Le lendemain matin, nous quittons donc très tôt Cardiff pour le nord du Pays. La traversée se fait par un train qui met 4 bonnes heures à nous mener de Cardiff à Conwy, en roulant en permanence de part et d'autre de la "frontière" entre Angleterre et Galles, dans cette région des Marches au paysage typique : assez plat, très rural, plein de champs enclos derrière leurs petits murets et leurs petites haies, et ponctué d'arbres encore assez nus.

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(Quelque part près de Ludlow)

 

De temps en temps, un arrêt nous fait entrevoir le centre-ville de quelque bourgade tranquille ou d'un centre urbain régional, comme les villes de Ludlow et de Shrewsbury, dont nous retenons surtout leurs maisons de briques et de pierres et leurs églises qui dominent le paysage de leurs clochers, fin et élancé du gothique tardif (perpendiculaire disent nos voisins anglais) à Ludlow, beaucoup plus massif à Shrewsbury, à la manière saxonne.

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(Abbaye de Shrewsbury, depuis le train)

 

Nous arrivons enfin à Conwy, ville peu connue malgré le classement de son château au patrimoine mondial de l'UNESCO. Disons que, déjà à la descente du train, l'impression est plutôt agréable : plutôt que de détruire, on a surélevé les remparts pour laisser le train passer! Cela ne manque pas de charme. 

Conwy, Voie ferrée

(Conwy, la gare)

 

La ville est vraiment petite, enserrée dans ses murs qu'elle n'a guère dépassé depuis le Moyen Âge : pas de faubourgs, encore moins de banlieue. Nous accédons donc très vite, un peu au hasard, à la montée qui nous permet de commencer le tour des remparts.

Une des portes de la ville

(Une des portes de la ville)

 

La promenade des remparts est relativement peu fréquentée, bien que ce jour soit férié en Grande Bretagne. Il est très agréable de parcourir ces remparts qui épousent le relief pentue de la petite ville jusqu'au front de mer.

Remparts, tours alignées (2)

(Remparts)

 

Les vues sur la ville, château et l'estuaire de la Conwy River sont magnifiques depuis les remparts. On mesure pleinement l'importance militaire et le pari que représentait une telle installation fortifiée. Mais nous reviendrons un peu plus loin sur le contexte de la construction de ce château - et globalement de tous les châteaux du roi Edouard Ier dans cette région du nord du Pays de Galles.

Château depuis les remparts nord est

(Conwy et son château)

 

De temps en temps, comme ce sera également le cas au château, nous croisons des nids de goélands, qui semblent n'avoir que faire de notre présence.

Goélands (3)

(Nid de goélands)

 

Nous descendons donc les remparts jusqu'à nous rendre dans la partie qui surplombe le petit port de pêche. Régulièrement, l'on passe par l'une des 22 tours rondes et massives de ce qui est l'un des villes fortifiées les mieux préservées que nous ayons vu (à l'égal de la petite ville de Lugo en Espagne peut-être).

Tour

(Tour)

 

Les maisons du front de mer, comme la plupart de celles de la ville, datent tout au plus du XVIIe s., et l'essentiel de la ville est de construction médiévale. On aperçoit sur le port de rares maisons de pêcheurs, accolés immédiatement à la muraille, dont une minuscule bicoque qui est sensée être la plus petite de Grande-Bretagne et constitue donc à ce titre une attraction touristique.

Remparts, maisons de pêcheurs, plus petite maison de GB

(Maisons du port)

 

Nous redescendons finalement dans la ville après ce beau tour de la ville via les remparts. De temps en temps, dans la ville, des panneaux sont placés qui nous indiquent divers éléments sur l'histoire et les lieux. Ainsi nous apprenons qu'avant que le roi Edouard Ier ne s'en empare et y bâtisse le château et les remparts, la ville abritait la cour du roi Llywelyn, le dernier souverain du Pays de Galles  (si l'on excepte la révolte d'Owain Glyn Dŵr).

