
(Tête de cagot)
Voilà qui achève ce grand détour un peu au hasard en Béarn et au-delà. J'espère que ces expériences, ces découvertes et ce récit vous auront plu.
15 août 2009
Voyage (16e, 17e et 18e jour): Innsbrück et le voyage de retour
Voici déjà la fin du voyage qui s'annonce avec notre arrivée à Innsbrück. Innsbrück, capitale du Tyrol, est une ville superbe et très très touristique. Les Français, contrairement au reste du pays, y sont assez nombreux (et portent tous, comme moi, le Guide Vert à la main...).
Nous avons passé deux jours à Innsbrück, le premier consacré à une découverte de notre hébergement (très mauvais, le pire de tout le voyage) et de la ville, le second à la visite de musées et assimilés.
Tout d'abord, il y a le truc incontournable, en plein centre de la vieille ville, qui attire tous les touristes: il s'agit du Petit Toit d'Or (Goldenes Dachl). Il s'agit d'une tribune achevée en 1500 qui ornait le palais des ducs de Tyrol. Son toit est recouvert d'éléments dorés. La légende veut que cette oeuvre date du duc de Tyrol Frédéric "à la bourse vide", qui voulait ainsi démonter les rumeurs sur son compte. En fait, il est postérieur à ce personnage du XVe s. et a été réalisé sous l'empereur Maximilien, un grand adorateur d'Innsbrück, comme nous le verrons plus tard. En dehors de son toit, cette tribune est admirable par son ornement du début de la Renaissance.
(Petit Toit d'Or)
L'ensemble de la vieille ville est très charmante, parsemée de maison richement ornées, de bâtiments historiques et de boutiques à touristes. Les détails fourmillent et s'offrent à qui sait lever la tête et admirer.
(Helblinghaus, Façade rococo, XVIIIe s.)
Depuis le quartier du Petit Toit d'or, nous descendons la Maria-Theresien-Strasse jusqu'à un curieux Arc de triomphe. Il célèbre l'année 1765 telle que l'on vécu les habitants d'Innsbrück (et de tout l'empire autrichien d'ailleurs, jusqu'aux "Vieux-Lorrains"). En effet, ce mois d'août 1765 fut à la fois heureux et tragique pour l'Autriche: le 5 août, l'archiduc Léopold (futur empereur Léopold II), épouse Marie-Louise de Bourbon. Comme il est de coutume, le peuple est en liesse. Las, le 18 août, son père l'empereur François Ier (ancien duc de Lorraine et de Bar), meurt, à Innsbrück. La ville commémore alors ces deux évènements en réalisant une face de l'arc de triomphe avec des symboles de joie liés au mariage et l'autre avec des symboles de deuil pour l'empereur défunt.
(Arc de Triomphe)
Ainsi s'est déroulée notre découverte d'Innsbrück, ponctuée également de visites dans les magasins, au moins pour regarder les superbes (et parfois importables) costumes traditionnels, pourtant encore pas mal portés en Autriche (notamment à Innsbrück et Salzbourg). Hélas, ces costumes valent facilement plusieurs centaines d'euros...
(Vieille ville)
Un petit restaurant le soir suivi d'une nuit de sommeil, et nous voici le lendemain, mercredi 29 juillet, dernier vrai jour de notre voyage, à entamer la visite d'un musée, celui des arts et traditions populaires du Tyrol. Les musées d'art populaire ne sont pas toujours une grande réussite et ont parfois du mal à éveiller l'intérêt. Ici, rien de tout cela, dans sa catégorie, ce musée est l'un des tous meilleurs (du monde parait-il!).
(Oeufs peints)
On y voit de très belles reconstitutions d'habitats paysans, bourgeois ou nobles du Tyrol historique (Autriche et Italie), avec des pièces entières reconstituées, passionnantes. Une partie du musée est consacrée au calendrier, avec des oeuvres d'art populaire très surprenantes, des costumes et des objets qui évoquent les travaux, les fêtes et les coutumes selon la période de l'année.
(Costume de garde-vignes, coutume liée aux vendanges)
On admire aussi de curieux exemples de piété populaire et de représentations religieuses bien peu orthodoxes parfois. Une partie du musée est consacrée aux mobiliers populaire et présente de jolis meubles peints.
(Armoire peinte)
Une belle et grande vitrine présente les différents costumes traditionnels tyroliens selon leur région d'origine. Mais au-delà de ces costumes, une partie nous montre aussi comment, dès le début du XXe s., avec le développement de la photographie, la folklorisation des coutumes se met déjà en place. En effet, il devient à la mode de se faire photographier en costume traditionnel pour les grandes occasions, en posant devant un décor montagnard idéalisé.
(Reconstitution de l'atelier d'un photographe)
Une dernière salle présente de beaux exemplaires de crèches géantes, avec de très nombreux personnages, traditionnelles du Tyrol semble-t-il.
Bref, cette visite s'est révélée plus qu'intéressante et l'immersion dans les traditions tyroliennes fut encore mieux que ce que j'imaginais.
La suite de cette dernière journée allait être tout aussi intéressante, à commencer par la découverte, juste à côté du musée et avec le même ticket, de la Hofkirche, église qui abrite l'exceptionnel Mausolée de l'empereur Maximilien. Après être passé par quelques salles assez kitsch sensées nous apprendre des choses sur Maximilien mais qui en fait ressemblent plus à une annexe de Disneyland, nous arrivons devant cet incroyable tombeau.
(Mausolée de Maximilien)
Ce monument funéraire de la Renaissance n'est qu'une partie d'un projet démesuré dudit Maximilien qui souhaitait avoir pour garder son tombeau 40 grandes statues, 100 petites et 34 bustes d'empereurs romains! Finalement, seules 28 statues (dont la dernière a été fondue en 1584, près de 70 ans après le décès de l'empereur) ont vu le jour, mais certains de ces "bonshommes noirs" représentant des ancêtres réels ou mythiques de l'empereur ont été dessinés, excusez du peu, par Albrecht Dürer. C'est notamment le cas de la statue du roi Arthur. Chacune de ses statues était faite pour recevoir un flambeau.
(Roi Arthur, Mausolée de Maximilien)
Ces statues permettent d'appréhender un peu mieux la complexe généalogie des Habsbourg et leurs multiples héritages territoriaux ainsi que les ancêtres mythiques auxquels ils souhaitaient se rattacher. Nous restâmes un bon moment à détailler ces statues et à approcher ainsi l'art du costume à la Renaissance, l'imaginaire chevaleresque de Maximilien, etc. Sur le tombeau proprement dit, des panneaux de marbre sculpté retracent la vie et les combats héroïques de Maximilien... qui, il faut le signaler, ne repose pas dans ce tomber, mais à Wiener Neustadt. En effet, si l'empereur adorait Innsbrück et lui a beaucoup donné en prestige, les bourgeois de la ville ont beaucoup moins apprécié les dettes que lui et sa cour avaient laissé...
Le reste de la Hofkirche abrite également le tombeau d'Andreas Hofer, héros de la résistance tyrolienne à Napoléon très méconnu chez nous, ainsi qu'une chapelle haute, la Silberne Kapelle.
Une fois cette visite achevée, nous partîmes vers la Hofburg toute proche afin de voir la cathédrale, un beau monument baroque qui abrite le Mausolée de l'archiduc Maximilien (rien à voir avec l'empereur dont nous parlions plus haut) qui était le Grand-Maître de l'ordre teutonique.
