NB: L'exposition dont il est question est terminée depuis le 27 janvier 2013. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas en parler... Au passage, on remerciera la politique d'images du musée, qui offre généreusement 3 images pour les illustrations des petits blogs comme le mien. Certes, l'expo est finie depuis un moment, mais ça fait toujours de la bonne presse pour un musée plutôt invisible en général. Au lieu de cela, on se cache derrière les faux-nez des "droits d'auteurs" qui finiront par tuer le journalisme amateur, les blogs un peu sérieux et honnêtes et toute la vulgarisation artistique. Bref, il fallait que cela soit dit. Je ne me souviens plus si les photos étaient autorisées pendant l'expo, mais en tout cas, je ne les ai pas retrouvé sur mon ordinateur, donc ça devait être interdit (pourtant j'étais persuadé d'en avoir pris... si je les retrouvais, je corrigerais cet article).

Fin du coup de gueule, mais c'est la preuve que nombre de musées, notamment "petits" ont de sérieuses leçons de communication à prendre...

 

Mai Trung Thu - Deux jeunes filles

 

(Mai Trung Thu, Deux jeunes filles, collection particulière)

 

L'Indochine en général, et en particulier le Vietnam - qui en compose la colonie majeure et la plus peuplée, constitue à partir des explorations des années 1860 et plus encore avec la mise en place des protectorats et autres statuts administratifs à la fin du XIXe s. un sorte d'autre orientalisme, un nouvel horizon colonial autre que celui des mondes arabe et africain. Mais l'exposition du musée Cernuschi ne nous propose pas les aquarelles laissées par les premiers explorateurs, notamment celles de Louis Delaporte et qui ont tant fait rêver en métropole.

Car la France, quand elle colonise, ne fait pas les choses à moitié et envisage sa présence dans tous les domaines de la vie. C'est ainsi que dès 1910, est créé un prix de l'Indochine pour inciter les artistes français à se rendre sur place. Ce sera notamment le cas des peintres Jean-Jacques Rousseau et Gaston Roullet, dont les oeuvres sont récompensées et exposées aux diverses expositions coloniales. Deux techniques sont utilisées : l'aquarelle et la gouache, pour leur facilité d'utilisation et de transport.

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(Nguyen Phan Chanh, La sorcière, 1931, collection particulière)

 

Parmi les peintres français présentés, on remarque un nombre plutôt important de femmes, souvent des profil semblables à celui d'Alix Aymé. Etudiante auprès de Maurice Denis, elle interrompt sa carrière naissante en métropole pour suivre son mari, un professeur, qui part enseigner dans les colonies. Elle s'y adonne alors à son art en s'imprégnant de l'ambiance locale. Elle y trouvera la reconnaissance, notamment en développant au retour d'un séjour au Japon, l'art de la laque. Il en résulte de grands tableaux en laque, impressionnants mais que je ne peux hélas vous montrer faute de photo valable alors que c'était là un des éléments les plus originaux de l'exposition au niveau des techniques. Je n'ai hélas de tous ces français installés ou de passage en Indochine, que ce tableau d'André Maire, où les influences de Gauguin et de Matisse sont évidentes.

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(André Maire, Peuple des hauts plateaux, 1949, collection particulière)

 

En 1924, sous l'impulsion du peintre Victor Tardieu est créée l'Ecole des Beaux-Arts de Hanoï. C'est dans ces lieux, sous l'influence d'artistes français, que s'opère l'étrange et fragile mélange des thématiques traditionnelles de la peinture vietnamienne, qui doit beaucoup à l'art chinois, et des techniques occidentales. Cette effervescence artistique aboutit également à la création d'écoles d'arts appliqués spécialisées (ébénisterie et laque, céramique, gravure, etc).

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(Vu Cao Dam, Jeunes femmes prenant le thé, vers 1935-1940, collection particulière)

 

La plupart des artistes vietnamiens qui sortent de ces écoles produisent ensuite des oeuvres plutôt empreinte d'un réalisme assez doux et souvent intimiste, avec une attention encore très légère au quotidien du petit peuple, plutôt loin des canons du réalisme socialisme qui envahira ensuite le pays. Il est d'ailleurs dommage que l'exposition n'ait pas plus d'ampleur - mais le manque de place et peut-être d'oeuvres à accrocher l'explique. On aurait en effet aimé savoir, parmi ces peintres dont un certain nombre est demeuré au Vietnam, et qui pour la plupart sont morts très âgés dans les années 1990-2000, s'il avaient poursuivi dans ce style franco-indochinois, s'ils étaient passés à l'abstraction, au réalisme socialiste, s'ils avaient subi la censure ou au contraire connu la gloire.

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(Lê Phô, La cueillette des simples, 1932, collection particulière)

 

Un dernier petit mot pour évoquer la découverte un peu plus en détail à l'occasion de cette expo de l'oeuvre de Vu Cao Dam, dont j'avais déjà remarqué et signalé un belle tête d'annamite au musée de la Piscine à Roubaix (vers le milieu de l'article). Cet artiste diplômé de l'Ecole des Beaux-Arts de l'Indochine en 1931 a fait à partir de 1932 sa carrière en France où il s'est visiblement fait connaître par sa peinture essentiellement. Pourtant, encore plus que celui de Roubaix, le buste en bronze présenté ici et qui appartient aux collections du Quai Branly, est très convaincant.

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(Vu Cao Dam, Buste de jeune fille, vers 1930, Musée du quai Branly)

 

En somme, c'était une belle exposition, fouillée et originale, comme souvent à Cernuschi. Christine Shimizu continue là la belle politique d'exposition menée par Gilles Béguin. Mais hélas, mille fois hélas, quelle imbécilité que cette quasi-absence de photographies! Si l'un des responsables du musée me lit : soyez libéraux sur la photo (sans flash) et abondants dans vos visuels de presse. Toute publicité est bonne à prendre pour un musée aussi discret et les blogs et autres pages perso donnent un aperçu souvent plus sincère que les reprises sans âme de dossiers de presse dont se contentent beaucoup de grands titres "professionnels". Tout le monde a à y gagner. A bon entendeur.

Mai Trung Thu - M+®lodie

(Mai Trung Thu, Mélodie, 1956, collection particulière)