Les remparts, en descente

(Descente des remparts)



Nous entamons une visite plus approfondie de la ville, avec deux très bonnes surprises: la ville est réellement très belle, très cohérente et avec quelques maisons très anciennes (XIVe-XVIe s.) parfaitement entretenues et mises en valeur, et l'animation de la ville : très fréquentée et vivante, on y trouve pas mal de commerces.

Façade du Plas Mawr sur High Street

(Plas Mawr, XVIe s.)



Deux maisons anciennes abritent des musées : Aberconwy House (XIVe s.), dont une partie est occupée par un petit musée d'histoire locale (que nous n'aurons pas le temps de voir) et Plas Mawr (XVIe s.) une superbe maison bourgeoise de l'époque élisabéthaine, qui s'attache à faire comprendre la culture matérielle de l'époque (nous y reviendrons).

Aberconwy House (XIVe)

(Aberconwy House, XIVe s.)



Au milieu de la ville, entourée par un petit cimetière. Comme souvent dans ces terres d'Outre-Manche, le cimetière semble sortir tout droit d'un poème gothique ou d'un film d'épouvante. On est loin des cimetières que l'on trouve par chez nous, dont les tombes se dégradent parfois, s'effacent ou s'effondrent. Non, ici il faut toujours que les pierres tombales soient rangées sans ordre évident : pas d'organisation en damier, pas d'allées, juste de l'herbe et des stèles qui émergent de-ci de-là. Et pour ajouter à l'ambiance, je soupçonne que l'on doit faire exprès de les planter un peu penchées...

Cimetière à côté de l'église

(Cimetière de Conwy)



L'église proprement dite est un bel édifice construit dans la pierre grise locale. L'origine en remonte au XIIe s. mais elle fut largement modifiée au XIIIe s. puis au XIXe s. Il en reste une impression de grand étirement des bâtiments, impression accentuée par la hauteur assez limitée du clocher. Le cas était fréquent au Pays de Galles, notamment dans les villes de bord de mer : les clochers étaient volontairement bas voire inexistants, pour éviter de signaler de loin la présence du villages aux pillards nordiques. A priori l'intérieur de l'église est intéressant également, mais comme trop souvent en Grande-Bretagne, c'était fermé.

Eglise de Conwy (XIIIe)

(Eglise de Conwy, XIIIe s.)



Comme l'heure avance un peu et que nous arrivons à celle de la pause-déjeuner, nous décidons d'entamer la visite du château, cette formidable forteresse érigée entre l'eau et la terre, comme point d'appui pour les conquêtes du roi Edouard Ier dans la région. La stratégie militaire, très rusée, de ce roi d'Angleterre était la suivante : le Pays de Galles, qu'il souhaitait vaincre et annexer, était trop compliqué à conquérir depuis les terres. En effet, les locaux connaissaient mieux le terrain, souvent assez accidenté. Sans compter l'épuisement des troupes anglaises à s'acharner pour obtenir quelques patûrages à moutons. Il prit donc le parti d'arriver en bateau et, à partir de certains sites naturellement propices, d'y commencer l'installation de grandes forteresses conçues pour tenir de longs sièges au cas où le sort des armes aurait été défavorable sur la terre ferme.

Murs du château

(Devant les murs du château de Conwy)

 

Ainsi, les châteaux d'Edouard Ier (Beaumaris, Conwy, Caernarfon et Harlech), classés au patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO, témoignent de la volonté de conquête d'un roi, de sa personnalité et constituent de remarquables prouesses de l'architecture militaire du XIIIe s.

Site classé par l'UNESCO!

 

Remarquable par sa conception et son histoire, le château de Conwy l'est également par son état de conservation qui rend très lisible l'organisation interne du château aussi bien que la façon dont il se plaçait comme système défensif. L'effort à faire pour imaginer les planchers séparant chaque étage dans les tours, les cheminées, etc n'est pas trop grand.

Trace d'une cheminée

(Reste d'une cheminée dans une tour, XIIIe s.)



