Première sortie hors d'Istanbul en ce trente juillet. Nous prenons le ferry depuis Istanbul jusqu'à la station balnéaire de Mudanya, au bord de la mer de Marmara, du côté asiatique. A partir de là, il nous faut prendre un bus jusqu'à Bursa, notre destination du jour. Durée de l'ensemble de la balade : un peu plus de deux heures, soit un temps tout à fait raisonnable; il faut près de cinq heures pour rallier les deux villes par voie terrestre. Ajoutez à cela la douceur d'une traversée en mer...

 

Bref, nous arrivons à Bursa, énorme ville d'un million et demi d'habitants étirée entre des montagnes verdoyantes. Un peu perdus, nous prenons le métro, mais descendons à la mauvaise station, qui nous mène assez loin des centres d'intérêt. L'erreur est bien vite rattrapée grâce à l'aide d'un vieux qui vendait des tickets de loterie près de la station de métro et d'un jeune homme que le vieux avait interpellé afin qu'il nous rende service, lui-même ne pouvant quitter son emplacement.

Le jeune homme, dont j'ai honteusement oublié le nom (Serkan?), nous guide alors jusqu'à la station de bus, se renseigne sur lequel il faut prendre, nous indique quand il arrive... Tout de suite, niveau aide au touriste paumé, on est passé dans une autre dimension par rapport à Istanbul. C'est spontané et désintéressé. Et vraiment utile : le gain de temps et d'énergie par rapport à celui que nous eussions passé à errer et à nous énerver de ne pas trouver notre chemin est considérable. Nous ne savons pas encore ce que vaut cette ville, mais l'accueil reçu pour le moment est de bon augure.

Nous arrivons donc en bus, tant bien que mal, au premier des trois points d'intérêt principaux de la ville : l'ensemble vert ou Yeşil Külliye. 

Yesil türbe (mausolée vert)

(Yeşil türbe (mausolée vert), vers 1421)

 

Petite note de civilisation, comme on nous faisait en latin pour nous laisser souffler entre deux leçons de grammmaire : les külliye, que nous rencontrerons souvent dans notre voyage, et que je traduis par "ensemble" ou par "complexe", accompagne souvent une mosquée. En effet, quand un grand personnage fondait une mosquée, il arrivait souvent que, prenant en compte une certaine dimension sociale de l'Islam, il fasse bâtir, dans le même mouvement, une école coranique (médersa) et une soupe populaire (imaret). Selon la taille et la richesse de la fondation, on peut aussi trouver des cuisines, des dispensaires, des bibliothèques, divers lieux d'études spécialisés, etc...

 

Ce complexe vert a été édifié dans les années 1420 sur l'ordre du sultan Mehmet Ier. Cette fondation correspondait alors à trois objectifs : relever la ville détruite en 1402 par Tamerlan, célébrer la reconquête de son empire par le sultan et édifier un ensemble prestigieux dans une ville considérée comme le berceau de la dynastie ottomane. 

 

Alors certes, le côté vert de tout cela ne risque pas tellement de vous apparaître en voyant les photos; c'est plutôt le bleu qui domine, mais ce bleu turquoise était classé dans le monde sous influence culturelle persane parmi les verts. 

Yesil türbe, porte (2)

(Yeşil türbe, portail d'entrée)

 

Ce tombeau magnifique est légèrement surelevé par rapport aux vieilles maisons du quartier, ce qui rend sa beauté et son bleu brillant encore attirant. Je ne suis pas grand connaisseur d'art islamique, mais le peu que j'en sais (et j'en apprendrais pas mal pendant ce séjour) m'incite à voir un art encore très imprégné de l'influence timouride. C'est superbe, et après avoir vu Istanbul, cela change vraiment.

L'intérieur est d'une grande beauté également, par ces céramiques émaillées qui recouvrent entièrement le mihrab et le tombeau de Mehmet Ier. C'est là que nous rencontrons un homme très sympathique qui nous explique en bon anglais pas mal de choses sur le lieu et nous explique qu'il est réparateur de tapis et travaille notamment pour les mosquées du coin. Il nous explique aussi que la mosquée verte toute proche est en travaux mais qu'on peut en visiter un tout petit morceau grâce à lui si l'on revient un peu plus tard. Echaudés par nos expériences stambouliotes, nous nous faisons bien préciser que tout est gratuit, etc... L'homme inspire confiance à vrai dire et en effet, il n'y aura pas vraiment d'entourloupe. Il se contentera de nous rabattre vers la boutique qu'il tient avec un frère/cousin/ami ou autre chose. J'y reviendrai. 