(Mausolée de l'archiduc Maximilien, Cathédrale Saint-Jacques d'Innsbrück)
L'après-midi déjà entamée, ce fut pour nous le moment de partir sur l'autre rive de l'Inn, passer dans le très joli quartier de Hötting pour monter vers le zoo alpin.
(Rive gauche de l'Inn)
Nous voici donc au zoo alpin, qui comme son nom l'indique est consacrée à la faune des régions alpines. Il s'agit d'un zoo d'altitude (autour de 800 m.), ce qui en fait le plus haut d'Europe. On peut y admirer des ours, des castor, des chats sauvages, des chamois et bouquetins, des aigles, des lynx, des loups, toute une petite faune de lézards, grenouilles et tritons, etc, etc, etc... mais aussi des animaux domestiques tout à fait alpins, comme les vaches, cochons et autres chèvres. Quelques photos en vrac:
(Ours brun)
(Lynx paresseux)
(Bouquetin)
(Chatons sauvages)
Sur ce, notre voyage était presque achevé. Redescendus dans la vieille ville, nous y errâmes avec bonheur jusqu'à l'heure de manger dans un excellent restaurant au serveur assez stylé et parlant au moins allemand, anglais, italien et français. Encore une nuit sur place et ce fut le moment de repartir: 10 heures de train, d'Innsbrück à Paris via Zürich, à admirer le Tyrol, à pleuvoir dans le Vorarlberg et au Liechtenstein, une demie-heure de retard à Zürich (sans conséquence pour nous heureusement). Et les longues heures du retour vers la France s'égrénant dans des discussions avec deux gamines d'origine kurde, sympathiques mais délaissées et peu stimulées par leur mère...
Voilà. J'espère que ces nombreuses notes de voyage vous auront plu. Elles se veulent le reflet, forcèment subjectif et incomplet, de notre voyage et nos petites aventures. La longue ballade de l'an prochain n'est pas encore déterminée totalement, mais il se pourrait très bien qu'après toutes ces gloires autrichiennes de victoire contre les Turcs, nous allions voir du côté de la Turquie ce qu'on en dit...
14 août 2009
Voyage (15e jour): Melk et Linz
La suite de notre voyage, toujours depuis Salzbourg, nous a conduit à revenir vers Vienne. Pas à Vienne directement, mais à quelques kilomètres de la capitale, dans la petite ville de Melk, une jolie bourgade sise sur la rivière du même nom, un petit affluent du Danube. L'attrait principale de cette ville au demeurant jolie est l'immense abbaye reconstruite et baroquisée en 1702, qui la domine de toute sa splendeur baroque et de sa façade longue de 320 m.!
(Abbaye de Melk)
Après un petit tour dans le village, nous nous arrêtons au bord de la rivière Melk pour casser la croûte, avant de repartir à l'assaut de la grimpée qui mène à l'abbaye.
(Maison peinte dans le village, 1577)
L'Autriche regorge de monuments baroques en tout genre. Melk en est, dans le domaine du baroque religieux, le sommet. L'intérieur de l'Abbaye, toujours géré par des Bénédictins, présente un musée étrange installé dans la Galerie de l'Empereur (Kaisergang), longue de 196 m., où se trouvaient les chambres des hôtes de qualité. Ce musée consacré à l'histoire du lieu présente des objets religieux médiévaux et moderne, des éléments d'art contemporain religieux également et des explications très factuelles mélangées à des considérations religieuses plutôt étranges. Bref, un curieux musée.
(Abbaye de Melk, cour des prélats)
La Galerie de l'Empereur débouche sur la Salle de Marbre, ornée d'un plafond allégorique de Paul Troger peint en 1731. On ne peut pas dire qu'ils se refusaient grand chose ces Bénédictins.
(Abbaye de Melk, Salle de marbre)
On accède ensuite à la terrasse, qui nous offre un point de vue superbe sur les environs et sur l'église abbatiale. Ensuite nous entrons dans une pièce merveilleuse: la bibliothèque, riche de 100 000 volumes dont 1 800 manuscrits et d'un décor somptueux.
(Abbaye de Melk, Bibliothèque)
La bibliothèque s'ouvre ensuite sur un escalier qui mène dans l'église abbatiale. L'intérieur de l'église est très baroque, très surchargé et pour tout dire, à la limite du mauvais goût tant l'ensemble déborde d'ors et de couleurs. Les peintures sont de Johann Michael Rottmayr, un des collaborateurs préférés de Fischer von Erlach.
(Abbaye de Melk, Eglise abbatiale)
Outre ces joyaux de l'art baroque, l'abbaye de Melk possède un joli parc et un pavillon du début XIXe s. dans les jardins qui se révèle tout à fait charmant et dont les peintures intérieures sont des motifs "américains" très curieux.
(Abbaye de Melk, Pavillon)
Reprenant le train vers Salzbourg, nous faisons une petite étape à Linz, grande ville autrichienne à l'intérêt certain mais tout de même beaucoup plus réduit qu'à d'autres endroits. Quelques heures nous suffiront à la découvrir au moins extérieurement.
L'arrivée dans Linz se fait par un quartier de gigantesques tours d'affaire. Il faut marcher un petit moment avant de parvenir à des quartiers plus anciens. Un peu à l'extérieur de la vieille ville proprement dite se dresse la Nouvelle Cathédrale, immense édifice néogothique construit entre 1862 et 1924, la plus vaste église d'Autriche, dont la tour ne fait qu'un mètre de moins que celle de Vienne...
(Linz, Nouvelle cathédrale)
La soirée étant déjà entamée quand nous arrivâmes à Linz, notre déception fut logique: la boutique de Jindrak, qui sert l'authentique Linzer Torte, était fermée! Quelle tristesse.
Cela ne nous empêcha toutefois pas de découvrir le Landhaus (Parlement régional), quelques églises et la vieille ville.
(Cour intérieure du Landhaus, à l'italienne)
La vieille ville s'organise principalement à partir de la Hauptplatz (Grand Place), très belle et effilée, comme souvent dans ces régions. Elle est bordée de très beaux immeubles et son centre arbore... une colonne de la peste, commémorant le fait que la ville avait au début du XVIIIe s. successivement échappé à la menace turque, à un incendie et à la peste!
(Linz, Hauptplatz)
Nous sommes ensuite monté au château de Linz, aujourd'hui musée régional. Cet édifice du XVIIe s. a été remanié et agrandi vraisemblablement assez récemment et de façon assez peu heureuse. La belle vue sur la ville et ses alentours rattrape tout de même la chose.
(Château de Linz)
Redescendant vers la vieille ville, nous passons à travers le Landhaus afin de regagner la gare et nos pénates salzbourgeoises. Pénates que nous allions quitter le lendemain vers l'ultime étape de ce long voyage: Innsbrück.
(Passage à travers le Landhaus)
13 août 2009
Voyage (14e jour): Hallstatt et les grottes du Dachstein
Le dimanche, depuis Salzbourg, nous rallions Hallstatt pour une petite mise au vert. Ah, Hallstatt! Le trajet en train est assez magnifique à travers le Salzkammergut, cette région montagneuse qui, comme son nom l'indique, a bâti sa fortune (et celle de Salzbourg et ses archevêques), sur l'extraction et le commerce du sel.
Nous arrivons à Hallstatt et, oh surprise, la gare (disons plutôt l'arrêt) est en plein milieu des arbres et seuls deux chemins en sortent: l'un est là pour faire le tour du lac de Hallstatt, l'autre mène au bord dudit lac, à un petit débarcadère où un bateau nous attend. Eh oui, Hallstatt est, à ma connaissance, la seule ville où la gare est séparée du centre par un lac!