C'est un grand bonheur que la façon dont est géré ce château : c'est certes à nos risques et périls, mais on peut grimper à peu près partout; chaque tour et tourelle est accessible, offrant des vues magnifiques sur le château lui-même et sur les environs, qu'il s'agisse de la ville, de la campagne, de la rive opposée...

Vue depuis tours du château

(Vue sur Conwy depuis le château)



En fait, l'UNESCO le résume bien mieux que moi: "Les châteaux et les villes fortifiées du Gwynedd sont le meilleur exemple d’architecture militaire de la fin du XIIIe siècle et du début du XIVe siècle en Europe. Leur construction, entreprise en 1283, parfois entravée par les révoltes galloises de Madog ap Llywelyn en 1294, se poursuivit jusqu’en 1330 à Caernarfon et 1331 à Beaumaris. Ils n’ont subi que peu de restaurations et offre, à l’état pur, un véritable répertoire de formes de barbacanes, pont-levis, portes fortifiées, chicanes, réduits, donjons, tours et courtines."

En l'occurence, le château de Conwy est le plus ancien, et cette masse fortifiée a été achevée en seulement six années (1283-1289).

Vue générale du château

(Vue générale du château)



Dans et autour du château se tenait une sorte de petit festival médiéval, pas mal centré sur les rapaces. Pourquoi pas après tout, c'est un élément de médiation et d'animation comme un autre. 

Aigle (3)

(Aigle)

 

Ce qui était plus ennuyeux par contre, c'est qu'il y avait une grosse différence de traitement entre cet aigle et ses congénères "dangereux" pour lesquels il était bien indiqué de ne pas s'approcher et autres précautions pour éviter à son gamin l'amputation d'un doigt à coup de bec, et cette pauvre petite chouette effraie qui n'avait qu'une envie c'est qu'on lui fiche la paix, mais que des tas de gens et d'enfants venaient ennuyer. La pauvre bête, attachée à son perchoir, ne pouvait s'enfuir, sauf à tomber pathétiquement au sol avant de se repercher. Elle était visiblement fatiguée (les chouettes sont des nocturnes) et sans doute stressée. Je dois dire que ce bel animal m'a fait un peu de peine.

Chouette effraie

(Chouette effraie)



Dans les endroits les plus improbables des murs et des tours du château, on trouve des goélands en pleine période de couvaison, beaucoup moins stressés que la chouette apprivoisée.

Goéland

(Goéland)



C'est en s'élevant sur l'enceinte du château que l'on comprend le mieux son organisation (un petit plan ici pour ceux que ça intéresse). La première cour intérieure et le grand bâtiment comprenant le hall et la chapelle royale sont tout à fait évidents.

Vue sur hall et chapelle royale

(Cour intérieure, hall royal)



Ce grand hall s'organisait en un sous-sol qui servait de cellier et un rez-de-chaussée vaste et aux voûtes élevées. C'est là que le roi recevait ses invités et organisait de grandes réceptions.

Dans le hall royal (2)

(Grand Hall)



Mais, d'un naturel assez ombrageux, pour ne pas dire renfrogné - on le constate tout au long de la visite - le roi Edouard Ier avait tout de même prévu, attenant au Grand Hall, une tour-prison dont l'utilité était d'enfermer les invités qui auraient causé des problèmes, se seraient battus ou auraient trop bu. Une sorte de cellule de dégrisement avant l'heure.

Tour prison

(Tour de la prison)



C'est en fait en accédant au donjon proprement dit que l'on constate à la fois l'intelligence de la construction et le caractère pas évident du roi. En effet, si l'espace à côté du puits a été légèrement modifié depuis, un second pont-levis intérieur permettait au besoin d'isoler totalement le logis royal et la barbacane qui donne sur l'estuaire de la rivière Conwy et la mer.

2nd pont levis et puits

(Puits et emplacement du pont-levis intérieur)



Ainsi, si les premières défenses du château venaient à être percées, il était toujours possible de s'isoler de l'ennemi et de continuer à assurer son ravitaillement par la mer. Remarquablement intelligent, ce système était égalemement utilisé par le roi qui ne laissait que sa famille proche pénétrer dans cette seconde enceinte; Edouard, un peu méfiant, faisait filtrer consciencieusement les entrées sur le pont-levis intérieur.