Yesil türbe (4)

(Intérieur du Yeşil türbe)

 

Pour patienter en attendant la visite promise d'une partie de la mosquée, nous visitons le petit musée local qui occupe les locaux de l'ancienne médersa. Nous n'avions pas vraiment prévu cette visite, au final, nous en serons enchantés. Loin d'être poussièreux ou présentant des pièces de peu d'intérêt, ce petit musée se révélera tout à fait intéressant, avec de belles pièces. Si par moment, la muséographie paraît vieillotte, elle n'a rien de ridicule. Et puis surtout, l'accueil est incroyable : un musée où le gardien vous accueille en souriant et vous donne, j'ai bien dit donne, un petit guide de la ville assez complet, ce n'est vraiment pas courant.

Cour de la médersa

(Musée des Arts turcs et islamiques, Bursa) 

 

Le musée a organisé ses collections de façons thématiques dans chacune des petites pièces qui forment la médersa, en un sorte de cloître autour d'un agréable jardin. Nous débutons par un bel ensemble de marionnettes de karagöz, cette forme de théâtre d'ombre turque spécifique, mettant en scène des personnages hauts en couleurs, frondeurs, joyeux et bagarreurs, notamment les fameux Karagöz et Hacivat. Je reviendrai plusieurs fois sur cette forme de théâtre d'ombre dans les semaines à venir. 

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(Marionnettes de théâtre d'ombre : musicien, Hacivat, Karagöz)

 

Le musée, comme toujours dans ce genre de contexte, donne parfois une impression de fouillis ou plutôt de manque de cohérence; c'est le lot de ces collections essentiellement locales dont la présentation au sein d'un même lieu tient plus à l'histoire de ce lieu, des différentes découvertes et donations, qu'à un projet muséal concerté longuement en amont. Ces musées possèdent aussi, finalement, un très grand charme. Tomber ainsi sur un vase seldjoukide du XIIIe s. après des marionnettes de karagöz probablement du XXe s. est assez surprenant.

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(Vase en céramique, époque seldjoukide, XIIIe s.)

 

 Les collections de calligraphie sont intéressantes mais, en matière religieuse, ce sont objets liés aux célèbres et pourtant mystérieux derviches qui attirent, en particulier ces étonnants turbans et ces belles cannes. Hélas, on n'y comprend pas grand chose de plus sur cette forme particulière de mystique musulmane; seul un panneau général traduit en anglais nous apprend des choses concernant l'abondance de couvents de derviches en Anatolie. 

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(Turbans et bâtons de derviches)

 

L'essentiel de la collection est toutefois ethnographique, au sens large et occupe la grande salle d'enseignement de la médersa. On y voit un certain nombre de mannequins habillés de costumes locaux. L'ensemble manque un peu de vie malgré la beauté des costumes, mais la vraie absence est dans les d'explications, qui auraient été bien nécessaires. Vu la richesse des parures, je présume qu'il s'agit d'habits de cérémonie, probablement de mariages, mais sans certitudes..

Costumes traditionnels (5) 

(Costumes traditionnels de la région de Bursa)

 

Le reste de la collection évoque quelques passions turques toujours présentes (le tabac, le thé) ou un peu à l'état de reliques (le café). De jolis corans enluminés et quelques tapis concluent la visite. 

Tapis

(Tapis)

 

Nous quittons le musée et partons à travers les rues de la vieille ville pleine de konaks, ces belles demeures ottomanes traditionnelles, en direction de la mosquée verte (Yeşil Camii).

Konaks (2)

(Konaks. En arrière-plan, le Yeşil türbe)

 

Nous arrivons à la mosquée, où nous retrouvons notre guide plus ou moins improvisé. Celui-ci nous explique dans un anglais très correct que la mosquée est en travaux et que chaque mois, les messieurs qui viennent d'entrer - des fonctionnaires du ministère de la culture - viennent surveiller l'avancée des travaux et leur qualité. Un très bon point. L'extérieur, visiblement récemment nettoyé, est très agréable : une façade très sobre entrecoupée aux endroits stratégiques d'une débauche d'entrelacs et de décoration florale. On trouve même, sur la façade, encadré par deux fenêtres ouvragées, une sorte de mini-portail à muqarnas qui faisait office de mihrab pour les retardataires!