Néanmoins nous arrivons rapidement dans ce magnifique petit village aux rues étroites, accolé au flanc du massif montagneux.
(Hallstatt)
Le sel est essentiel dans l'histoire de Hallstatt et ses environs. Dès le IVe millénaire avant J-C on a commencé à l'exploiter, exploitation qui n'a fait que prendre de l'essor, au point que les nombreuses sépultures (près de 2000) de l'âge du fer trouvées dans les environs ont fait de ce petit village un nom connu de tous les archéologues: Le Hallstatt correspond à la première période de l'âge du fer (1000 à 500 avant J-C environ). Sur place, à part un minuscule musée, pas grand chose de cette époque; l'essentiel est à Vienne (cf. l'article sur le Musée d'Histoire naturelle de Vienne).
Ceci dit, le village ne manque pas d'attrait. Nous sommes montés vers l'église catholique, jolie et dont l'entrée est peinte. Le tout petit cimetière attenant est intéressant aussi. Très bien entretenues, les tombes sont surmontées de croix en bois ou en fer forgé dans un style qui rappelle déjà l'Europe centrale.
(Cimetière de Hallstatt)
L'élément le plus curieux de ce secteur est la chapelle Saint-Michel (St. Michaelskapelle). Ce bâtiment abrite l'ossuaire du village. Cet ossuaire est le fruit de la situation particulière du village. Celui-ci étant trop étroit, le cimetière ne peut accueillir qu'un nombre très limité de personnes. Donc, tous les 10 à 20 ans, depuis le XVIIe s., on transfère les ossements dans l'ossuaire, avec cette particularité qu'un bon nombre de crânes sont alors peints de motifs floraux et du nom et dates de vie et de mort du défunt, puis disposés les uns à côté des autres. L'ensemble donne une impression macabre assez étrange. Je me suis permis de prendre une photo, une seule, malgré mes états d'âme tout en gardant une attitude très respectueuse envers les morts, bien évidemment.
(Hallstatt, Ossuaire de la Michaelskapelle)
Après avoir pique-niqué un peu et mangé une glace, nous longeons le lac depuis Hallstatt jusqu'au village suivant, Obertraun. Une fois à Obertraun, une assez longue montée en lacets nous amène, après quelques litres de sueur, au départ du téléphérique.
(Hallstatt et le lac de Hallstatt)
Nous prenons donc le téléphérique du Dachstein et montons jusqu'à une première station, d'où nous marchons jusqu'à l'entrée des grottes géantes du Dachstein (Rieseneishöhle). De là, nous visitons donc, en un peu moins d'une heure, cette grotte explorée pour la première fois en 1910 et dont la particularité est d'être peuplée de concrétions de glace très étonnantes, qui se forment depuis 500 ans par un curieux phénomène physique. Les salles portent des noms tirés des légendes arthuriennes ou des mythes wagnériens, preuves de l'époque où elles furent découvertes.
(Rieseneishöhle)
Nous trouvons encore ensuite le temps de reprendre le téléphérique pour monter au Krippenstein (2100 m. d'altitude) d'où nous respirons l'air pur et admirons le paysage. Nous y marchons un peu, jusqu'à une chapelle en bois, sans style mais un peu triste, consacrée... aux disparus en montagne...
(Krippenstein, vue sur le massif du Dachstein (2995 m.)
Nous redescendons ensuite vers Obertraun (grâce à la gentillesse d'une famille autrichienne qui a bien voulu nous prendre en stop) et courons vers la gare pour attraper le train. Ouf, rude journée, presque sportive, mais riche de découvertes.
12 août 2009
Voyage (13e jour): Salzbourg
Le samedi 25, nous quittons donc Vienne pour Salzbourg.
Ce qu'il faut savoir sur Salzbourg, c'est qu'avant d'être "la ville de Mozart" (qu'il n'aimait guère d'ailleurs) il s'agit d'une ville de princes-archevêques très puissants, dont trois, qui se succèdent aux XVIe et XVIIe s. sont particulièrement intéressants et originaux:
- Le premier, Wolf Dietrich von Raitenau, élevé à Rome, voulait faire construire une cathédrale plus grande que Saint-Pierre-de-Rome et fit bâtir le château de Mirabell par amour pour Salomé Alt, une femme juive qui de surcroît était la mère de ses 15 enfants. Cet archevêque pas très catholique finit par être emprisonné dans la forteresse de Hohensalzburg, au-dessus de la ville.
- Le second, Markus Sittikus von Hohenems, se fait construire le château d'Hellbrunn et ses incroyables fantaisies. Nous allons y revenir.
- Le troisième enfin, déjà moins amusant, Pâris Lodron, fait construire le château Residenz et encourage le développement de la musique dans sa ville, inaugurant ainsi une longue tradition.
Bref, après ce rappel historique, revenons-en à notre voyage proprement dit. A peine arrivés à Salzbourg et logés dans une pension franchement pas extraordinaire, nous prenons le bus vers le château d'Hellbrunn, un peu à l'extérieur de la ville. Le château proprement dit est joli mais pas extraordinaire.
(Château d'Hellbrunn)
L'intérieur n'est pas d'un intérêt féroce et l'administration du site tente de justifier le prix d'entrée par la mise à disposition d'un audio-guide (que nous n'avons pas pris) pour expliquer à peine 10 salles dont 8 peu inintéressantes, non meublées et aux murs peuplés de croutes infâmes. A part la Salle des fêtes et l'Octogone (salle de musique), aux murs couverts de peintures décoratives du XVIIe s., le reste du château donne un léger sentiment de déception.
(Château d'Hellbrunn, Octogone)
Mais ce n'est, heureusement, qu'un sentiment passager, vite dissipé par la découverte des jardins et surtout des jeux d'eau et automates que ce cher Markus Sittikus y a fait installer. La visite est obligatoirement guidée (mais ça se comprend) et passablement humide, mais elle témoigne mieux que nulle autre le goût de la fantaisie et de la farce du Grand Siècle. Ainsi le tour des jeux d'eau débute par une grande table en marbre accompagnée de chaises du même matériau, le tout installé dans un décor rocaille aux références antiques. Quelle surprise pour les invités de l'archevêque quand, bien installés à table, sur un signe de monseigneur, ils recevaient soudain, de sous leur siège, un puissant jet d'eau !
(Le calme avant la tempête d'eau sortie des sièges!)
Tout l'ensemble est, si j'ose écrire, de la même eau. C'est une suite de grottes aménagées aux décors charmants, de bassins et de fontaines et surtout, de fantaisies faites pour tremper le plus possible les visiteurs. Quand vous vous faites mouiller par devant, vous reculez juste assez pour vous prendre sur les fesses le jet d'eau surgit de derrière, tandis que d'autres démarrent sur les côtés ou depuis un élément du décor. Bref, tout est installé de façon à surprendre et à humidifier le plus possible les gens. On comprend très vite pourquoi le guide est vêtu d'un K-way...
(Admirez cette tête de cerf qui vous trisse de l'eau depuis toutes ses extrémités)
Il y a également un petit pavillon où l'on découvre un splendide théâtre d'automates, toujours de la même époque et en très bon état malgré leurs quatre siècles. 113 figures s'animent dans une composition sur la vie d'une ville, au son d'une petite musique. L'ensemble est magnifique et ne cesse... que pour que de nouveaux jets d'eau ne vous envoie une giclée, ce qui vous fait reculer d'un pas et prendre le jet d'eau qui s'allume dans votre dos. Diabolique...
