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(Routes commerciales antiques et routes de pélerinage)

L'Arabie Saoudite est en général un pays pénible, arc-bouté sur un Islam rigide pour ne pas dire rétrograde. Mais là, pour une fois, à l'occasion de cette belle exposition du Louvre (et semble-t-il sous la pression de la conservatrice du département des antiquités proche-orientales), ce pays a joué le jeu. Et a prêté une grande quantité d'oeuvres, y compris de l'époque pré-islamique. Pas mal pour ce pays qui considère officiellement que son histoire ne débute qu'avec l'Islam. Ce qui veut dire que la plupart des oeuvres pré-islamiques présentées ne sont jamais sorties d'Arabie Saoudite, mais surtout qu'une bonne partie n'a même jamais été vue en Arabie où elles demeurent en réserves!

Rien que cela est une bonne raison d'aller admirer cette exposition et de dénouer un peu la longue histoire et les multiples influences de la région au fil du temps.

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(Statue d'homme de Tarut, IIIe millénaire avant J-C, Riyad Museum. L'influence mésopotamienne est très nette.)

En effet, comme le montrent les cartes, la péninsule arabique est au confluent de la plupart des grandes civilisations antiques: Mésopotamie, Indus, Egypte, Grèce, Rome, Perse. Pas étonnant que la plupart des pièces exposées pour ce qui concerne la préhistoire et l'Antiquité rappelle furieusement les modèles classiques de ces différentes civilisations avec lesquels les Arabes antiques ont été en contact commerciaux ou culturels plus ou moins avancés.

L'influence égyptienne est particulièrement frappante dans les impressionants colosses qui se dressent au milieu d'une longue salle.

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(Statue d'homme d'Al-Ulâ, IV-IIIe s. avant J-C, Riyad, Université du roi Saoud)

Les pièces présentées sont exceptionnelles à plusieurs titres. Exceptionnelles par leur provenance: en effet toutes ou presque viennent de Riyad et n'étaient, on l'a signalé, jamais sorties du pays. Exceptionnelles par leur quantité: plus de 300 pièces. Exceptionnelles par leur diversité, couvrant toute le territoire saoudien et toute la chronologie historique connue du pays.

En gros, trois grandes zones de peuplement et de civilisation différentes semblent se dessiner dans l'Arabie préislamique: une zone occidentale de quelques oasis, tournée vers la Méditerranée (Egypte, Syrie, Grèce, Rome); une zone proche du Bahreïn qui est bien plus influencée par la Mésopotamie et la Perse, voire la civilisation de l'Indus; et enfin une zone sud proche du Yémen et de l'Ethiopie et qui en subit le contact frontal.

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(Lion de Najrân, Ier s., Riyad Museum, production locale de style gréco-romain)

L'hellénisation et romanisation de la région occidentale de l'Arabie sont évoquées au travers des fouilles de la ville d'Hégra, menées depuis 2001 par une équipe franco-saoudienne. Des photos des tombeaux nabatéens creusés dans la roche évoquent beaucoup la cité nabatéenne bien connue de Pétra, en Jordanie.

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(Bijou en or d'une tombe de Thâj, Tell al-Zayer, Riyadh Museum. L'influence ici est hellénistique.)

La partie consacrée à l'Islam est riche mais à mon sens moins variée: on y aborde tout d'abord la question de l'écriture (dans la continuité d'un très intéressant panneau sur les langues de la région), essentiellement à travers les stèles funéraires du cimetière de La Mecque.

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(Stèle d'al-Ghâliya, fille de Abd al-Jabbâr, IXe s., La Mecque, cimetière d'al Ma'lâ, Riyad Museum)

Sont évoqués ensuite les lieux saints (La Mecque et Médine) et la ferveur des pélerinages qu'ils occasionnent, ainsi que le faste déployé par les souverains successifs (Fatimides, Mamelouks, Ottomans) de la région pour les honorer à coup de cadeaux somptueux. L'expo s'achève par une évocation de la tentative ratée de chemin de fer entre Damas et La Mecque et aborde rapidement la fondation du royaume d'Arabie Saoudite dans les années 1930. Bien entendu, on passe sur l'aspect extrémiste de la doctrine wahhabite qui a hélas contaminé une bonne partie du monde islamique depuis... Il ne faudrait pas froisser nos "amis" saoudiens qui nous ont prêté toutes ces belles pièces. Ne boudons pas notre plaisir néanmoins, cette exposition est une première et elle vaut le coup d'oeil.

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(Porte de la Kaaba, art ottoman, XVIIe s., Riyad Museum)

Deux bémols à cela toutefois: une présentation scientifique très archéologique, plutôt bien faite mais assez ardue voire austère. Cette exposition est belle mais difficile quand bien même on serait un peu plus qu'un néophyte. Dommage également de s'être limité à l'Arabie Saoudite proprement dite et de n'avoir pas englobé dans la présentation les petits pays proches tels que le Bahreïn, le Qatar ou les Emirats Arabes. Le Louvre utilise parfois ses propres pièces à titre de comparaison, mais trop rarement.

Routes d'Arabie, Musée du Louvre, hall Napoléon, jusqu'au 27 septembre.