Yesil Camii (2) 

(Yeşil Cami, portail, 1421-1424)

 

Une fois que ces hommes ont fini l'inspection extérieure et sont entrés, nous pénétrons à notre tour subrepticement à l'intérieur, dans une petite salle sur le côté, exempte de travaux. Hélas nous ne verrons pas les beautés promises par notre guide papier, que sont la tribune du sultan et le mihrab. Ces deux éléments sont décorés, pour la première fois dans une mosquée ottomane, par des céramiques.

La salle que nous visitons est plutôt jolie et présente des éléments intéressants; la frustration est néanmoins plutôt grande de ne pas avoir pu voir le reste. Une autre fois... 

Yesil Camii, détails

(Intérieur de la mosquée, espaces de rangement)

 

Une petite chose intéressante expliquée par notre "ami" le guide à propos des tapis de prière : les motifs géométriques revêtent la symbolique d'un mini-mosquée en adéquation avec le corps du fidèle, lui indiquant comment prier : la tête sur le sommet de pyramide, les jambes sur les colonnes, etc... 

Tapis, Yesil Camii

(Tapis de prière, mosquée verte, Bursa)

 

Après le passage plus ou moins obligé par la boutique de notre ami guide, installée dans un magnifique konak, où nous n'achetons rien de ses belles céramiques ni de ses tapis (mais où une certaine maladroite arrive à casser tout de même deux coupelles en céramique, hein....), nous nous dirigeons sur nos petites pattes le long de la grande Avenue Atatürk (Atatürk Caddesi), non sans saluer la statue - équestre cette fois-ci - du père de la nation.

Nous arrivons dans le véritable centre-ville, un centre monumental, commerçant et religieux. Comme nous sommes des gens méthodiques, nous débutons par la première mosquée dans l'ordre d'apparition, en l'occurence la Orhan Camii. La mosquée d'Orhan Gazi, édifiée en 1339 par ledit Orhan, second sultan ottoman et conquérant de la ville de Bursa que l'on nommait alors encore Brousse, n'est pas la plus grande ni la plus belle. Mais elle a une importance toute particulière dans l'histoire de l'architecture ottomane : elle est en effet la première à adopter un plan "en T renversé". Je sais, dit comme ça, brutalement, sans précaution, ça vous bouleverse un peu. C'est compréhensible. En fait, ce plan consiste en deux cubes à peu près égaux surmontés d'une coupole, dans l'axe l'un de l'autre, flanqués d'ailes latérales également à coupoles et précédés d'un porche. Les salles sur les côtés, n'offrant pas de vue sur le mihrab, servaient de salles de lecture ou d'enseignement coranique. La salle de prière, au fond, est légérement surélevée par rapport à la salle centrale, qui sert de salle aux ablutions.

Ce plan est utilisé, à quelques nuances près, dans la plupart des mosquées ottomanes pré-conquête de Constantinople. Elle est une sorte de transition entre la mosquée seldjoukide et la mosquée ottomane impériale classique, déjà inspirée par les église byzantines, mais pas encore sous l'influence déterminante de Ste Sophie.

Bref, c'est chouette et intéressant. Qui plus est, ça change des mosquées auxquelles Istanbul nous avait habitués.

Orhan Camii, intérieur 

(Orhan Camii, vers 1339)

 

Le coeur de la ville, outre ses mosquées, est constitué d'un ensemble remarquable de hans, sorte de marchés couverts organisés autour d'une cour intérieur, à la manière des caravansérails de la route de la soie. Le mot han est d'ailleurs, selon la région, un synonyme de caravansérail. Ceux que nous avons vu en Turquie sont systématiquement à deux étages et, de façon tout aussi systématique, la cour est occupée par un ou plusieurs cafés. Bursa, ville située au terminus de la route de la soie (et ville soyeuse elle-même, très brillante au XVIIe s. avec sa production locale, qui mourra au siècle suivant sous la forte concurrence européenne et plus spécifiquement lyonnaise), comptait une quinzaine de hans, dont sept sont encore utilisés aujourd'hui, toujours à des fins commerciales.

Koza Hani

(Koza Hanı, 1491)

 

A quelques mètres de là s'élève une autre mosquée, la Ulu Cami (Grande mosquée), construite à la toute fin du XIVe s. par le sultan Beyazıt Ier grâce au butin prélevé après la bataille de Nicopolis. Toute proche de la Orhan Camii, elle est pourtant très différente.