(Théâtre d'automates)
En somme, si vous passez un jour par Salzbourg, allez à Hellbrunn, ça mérite vraiment le détour! Après cette découverte, nous avons erré un peu dans les jardins et admirer deux mariages qui se faisaient là, accompagné de troupes étranges, l'une en costumes médiévaux et l'autre de style "guerre de Sécession".
(Un petit dernier, magnifique)
Nous sommes ensuite repartis vers Salzbourg proprement dite. Manque de pot pour nous, la ville était envahie de monde car nous sommes tombés en plein le premier jour d'un festival musical... Bref.
La ville de Salzbourg en elle-même est jolie mais ne nous a pas enchanté outre mesure. Certes, elle est ornée de beaux bâtiments mais une abondance de crépis gris assez laid ne lui fait pas honneur. La ville s'admire en fait bien mieux de haut, comme nous nous en rendrons compte un peu plus tard.
Nous passons tout de même par la vieille ville. La cathédrale est intéressante par son architecture massive, un peu lourde peut-être quand on se trouve à son pied. L'intérieur hésite entre les styles renaissance et baroque, à grand renforts de stucs. On y admire également de beaux fonds baptismaux romans.
(Plafond d'une des chapelles de la cathédrale de Salzbourg)
Bien évidemment on peut aussi voir la maison natale de Mozart, ainsi que nombre d'édifices religieux ou non très intéressants, à l'instar du Glockenspiel, de l'église des Franciscains, etc...
En soirée, nous décidons de monter vers le Hohensalzburg, la forteresse blanche qui se dresse fièrement au-dessus de la ville. Découragés par le prix excessif du funiculaire pour y monter, nous grimpons à pieds. Et c'est tant mieux. La visite de cette forteresse s'est révélée très intéressante et qui plus est gratuite (ce qu'elle n'est a priori pas pendant la journée). La montée offre une vue superbe sur Salzbourg et les montagnes environnantes. Tout cela permet de comprendre l'importance défensive de cette ville et le côté inexpugnable de la forteresse des archevêques.
(Vue sur la ville et la cathédrale au premier plan)
Le Hohensalzburg est vraiment grand et impressionnant. On en fait le tour en ayant l'impression de s'immerger dans le Moyen Age avec cette forteresse très bien conservée: éléments défensifs, lieux de vie, résidence, casernes, entrepôts, etc. Une merveille dont on peut visiter une partie de l'intérieur.
(Hohensalzburg)
La visite de cet endroit, qui plus est débarrassé de la foule qui se pressait en bas aux concerts, était vraiment très agréable et nous y restâmes un bon moment, à y profiter de la nuit qui tombait doucement.
(Forteresse de Hohensalzbourg)
Nous redescendîmes ensuite tranquillement vers notre pension, non sans nous arrêter un petit moment chez Rdzeniewski, le plus grand marchand d'ambre et de bijoux en ambre d'Europe, qui perpétue à sa façon la place centrale jouée par Juvavum (Salzbourg) sur la route de l'ambre dès l'époque romaine. Nous y fîmes l'emplette d'un petit bijou, tant qu'à faire...
(Vue de Salzbourg)
11 août 2009
Voyage (12e jour): Graz
Avec notre dernier jour à Vienne - notre principale étape - c'est un peu l'idée que la fin du voyage approche à grands pas qui s'installe. Mais nous profitons de notre Sommerticket qui nous permet d'emprunter à loisir les trains pour partir à la découverte de la Styrie, grande province du sud de l'Autriche et surtout de sa capitale: Graz.
Au départ, je n'avais pas d'a priori sur Graz. Je pensais qu'il devait s'agir d'une ville un peu jolie mais sans être plus merveilleuse que cela. Le fameux guide vert la gratifie de deux étoiles qui nous invitent à la découvrir mais pas des trois étoiles qui nous auraient indiquer un lieu indispensable. Bref, tout cela pour dire que moi, des étoiles, j'en aurais largement mis trois. Graz est une ville très belle, pleine de recoins, de passages, de palais et de ruelles, aux charmes très divers et à l'atmosphère vivante et pour ainsi dire méridionale. Sa notoriété est plus médiocre que celle d'autres villes du pays et c'est un grand tort car cette ville doit être un incontournable pour toute personne qui visite l'Autriche.
Toujours est-il que nous voici partis de Vienne pour 2h30 de train à travers les montagnes autrichiennes, en particulier le très impressionnant massif du Schneeberg où le train colle au flanc de la montagne et surplombe fièrement la vallée. Des paysages époustouflants qui défilent et font oublier le retard pris par ce train (comme par la plupart des trains en Autriche). D'un côté la roche de la falaise, de l'autre une profonde vallée. Merveilleux.
Nous finissons par arriver à Graz, vieille cité où les deux premiers habitants à nous accueillir n'ont même pas dix ans! Il s'agit en premier lieu de l'île artificielle sur la rivière Mur, un endroit construit en 2003 pour l'élection de Graz comme capitale européenne de la culture.
(Île sur la Mur, Graz)
L'autre curiosité ultra contemporaine du lieu, c'est la Kunsthaus (littérallement: Maison des Arts). Ce machin étrange est un gentil extraterrestre selon ses architectes et malgré tout arrive à ne pas trop défigurer la ville, lui donnant au contraire un atout supplémentaire. On est loin d'une verrue comme le centre Pompidou, à mon humble avis. Après, il faut voir comment ce truc va vieillir...
(Vue de la Kunsthaus depuis le Schlossberg)
Le reste de la ville est beaucoup plus ancien et d'un grand intérêt. La vieille ville est composée de nombreuses et superbes maisons, le plus souvent médiévales mais dont les façades arborent des ornements renaissance ou baroque, creusées de multiples passages et cours intérieures avec un charme énorme.
Nous traversons la rivière Mur pour entrer dans une place de la ville bordée par une église, les escaliers pour monter au Schlossberg, le petit sommet dominant la cité, et de superbes palais du XVIIe s., dont le palais Attems, qui date lui du début XVIIIe s. et constitue l'élément le plus achevé du baroque à Graz.
(Palais Attems)
Depuis la bien nommée Schlossbergplatz, nous apercevons le Schlossberg qui surplombe la ville et le terrible escalier qui y mène. Mais nous y reviendrons un peu plus tard...
(Schlossbergplatz, vue sur le Schlossberg)
Nous descendons ensuite la Sackstrasse et la Herrengasse qui lui fait suite, rues principales qui traversent la vieille ville. Quasiment chaque immeuble mérite le coup d'oeil et c'est un vrai bonheur de se ballader dans cette ville ancienne mais animée d'une vraie vie. Beaucoup de gens en effet rendent la ville très vivante, mais finalement assez peu de touristes dans le tas. Parmi les superbes immeubles je n'en signalerai que deux, parmi les plus étonnants.
Tout d'abord la Maison Luegg, maison médiévale comme la plupart des autres, mais décorée d'un décor de stucs du XVIIe s. Tout à fait surprenant.
(Maison Luegg)
L'autre immeuble particulièrement remarquable est la Gemalte Haus (maison peinte), un bâtiment qui fut la résidence des archiducs de Styrie jusqu'au milieu du XVe s. et qui dont la façade a été entièrement peinte en 1742 de scènes tirées de l'histoire romaine.
(Gemalte Haus)
N'hésitez bien sûr pas à cliquer sur la photo pour l'agrandir...
Nous longeons ensuite les bâtiments du Landhaus (Ancien siège du parlement de Styrie, et aujourd'hui encore parlement régional) et de l'Arsenal. L'Arsenal est un édifice de 1642 qui abrite aujourd'hui la plus grande collection d'armes anciennes au monde (32 000 pièces). Nous n'avons hélas pas visité cette collection car d'une part nous avions déjà vu un extraordinaire musée du même type à Vienne (cf. une des notes précédentes) et que nous n'avions pas énormément de temps devant nous.
(Façade de l'Arsenal)
Le Landhaus est un bâtiment superbe également, dont la cour se visite librement. Celle-ci est un remarquable ensemble renaissance qui rappelle certains palais italiens avec ses loggias. Le palais est d'ailleurs l'oeuvre d'architectes italiens.
(Landhaus, Graz)
Nous nous dirigeons ensuite, via un dédale de petites places et ruelles tout à fait charmantes, vers la cathédrale et le Mausolée. La cathédrale est un joli édifice gothique et baroque. Les deux éléments les plus intéressants de la cathédrale à mon avis sont d'une part les deux fresques du XVe s., d'aspect naïf, représentant Saint Christophe, un saint qui semble très en faveur en Autriche.
(Saint Christophe, XVe s., Cathédrale de Graz)
Et d'autre part se trouvent deux reliquaires superbes, qui sont d'anciens coffres de mariage de Paule de Gonzague. Ces objets d'art magnifiques du XVe s. sont en ébène, en os et ivoire et représentent des scènes tirées de Pétrarque et sculptés dans le style de Mantegna.
(Reliquaires, vers 1470)
La visite suivante, juste à côté de la cathédrale, est celle du mausolée. Ce mausolée est l'un des bâtiments les plus curieux de la ville. Il est l'oeuvre de l'architecte italien Pietro de Pomis entre 1614 et 1633, sur demande de Ferdinand II. Avec sa coupole, sa petite tour à coupole et sa grande tour de carillon, elle présente une silhouette à nulle autre pareille.
(Une partie du mausolée)
L'intérieur abrite le tombeau de Charles II et Marie de Bavière, les parents de Ferdinand II, ainsi que Ferdinand lui-même, dont nous n'avons en fait pas réussi à trouver la tombe... L'intérêt de l'intérieur vient surtout des superbes autels, dont celui de Sainte Catherine d'Alexandrie dessiné par le fameux Johann Bernhard Fischer von Erlach, et des peintures du plafond, peintes à la fin du XVIIe s., en pleine euphorie de la victoire définitive des Autrichiens sur les Turcs. Bien évidemment, ces peintures sont des allégories de l'Autriche triomphante.
(Fresques de la nef du mausolée. Cliquez pour agrandir)
Pour finir notre visite du mausolée, nous sommes montés au sommet de la tour, en prenant le risque de nous y faire sonner les cloches. Temps maximum conseillé dans la tour pour admirer la vue: moins d'1/4 h, sinon.... ding, dong. Et une surdité, une!
En face du mausolée et de la cathédrale se trouve le gouvernement provincial, bâti sur l'emplacement de l'ancien château, dont il ne reste qu'un portail et surtout la Treppenturm, une tour dotée d'un très curieux escalier à double vis, où l'on se rencontre à chaque palier et qui date de 1499, un tour de force pour l'architecte de l'époque!
(Escalier de la Treppenturm, 1499)
Nous revenons ensuite, via de jolies rues pleine de maisons jolies et curieuses, vers la Schlossbergplatz où nous décidons de grimper vers le Schlossberg. Courageux mais pas téméraires, nous y montons par... l'ascenseur installé sous la montagne qui nous mène à la tour de l'horloge en 30 secondes. Cette tour, ainsi qu'une autre, la tour de la cloche, sont pratiquement les seuls éléments sauvegardés de l'ancienne forteresse démantelée en 1809 suite aux victoires napoléoniennes. Depuis, le Schlossberg a été réaménagé en parcs et jardins et quelques bâtiments s'y trouvent, plus ou moins anciens, mais aucun de plus de deux siècles.
(Schlossberg, Tour de l'Horloge)
La vue depuis cette colline est superbe.
Nous redescendons ensuite vers le centre-ville, par l'escalier cette fois-ci. Nous trouvons un arrêt de tram et nous rendons à un quart d'heure environ du centre, au château d'Eggenberg. Le but principal de la visite de ce joli château du XVIIe s. est la découverte des salons d'apparat, que le guide m'annonce exceptionnels.
(Château d'Eggenberg)
Hélas, la visite des salons est obligatoirement guidée. La dernière visite est à 16h00 et il est presque 17h00... Déçus, nous profitons de l'extérieur du château, du parc et... des paons qui le peuplent.
(C'est ça, fais le malin toi!)
Peu après, nous reprenons le tram jusqu'à la gare et nous voilà de retour à Vienne pour y passer une ultime nuit avant d'aller découvrir Salzbourg.
10 août 2009
Voyage (11e jour): Sopron
Toujours basés à Vienne, nous avons décidé de quitter un peu Vienne en ce jeudi 23 juillet afin de découvrir, ne serait-ce que dans ses abords, un nouveau pays, la Hongrie. Nous prenons donc le train, direction Sopron (prononcer Choprone), petite ville hongroise à la frontière autrichienne.
(Vieille ville de Sopron, Tour du Feu)
Sopron, c'est une petite ville dans une position très frontière et l'on y parle beaucoup allemand (et tant mieux vu la difficulté de la langue hongroise, qui ne ressemble à rien de connu pour nous). Pour l'empire romain, Sopron était Scarbantia; pour la monarchie austro-hongroise, c'était Ödenburg. Après la première guerre mondiale, quand s'effondre l'empire des Habsbourg, le traité de Trianon place Sopron en Autriche. Les habitants, mécontents, organisent un référendum pour refuser cette décision, et obtiennent de demeurer hongrois. Sopron, civitas fidelissima.
(Fö tér, Colonne de la peste (1701))
La vieille ville n'est pas très grosse et s'arpente tranquillement en une demie-journée à la découverte de ses principales curiosités. L'ensemble de la vieille ville est plein de charme et invite à y flâner. Plusieurs églises et lieux de cultes ornent la ville (plusieurs églises catholiques, une luthérienne, deux synagogues). La plus intéressante est sans nul doute l'Eglise de la Chèvre, ainsi appelée à cause d'un blason dont elle est frappée et qui représente une chèvre.
(Eglise de la Chèvre, Fö tér, Sopron)
Cette église construite du XIIIe au XVIIIe s. présente une jolie décoration intérieure de différentes époques, notamment une tribune et une chaire du XVe s. Mais l'élément le plus intéressant est la salle du chapitre, une belle salle gothique dont des fragments de peintures murales demeurent. L'ensemble vaut tout à fait le détour et la dame âgée qui s'occupe sans doute bénévolement de l'endroit est très sympathique, malgré la barrière de la langue et se fait un plaisir de proposer au visiteur une plaquette traduite aléatoirement dans sa langue.
(Eglise de la Chèvre, Salle du chapitre)
Outre les abords du Fö tér (Grand place), Sopron possède quelques autres endroits intéressants, comme le Orsolya tér, petite place ornée d'une jolie fontaine du XVIe s. et flanquée d'une maison à arcades et d'une église.
(Orsyola tér, Maison à arcades et fontaine de Marie)
La particularité de la ville est également de posséder deux synagogues médiévales. L'une est minuscule, l'autre a eu son importance autrefois. Une communauté juive (quelques familles) est attestée à Sopron dès le IXe s. mais ils ne construisent leur synagogue qu'au XIVe s., en retrait par rapport à la rue comme la plupart du temps. Expulsés de Hongrie en 1526, aucun juif ne réside à Sopron entre cette date et le XIXe s. La synagogue, devenue entre temps simple maison d'habitation, a été retrouvée dans les années 1960 et réhabilité. La visite est plutôt intéressante et permet, outre la synagogue proprement dite, d'accéder à la salle d'où les femmes suivaient le culte ainsi qu'à un bain rituel dans une petite cour.