Ulu Cami, entrée

(Ulu Cami, Portail, 1396-1400)

 

Bien qu'elle ait été bâtie sur la volonté d'un sultan, il s'agissait d'une mosquée destinée au peuple et disposant à ce titre d'un plan tout à fait particulier : de larges travées séparées par des piliers plutôt forts et coiffées de nombreuses coupoles. Ce plan, que nous reverrons parfois, est néanmoins rare dans les mosquées ottomanes et rappellent un peu, avec ce que vaut la comparaison, ce qu'on appelle en France des "églises-halles". Ici cependant, les coupoles situées dans l'axe du mihrab sont plus hautes que les autres et l'une d'entre elle est absente, laissant la place à une ouverture naturelle alimentant en eau de pluie le bassin aux ablutions situé juste au-dessous, un peu à la manière d'un atrium. 

Ulu Cami, fontaine aux ablutions

(Ulu Cami, fontaine aux ablutions)

 

Comme souvent dans les mosquées, le mihrab et le minbar sont l'objet de toutes les attentions décoratives, mais c'est également le cas pour les nombreux piliers, rendus moins austères par des ornements calligraphiques réalisés par des maîtres du XIXe s.

Mihrab

(Ulu Cami, Mihrab) 

 

Nous repartons ensuite vers les nombreux hans et le marché couvert, qui forment une sorte de vaste bazar discontinu. Les hans portent des noms qui rappellent la plupart du temps leur ancienne spécialité. En effet, occupé par une corporation ou un type de métier, il rassemblait un bon nombre de commerçants vendant les mêmes types de produits. Ainsi on trouve, terminus des routes de la soie oblige, les Koza Hanı (Han du Cocon) et Ipek Hanı (Han de la Soie), mais aussi le Pirinç Hanı (Han du Riz). Le Koza Hanı est le plus grand et sans doute l'un des plus beaux.

Koza Hani (5)

(Koza Hanı, 1491)

 

Créé pour le commerce des vers à soie, le Koza Hanı possède la particularité assez rare dans les hans des villes, d'avoir en son centre une fontaine-oratoire. La fontaine est très courante; c'est le fait qu'elle soit surmontée d'un oratoire, alors même que deux mosquées se dressent à cinquante mètres de là, qui est étonnant. 

Koza Hani, oratoire (2)

(Koza Hanı, oratoire)

 

Le marché couvert (bedesten), qui se situe à proximité des hans, est intéressant par son architecture fait de petites maisons à un seul étage, assez colorées. Un autre caravansérail, le Fidan Hanı, comporte également un oratoire surmontant une fontaine en son centre. Nous flânons un bon moment dans ce quartier très agréable où l'on se prend presque à se rêver en marchand de la route de la soie, enfin parvenu au but, au bout du monde musulman, pour vendre sa marchandise qui sera ensuite transformée et exportée vers l'Occident mystérieux... 

Porte du Koza Hani (2) 

(Porte du Koza Hanı donnant sur l'Uzun Çarşı)

 

Après un bon moment, nous nous dirigeons vers la ville haute, située - et ça se voit - à l'emplacement où se dressait la ville fortifiée romaine. Une partie des remparts, agrégat des époques hellénistique, romaine et byzantine, est toujours debout.

Remparts (2) 

(Remparts de Bursa)

 

Le quartier, plutôt joli avec ses maisons traditionnelles, est beaucoup moins fréquenté que les deux précédents. Une atmosphère calme, des maisons moins entretenues, de petites mosquées sans prétention particulière, voilà ce que nous découvront en marchant vers la Üftade Camii.

Üftade Camii (3)

(Üftade Camii, détail du mihrab)

 

Cette petite mosquée du XVIe s. abrite à ses côtés la tombe d'un saint soufi très vénéré, Üftade Hazretleri. Après un tremblement de terre au milieu du XIXe s., les deux édifices ont été fortement reconstruits.

Türbe de Mehmed Muhyiddin (2)

(Türbe de Mehmed Muhyddin Hazretleri Üftade)

 

Nous rebroussons chemin, toujours dans la ville haute, pour aller vers le parc de Tophane, situé sur une sorte de terrasse surplombant la ville et commandant une vue superbe.