(Synagogue)
En somme, notre petite escapade hongroise fut dépaysante au niveau de la langue et de la monnaie au moins et plaisante pour tout le reste. Nous en garderons un bon souvenir et l'envie de plus découvrir ce pays malgré la peur, atroce, de la langue hongroise, retorse, imprononçable et même pas indo-européenne!
(Sopron, Vieille ville)
09 août 2009
Voyage (10e jour): Vienne (VII)
Ce dernier jour consacré uniquement à Vienne avait plutôt correctement débuté avec un retour vers la Karlplatz (cf. Note du 5e jour) et une visite de l'église Saint-Charles.
(Eglise Saint-Charles, Vienne)
Cette église est sans conteste l'un des sommets du baroque à Vienne. Elle est l'oeuvre de l'architecte Johann Bernhard Fischer von Erlach, architecte "star" du début du XVIIIe autrichien. Pour cette église, il s'est inspiré de ce qu'il a vu lors de son séjour à Rome auprès du Bernin; il a ainsi utilisé la façade du Panthéon, la coupole de Saint-Pierre-de-Rome et la colonne trajane pour composer ce chef-d'oeuvre.
Comme l'église est toujours en travaux, on y a laissé à l'intérieur un immense échafaudage avec un ascenseur destiné d'une part à récupérer du fric sur le dos des touristes et d'une autre à pouvoir admirer les peintures de la coupole d'assez près. Ces peintures sont dues à Rottmayr et représentent l'apothéose de Saint-Charles-Borromée à qui est dédiée cette église. La montée dans ces lieux d'habitude inacessible est une expérience impressionnante et intéressante.
(Détails des peintures de la coupole de l'église Saint-Charles)
Ensuite nous avions prévu de retourner au Belvédère, mais au Belvédère inférieur cette fois-ci, lieu destiné à des expositions temporaires, dans le but de voir une exposition dont nous avions aperçu les affiches et consacrée à Mucha. Nous ne trouvâmes qu'une exposition consacrée à Waldmüller, peintre autrichien tout à fait sympathique mais dont j'avais déjà vu l'essentiel au Louvre (et dont j'ai parlé il y a quelques temps ici-même). Bref, pas l'ombre d'un Mucha. Après un petit délai de perplexité, nous comprîmes que l'exposition se finissait début juin et était aujourd'hui... à Montpellier! Triste coup du sort et vilain ratage de notre part. Mais ce n'était encore rien en regard de ce qui nous attendait à l'Académie des Beaux-Arts...
Mon guide me signalait cette institution comme présentant de superbes collections de peintures de Bosch, Titien, Murillo, Cranach l'ancien, Rembrandt, etc, etc... Et au départ, tout va bien. Aucun panneau suspect ne nous signalant un problème quelconque, rien. Le prix d'entrée, 6 euros, correspond à ce que m'annonce le guide et au tarif d'un musée de taille respectable. Malgré la nullité du principe de ne pouvoir prendre des photos qu'en payant 5 euros supplémentaires (ce que j'appelle du racket. Soit les photos sont interdites, soit elles sont autorisées, point final), tout semble aller bien, et nous admirons en effet le superbe triptyque du Jugement Dernier de Bosch et plusieurs Cranach. Puis, ayant fait le tour de la grosse quinzaine d'oeuvres présentées, nous nous dirigeons vers la suite de l'exposition, des salles situées de part et d'autres d'un couloir d'après les affichettes. Las, nous ne trouvons alors que des salles en pleins travaux, inaccessibles. Je reviens vers l'accueil et demande où sont les autres oeuvres, ce à quoi le type me répond que tout est en restauration et que seules les deux minuscules salles que nous avons vu sont visitables. Très énervé, je lui dit que pour 6 euros, c'est à dire le prix d'un musée "entier", c'est tout simplement du vol, et qu'au moins ils auraient pu réduire leurs tarifs. Le type approuve mon propos, me dit qu'il faut écrire un mail à l'andouille qui gère le lieu pour lui dire tout cela. Bon cela ne me rendra pas mon argent ni ma hargne de m'être fait escroqué par cette institution merdique. Donc je le dis: si vous allez à Vienne, qu'elle soit ou non entièrement réouverte, n'allez pas à l'Académie des Beaux-Arts, ne serait-ce que pour protester contre leurs pratiques immorales. Merde, si ces types ne pigent pas qu'ils tiennent un musée et pas un cynique supermarché, je ne sais plus quoi faire.
Bref. Passablement tristes de cette mésaventures, nous décidons d'aller au Leopold Museum. Malgré la pénibilité de l'achat des billets, le lieu était tout à fait digne d'intérêt et assez grand et dense pour ne pas nous donner l'impression de nous être fait arnaquer.
(Egon Schiele, Femme allongée, 1917)
Ce musée présente de nombreuses oeuvres de Schiele, mais aussi de Klimt, Kokoschka, Gerstl, Moser, Romako etc... L'ensemble vaut le détour, mais attention! pas le café, qui nous a servi à prix d'or des chocolats chauds qui ne méritent pas ce nom, parfaitement dégueulasses. Méfiance donc.
Ensuite il était temps de profiter de la nocturne au Musée d'Histoire naturelle, en face de celui des Beaux-Arts que nous avions visité le dimanche précédent. Ce musée présente des collections liées à l'histoire de l'Homme, des collections d'animaux et de minéraux tout à fait exceptionnelles. Il s'agit de l'une des plus anciennes institution de ce type, car il a été fondé par François de Lorraine au XVIIIe s.
Petit aperçu rapide des chefs-d'oeuvres de ce musée.
Au sein des collections minéralogiques, à la fois didactiques (pierres classées et présentées selon les normes, etc) et extra-ordinaires (pierres et minerais énormes, etc). Une merveille parmi ces collections, le bouquet de pierres précieuses offert par Marie-Thérèse à son époux en 1760.
(Bouquet de pierres précieuses, 2102 diamants, 761 pierres précieuses)
Les collections archéologiques consacrées à la préhistoire recèle LE trésor du musée: la célèbre Vénus de Willendorf, un chef-d'oeuvre d'art du paléolithique. Découverte en 1908 par hasard en Autriche, cette femme très ronde, âgée de 25 000 ans, est l'une des plus belles vénus de ce type retrouvée. Principale surprise à la découverte de cette merveille, sa taille: avec 11 cm de haut, c'est loin d'être une "petite" figurine comme je l'imaginais.
(Vénus de Willendorf)
Pas très loin de la vénus de Willendorf, se trouve une autre représentation humaine, la Fanny de la Galgenberg, vieille de 32 000 ans (sans doute la plus vieille représentation connue jusqu'à la découverte récente de la Vénus de Conard, cf. mon article sur ce sujet il y a quelques mois), une petite statue de femme dansante.
Plusieurs oeuvres représentatives des cultures néolithiques, notamment celle de Hallstatt, complètent cette évocation de nos lointains ancêtres.
Des collections de squelettes d'animaux préhistoriques sont également présentent, toujours impressionnantes par leurs tailles et leurs formes variées. L'ensemble du musée est assez didactique sur les questions d'évolution, de disparition et d'apparition des espèces, avec des salles évoquant notamment les ancêtres des éléphants et des chevaux. De très belles collections d'animaux naturalisés complètent l'ensemble, classées selon l'ordre: mammifères, batraciens, reptiles, oiseaux, insectes, etc...
(Deinotherium, ancêtre de l'éléphant)
Et dans l'escalier central, on trouve un tableau de François de Lorraine dans son cabinet de minéralogie avec des scientifiques, ainsi que le petit chien de Marie-Thérèse, un curieux roquet d'une espèce que nous ne connaissons plus aujourd'hui.
(Chien de Marie-Thérèse)
08 août 2009
Voyage (9e jour): Vienne (VI) : Schönbrunn
Schönbrunn... Voilà bien un nom qui sonne un peu comme celui de Versailles. Son pendant autrichien somme toute.
Le château est grand mais le parc est immense et rempli de points d'intérêts très variés. Y passer la journée entière me paraissait tout à fait bien et pourtant nous avons fini sur les rotules.
Ne voulant pas être trop pris dans la masse des groupes de visites guidées, nous sommes arrivés les premiers, à l'ouverture, rien que cela et avons acheté le forfait de visite le plus cher, celui dans lequel tout est compris.
(Façade du château de Schönbrunn, Vienne)
La visite du château (dans lequel on ne peut pas photographier...) a été intéressante et agréable malgré les groupes incessants et plutôt bruyants qui vinrent nous pomper l'air en fin de parcours. Néanmoins nous vîmes, dans ce château pour l'essentiel décoré dans le goût de Marie-Thérèse: les appartements de l'empereur François-Joseph avec notamment son cabinet de travail et son petit lit tout simple, en fer, dans lequel il s'éteignit en novembre 1916; les appartements de l'impératrice, ornés de nombreux portraits des enfants de Marie-Thérèse; les salles de réception, dont la Grande Galerie, bien modeste en regard de celle de Versailles, mais tout à fait intéressante néanmoins; encore plus étonnant et témoignant du goût à la fois très sûr et très exotique de Marie-Thérèse, les superbes cabinets chinois, décorés de laques et de porcelaines. C'est dans un de ces cabinets que Marie-Thérèse recevait le chancelier Kaunitz et que par un ingénieux mécanisme le parquet s'ouvrait pour laisser monter la table afin d'y prendre une collation. Les salles suivantes appartiennent au circuit "Grand Tour", indispensable, qui permet d'accéder aux pièces occupées par Marie-Thérèse et son époux François de Lorraine. Parmi elles, la salle Vieux-Laque, qu'elle occupa après la disparition de son époux en 1765 est ornée uniquement de laques japonaises noires encastrées dans des boiseries de noyer. Une salle émouvante également est celle où mourut, à seulement 21 ans, l'infortuné Roi de Rome, le fils de Napoléon Ier, un pauvre garçon fragile qui se distrayait avec une alouette que l'on aperçoit dans la pièce, empaillée. L'ensemble dégage une certaine tristesse.
Le goût pour l'exotisme du XVIIIe s. se traduit encore dans les salles suivantes, où hélas les groupes nous gâchèrent un tantinet le plaisir, avec notamment le cabinet de porcelaine... où ne se trouve aucune porcelaine mais des peintures imitant la porcelaine, et le salon du Million, lambrissé de bois de rose et décoré de miniatures persanes. Les salles suivantes présentent le seul lit d'apparat du château et plusieurs portraits agréables de la famille impériale de François et Marie-Thérèse et leurs nombreux enfants.
(Jardins du prince-héritier)
Une fois sortis de la foule du château, la découverte des jardins s'est révélée tout à fait intéressante et jolie. Le jardin du prince-héritier, donnant de plain-pied sur les appartements du prince Rodolphe qui lui a laissé son nom. Il s'agit d'un jardin à la française en même temps qu'une orangerie, le tout entouré d'une charmille.
(Jardins)
Les jardins sont tout à fait agréable et comme à la belle époque du XVIIIe s., un bosquet est aménagé en labyrinthe où l'on peut gaiement se perdre mais pas trop, juste le temps de trouver un petit lieu où se reposer quelques instants avant de sortir de ce petit dédale.
(Labyrinthe)
Au centre du parc, entre le château et la gloriette, marquant le passage de la zone plane à la colline, se trouve l'énorme fontaine de Neptune. La montée vers la gloriette se fait un petit chemin qui serpente de part et d'autre de la pelouse. Cette gloriette, bâtie en 1775, permet de jouïr d'une très belle vue sur Vienne et ses environs.
(Gloriette)
Nous fîmes ensuite un petit parcours à travers le parc afin d'en voir les principales curiosités et folies en nous dirigeant vers le zoo. Ainsi tour à tour nous avons pu voir la petite gloriette, une fausse ruine romaine datant de 1778, un obélisque de la même époque, et la Belle Fontaine (Schöner Brunnen) qui a donné son nom au lieu.
(Fausse ruine romaine, XVIIIe s.)
Ensuite ce fut le tour du zoo de Schönbrunn. Ah, le zoo! Un grand moment avec pas mal d'animaux rares et très intéressants, un aménagement de l'espace idéal, organisé de façon à laisser le plus d'espace possible à l'animal mais permettant également au visiteur de tourner au maximum autour de l'enclos et de multiplier les chances d'apercevoir l'espèce rare présentée là. Pas mal d'enfants idiots aussi, plus intéressés par les jeux de balançoires et toboggans présents sur le site que par les animaux, ce qui est tout de même étrange. Ce zoo a donc pour particularité d'être très moderne et il est pourtant à la base le plus ancien d'Europe: il a été fondé en 1752 par François de Lorraine, époux de Marie-Thérèse.
(Rhinocéros indien, zoo de Schönbrunn, Vienne)
Une très grande diversité d'espèces est présenté, illustrant tous les continents et tous les climats, et parmi elles un certain nombre d'espèces très menacées comme le rhinocéros indien ou le grand panda.
(Grands pandas)
Après tous ces animaux, il était temps de passer à la flore, en nous rendant dans les magnifiques serres de la fin du XIXe s. qui abritent une superbe collection de 4000 plantes du monde entier réparties en trois "zones": montagnarde et fraîche, chaude et enfin très chaude, tropicale.
(Serres)
A l'intérieur, on est happé par la beauté sauvage du lieu. Rien ne semble arrangé et l'on se dirait dans un endroit oublié des hommes où la nature la plus luxuriante et la plus folle aurait repris ses droits; impression renforcée par le faible nombre de touristes qui s'aventurent dans ce lieu magique. L'architecture d'acier et de verre du XIXe s. se mêle à merveille avec les nombreuses plantes et lianes qui peuplent le lieu et l'on pourrait se croire dans cité coloniale abandonnée à la jungle...
(A l'intérieur de la serre, cet escalier en acier désormais inutilisable...)
Seconde serre et changement d'ambiance ensuite, avec la Maison du Désert. Un lieu sans doute moins foisonnant mais tout à fait intéressant également, consacré à la vie dans les déserts. En fait, il s'agit surtout d'une collection de quelques reptiles et petits mammifères des déserts chauds ainsi que de magnifiques cactus et plantes peu gourmandes en eau. Le tout est organisé en trois régions: désert africain, américain et australien.
(Maison du désert)
Il est ensuite plus que temps de rentrer vers le château proprement dit afin d'assister à un moment totalement "truc-à-touriste" mais quand on nous prend par l'estomac... il s'agit d'une démonstration de fabrication d'un apfelstrudel, délicieuse spécialité autrichienne, avec dégustation à la clef d'une portion un peu trop petite cependant... Le secret étant d'avoir une pâte très souple que l'on peut étirer jusqu'à lui faire couvrir la surface d'une petite table! L'exploit n'est pas mince.