Vue sur la ville, notamment les hans et la Ulu Cami

(Vue sur la ville et la Ulu Cami)

 

Ce parc abrite les mausolées du fondateur de la dynastie ottomane, à laquelle il a donné son nom : Osman Gazi, ainsi que celui de son successeur Orhan Gazi, qui est l'origine de l'ensemble vert évoqué en début d'article.

Mausolée d'Osman Gazi (5)

(Tombe d'Osman Gazi)

 

Ces beaux tombeaux, comme l'Üftade Cami, sont des reconstructions du XIXe s. suite à un séisme en 1855, dans le style baroque ottoman. Le mausolée d'Orhan est bâti sur les restes d'une ancienne église byzantine, dont il a conservé une partie du pavement.

Mausolée d'Orhan Gazi, restes de l'église byzantine (4)

(Mausolée d'Orhan Gazi, pavement)

 

Nous continuons en suivant une route qui descend fortement et sur une bonne distance vers la Muradiye, dernier secteur digne d'un très grand intérêt à Bursa.  

Une maison bleue adossée à la colline

(Une maison bleue adossée à la colline)

 

Nous arrivons finalement dans un secteur un peu plus animé. Près d'un très joli hammam ancien, nous tournons vers cet ensemble composé d'une mosquée, d'une dizaine de türbe dans un jardin très reposant et d'une médersa. C'est à cet endroit, appelé Muradiye d'après le nom du sultan Murat II qui commandita la mosquée, que reposent les premiers sultans ottomans.

Derrière la mosquée donc, dans ce grand jardin, se trouve onze türbe très différents les uns des autres, qui constituent la nécropole des souverains ottomans des XVe et XVIe s., qui continuèrent à se faire inhumer ici même après le transfert de la capitale à Edirne. Il faut attendre la prise de Constantinople pour que les sultans installent leurs sépultures ailleurs qu'à Bursa. 

Türbe de Murat II

(Türbe de Murat II, 1451)

 

Parmi les türbe, certains marquent par leur originalité ou la qualité de leur décoration. C'est notamment le cas du mausolée de Murat II, dont l'entrée est surmontée d'un auvent en forme de toile relevée, qui rappelle la vie des Turcs à l'époque où ils étaient nomades dans les steppes d'Asie centrale, une origine dont certains aujourd'hui encore cultivent le souvenir. La face intérieure de ce auvent présente une riche décoration de bois sculpté et peint. 

Türbe de Murat II, auvent vu du dessous

(Türbe de Murat II, auvent)

 

 L'intérieur ce tombeau, d'une très grande sobriété, est vraiment particulier. Le sultan Murat II a été inhumé directement en terre, sans sarcophage. Selon son voeu, la coupole est percée d'un oculus qui laisse tomber la pluie sur la terre de la tombe...  

Türbe de Murat II (6)

(Tombe de Murat II)

 

Le türbe du prince Cem, fils de Mehmet le Conquérant, était fermé lors de notre passage. Mais l'avantage des fenêtres, c'est de pouvoir admirer quand même les intérieurs en regardant au travers. Celui-ci est assez magnifique par la qualité de ses peintures, toutes d'origine et intégralement conservées, combinées à un beau parement de faïences. 

Türbe du prince Cem (3)

(Türbe du prince Cem,  fin XVe s.)

 

Même si je m'attarde sur l'un ou l'autre des tombeaux, tous méritent largement d'être vus. Notre balade dans cet imposant cimetière aura duré presque une heure. Le türbe de Mükrime Hatun, femme de Beyazıt II, moins bien conservé que le précédent, a également conservé ses peintures d'origine.

Türbe de Mükrime Hatun (3)

(Türbe de Mükrime Hatun, fin XVe s.-début XVIe s.)

 

La visite de cet ensemble s'achève par la Muradyie Camii, mosquée bâtie par les maîtres de Tabriz juste après l'achèvement du complexe vert à l'autre extrémité de la ville. Globalement, l'ensemble est plus sobre et fait de la place à une décoration de faïences moins exubérante mais qui parvient tout de même à éviter la monotonie.

Muradiye Camii, faïences 

(Muradiye Camii, 1424-1427, détail des faïences)

 

Seule touche d'exubérance, le mihrab, visiblement plus tardif, en céramique, qui confère une curieuse touche baroque à la salle de prière.