(Et on étiiiire la pâte...)
La journée commençait à sérieusement tirer à sa fin quand nous abordâmes la dernière visite, toujours dans le parc du château, celle du musée du carosse. Dans ce lieu tout à fait impressionnant on nous parle un peu trop de Sissi et on admire des carosses tout à fait exceptionnels: ceux des Habsbourg, rien de moins. On y trouve aussi bien le traîneau de Sissi que des carosses d'enfants, mais les pièces les plus exceptionnels sont les carosses du couronnement, tiré par huit chevaux blancs et celui de deuil, entièrement peint de noir et à l'aspect à la fois grandiose et lugubre.
(Carosse de deuil, XVIIIe s.)
Voilà qui achevait notre fascinante mais fatigante visite de Schönbrunn, assurèment l'un des grands moments d'une visite à Vienne, malgré le côté très touristique de l'endroit. Le lendemain allait être moins parfait...
07 août 2009
Voyage (8e jour): Vienne (V)
Déjà une semaine que nous sommes partis, la fatigue commence petit à petit à s'accumuler et pourtant il nous reste tant à voir et faire!
Nous continuons donc notre tour des grands musées de la ville avec une série de trois musées couplés en un seul billet, toujours situés dans l'immense Hofburg: le musée d'Ephèse, la Salle d'armes et le musée des instruments de musique.
Les trois sont un incroyable ravissement peuplé d'objets et d'oeuvres fascinantes. Le premier que nous fîmes, celui d'Ephèse, nous a peut-être encore plus intéressé que les autres, d'une part parce que les oeuvres présentées sont exceptionnelles, et peut-être aussi parce que nous étions pour ainsi dire seul à visiter ce musée, ce qui à Vienne est un plaisir rare et apprécié.
(Athlète d'Ephèse, bronze romain, copie d'un original grec)
Le musée d'Ephèse présente les oeuvres mis au jour dans la ville du même nom ainsi que dans l'île de Samothrace, en Asie mineure, par des archéologues autrichiens au XIXe s.
Y sont exposées des oeuvres magnifiques, de marbre ou de bronze ainsi que l'oeuvre majeure du musée, la grande frise du monument des Parthes, élevé à Ephèse par le Sénat de Rome en 170 pour célébrer la victoire de l'empereur Lucius Verus sur les Parthes. Le monument était un autel du type de l'Ara Pacis à Rome. Les frises représentent la vie de Lucius Verus, depuis son adoption jusqu'à son apothéose parmi les Dieux.
(Frise du monument des Parthes, Apothéose de Lucius Verus)
Dans le même bâtiment, on passe ensuite parmi les impressionnantes collections de la Salle d'armes. Il s'agit d'une des plus importantes collections au monde d'armes anciennes. Sans être un grand amateur de ce genre d'objets, force est de constater le travail, le raffinement des armes d'apparat et toute la culture que cela véhiculait, depuis les armes et parures de tournois de l'empereur Maximilien jusqu'aux petits pistolets de François-Joseph et Sissi.
(Parures de tournoi)
On découvre aussi au hasard quelques curiosités, comme ces masques assez laids représentant des visages cruels avec des moustaches raides, censés figurer des Turcs lors de joutes au cours desquelles bien sûr le méchant Turc devait s'incliner. On peut y admirer toutes sortes d'armes certes, mais le plus étonnant reste les armures, casques, heaumes, etc..., dont certains ne sont vraiment pas ordinaires.
(Heaume avec cimier, Autriche, milieu du XIVe s.)
Le troisième et dernier musée est consacré aux instruments de musique, avec notamment une bonne partie de la collection composée d'instruments datant du XVIe s. et avant; collection déjà constituée à Innsbrück par Ferdinand de Tyrol dès cette époque. Je ne connais pas grand chose en instruments de musique mais la plupart de ceux présentés ici sont vraiment rarissimes et ne possèdent pas d'équivalent contemporain. Formes tarabiscotées, matériaux rares et curiosités, voici de quoi s'émerveiller au moins pour ce qui concerne les salles les plus anciennes. Celles consacrées aux XVIII-XIXe s. sont moins surprenantes et plus proches de ce que nous pouvons connaître aujourd'hui.
(Baryton, 1782)
Une fois ces visites finies et un petit pique-nique pris, nous nous rendus à l'église des Capucins, mais surtout à la crypte attenante à cette église. Je n'y pas pris de photo, un peu pris par l'atmosphère du lieu qui est tout de même un ensemble de tombeaux. Il s'agit de la nécropole des Habsbourg où tous les empereurs et impératrices (et quelques autres membres de la famille impériale) reposent depuis trois siècles. Le tombeau le plus impressionnant est celui de Marie-Thérèse et François de Lorraine, un chef-d'oeuvre baroque. Seuls deux empereurs sont inhumés ailleurs depuis 1618: Ferdinand II à Graz et Charles Ier, le dernier empereur, à Madère. Les dernières personnes inhumées ont été Zita de Bourbon-Parme, veuve de Charles Ier et mère de Otto de Habsbourg ainsi qu'un des frères d'Otto. Il semble donc qu'un jour, cet important personnage doive reposer ici aussi aux côtés de ses ancêtres.
L'après-midi a été consacrée en grande partie au musée ethnographique, lui aussi situé dans la Hofburg. Ce musée n'est pas entièrement fini d'être restauré, seules les salles consacrées à l'Asie sont achevées. Il s'agit d'un musée qui se veut réellement ethnographique, avec beaucoup d'objets du quotidien contemporain (à ce titre, la vitrine consacrée au "culte" d'Ho Chi Minh au Vietnam est édifiante). L'athmosphère n'est pas tout à fait la même qu'au musée parisien du Quai Branly, qui se veut plus placé dans une perspective historique. Par contre, si les salles n'étaient pas bien nombreuses à être ouvertes, l'exposition temporaire, consacrée aux masques, était proprement passionnantes, explorant les fonctions et formes du masque à travers les cultures et les civilisations, depuis les masques papous jusqu'au masque de Dark Vador en passant par les masques mortuaires, ceux de la comédie grecque ou du carnaval. Une bien belle exposition.
(Masque mortuaire d'Herbert Lanier, Limoges, vers 1290)
Une fois sortis, une petite ballade dans la ville nous a menés jusqu'à l'église des Ecossais, puis à l'église N-D du Rivage, une église gothique aujourd'hui gérée par la communauté tchèque de Vienne. Notre petit tour nous a ensuite fait voir, à travers des quartiers tout à fait charmants, l'ancien Hôtel de ville, la Chancellerie de Bohème, la Chapelle du Saint-Sauveur, et le Höher Markt. Le Höher Markt est marqué par la superbe horloge animée installée entre deux bâtiments en 1914 et constitue le coeur le plus ancien de la ville, car c'est à cet endroit que se dressait le forum de Vindobona, la ville romaine de Vienne. C'est sur la découverte de ce quartier sympathique et moins écrasant que les grands immeubles proches du Ring que s'achevât cette journée, en attendant celle, éreintante, du lendemain, toujours à Vienne mais cette fois direction Schönbrunn.
(Ancien hôtel de ville, Fontaine d'Andromède, 1741)







































































































