Muradiye Camii, mihrab (2)

(Muradiye Camii, Mihrab)

 

Complètement crevés après cette journée hyper intense à Bursa, nous effectuons une dernière balade dans les alentours de ce petit jardin de paradis, puis reprenons successivement le métro, le bus, le ferry et nos pieds pour rentrer manger un morceau vite fait et roupiller. 

Très beau konak

(Konak)

 

Avant de repartir, le lendemain, pour... Bursa! Alors... Comment parler de ce deuxième jour de suite à Bursa, qui fut, en comparaison du premier, particulièrement merdique. Donc, au niveau des transports, rebelote, là pas de soucis, surtout avec l'expérience de la veille.

Enorme bateau 

(Ferry avec un large espace pour garer les voitures)

 

Nous avions décidé, ce jour-là, de changer un peu des musées et découvertes culturelles pour aller faire un peu de marche en montagne, dans un massif réputé localement, l'Ulu Dağ, littéralement la Grande Montagne, qui domine Bursa. Je passe sur la difficulté pour trouver l'entrée du téléphérique, l'attente interminable pour y monter, etc... Tous éléments qui auraient dû nous mettre en garde : les choses étaient mal engagées. 

Bursa depuis le téléphérique

(Téléphérique, vue sur Bursa)


A mesure qu'on approche du sommet, on est heureux : du vert, du frais, de la montagne. Finalement, ça ne s'annonce pas trop mal. 

Ulu Dag (3)

(Ulu Dağ)

 

Jusqu'à l'arrivée à la dernière station de téléphérique. Le choc : des gamins qui jouent, une odeur de graillon, des voitures en pagaille. Pas vraiment la haute montagne telle qu'on se l'imaginait. Le temps d'en profiter pour acheter un bout hors de prix à manger et on entame les cinq kilomètres de marche jusqu'au sommet, du moins jusqu'à la station "Ulu Dağ". 

A la dernière station de téléphérique

(A la descente du téléphérique)

 

Là, comment dire... J'aime la marche en montagne. J'aime beaucoup moins la marche au bord des routes à circulation intense. Et c'est franchement l'impression que ça donne : les voitures grimpent à toute vitesse, on ne sent franchement pas en sécurité, des familles turques mangent sur les bords de la route, tout est sale, jonché de papiers gras et de détritus divers. Une horreur. Rien de naturel ou d'agréable, un vrai calvaire. Nous chopons un dolmuş en sens inverse (aucun ne montait, curieusement) et redescendons dare-dare vers la station intermédiaire du téléphérique. Outre l'incroyable saleté de l'environnement (on dirait la France il y a plus de vingt ans, quand j'étais gosse), il y a vraiment une différence culturelle très forte dans la façon d'aborder la montagne : pour nous, un lieu de détente, de promenade, de nature. Pour les Turcs : un vaste espace de pique-nique.

Même là il y a une mosquée

(Il y a même une mosquée!)

 

La station intermédiaire du téléphérique, moins fréquentée, est moins désagréable même si elle est loin d'être nickel. Ici au moins, une légère impression de moyenne montagne est présente, avec le bétail (vaches, brebis, chevaux) qui s'y balade librement, l'absence de bitume, etc... 

Vache (2)

(Opération camouflage)

 

Nous nous promenons sur un petit chemin sans intérêt particulier, mais calme et forestier.

Vaches

(Vaches buvant)

 

Hélas, ici comme ailleurs, la propreté n'est vraiment pas la priorité. Il suffit de voir le ruban de la course à pieds qui s'est déroulée là quinze jours auparavant et dont le ruban, tout le long du trajet, pendouille aux arbres ou traîne par terre. Sûrement un plastique super bio-dégradable...

On ne nettoie jamais, bien entendu

(Sentier)

 

Bref. L'impression à l'Ulu Dağ a été assez négative et surtout une grande déception pour un massif que l'on nous vend volontiers comme superbe, réserve naturelle agréable, etc... Abrégeant cette lamentable expérience, nous profitons du temps qui nous reste pour retourner flâner dans le bon de côté de la ville, les hans déjà arpentés la veille. Après tout, si Sa Majesté britannique y est venu, elle ne pouvait pas avoir entièrement tort. 

Visite de la reine dans le Koza Hani

(La fierté du Koza Hanı)

 

Nous y ferons l'emplette d'un joli foulard à motifs d'Iznik. Tiens, en parlant d'Iznik... ce ne serait pas notre destination du lendemain des fois? 

Métro de Bursa

(Métro de Bursa)