Ponts (2)

(Les trois ponts sur la Conwy River, XIXe-XXe s.)



De ce côté-là, la vue sur l'ensemble du château n'en est pas moins impressionnante que depuis l'entrée. On est frappé par les tourelles qui gardent le donjon, et sur lesquelles on peut grimper par de très raides escaliers où les croisements sont difficiles. Et pourtant, il faut bien se croiser, vu la fréquentation relativement importante en ce jour férié.

Vue du château depuis la tour du Roi

(Château vu depuis la Tour du Roi)



Le logis royal était donc le cadre de la vie privée du souverain, qui avait tenu à très fortement séparer vie publique et privée. A la visite, il est un peu plus difficile de se rendre compte de la fonction des pièces.

Logis royal (2)

(Logis royal)



Le reste des points d'intérêt du château se situent dans les tours, certes à fonction défensive, mais abritant souvent une fonction assez spécialisée : tour de stockage alimentaire, tour de la cuisine, tour de la boulangerie...

Four de la Bakehouse Tower

(Four de la tour de la boulangerie)

 

Après presque deux heures à explorer ce beau château, nous repartons par où nous sommes venus, en passant devant les logis des gardes où une sculpture contemporaine rend hommage à ces hommes dédiés à la défense et la surveillance des places fortes et qui passèrent surtout des milliers d'heure à tromper leur ennui...

Logis des gardes (2)

(Devant le logis des gardes)

 

Juste en dessous des murs du château se tient une sorte de petite fête médiévale avec, comme dans le château, de superbes rapaces.

Grand Duc

(Hibou grand-duc)

 

Il est pour nous l'heure d'aller chercher notre pitance. Nous passons par le petit front de mer pour espérer trouver quelque chose. Malheureusement, les seules moules qui se trouvent dans le coin ne sont là que pour la décoration; il s'agit d'une oeuvre de l'artiste contemporain local Graeme Mitcheson.

Moules, par Graeme Mitcheson

(Graeme Mitcheson, Mytilus Edulis, 2007)

 

Nous passons devant la plus petite maison de Grande-Bretagne, déjà aperçue depuis les remparts de la ville. Nous ne saurons pas vraiment ce qu'il y a à y voir, ni même si cela à le moindre intérêt. La seule chose que nous saurons c'est que cela ressemble un peu à un attrape-gogos et que la foule se presse pour visiter cette maison de pécheur où il semble difficile de tenir à plus de deux.

Plus petite maison de GB

(La plus petite maison de Grande-Bretagne)

 

Nous trouvons finalement à nous ravitailler dans un fish & chips surbondé et allons manger sur le port. Après le repas, nous avons deux options : soit prendre le prochain bus pour Caernarfon, notre destination suivante, soit flâner encore dans Conwy. Finalement, la ville est si plaisante et animée que nous décidons de repartir en approfondir la visite. Un peu arbitrairement, nous choisissons de visiter Plas Mawr, cette maison de marchand d'époque élisabéthaine (XVIe s.). Nous ne le regretterons pas.

Plas Mawr

(Plas Mawr, XVIe s.)

 

Cette maison est typique de celles de la petite noblesse enrichie au cour du XVIe s. Il s'agit de celle de Robert et Dorothy Wynn, qui achetèrent un manoir pour le reconstruire entièrement entre 1576 et 1585. Il s'agit d'un des meilleurs et rares exemples d'habitat urbain de l'époque élisabéthaine, d'autant plus exceptionnel qu'il a été très peu retouché depuis. La restauration effectuée des intérieurs est excellente et très impressionnante, travaillée dans les moindres détails, avec un beau travail sur les plâtres qui constituent une bonne partie de la décoration intérieure.

Grand Hall (3)

(Grand Hall, cheminée)

 

La maison est meublée le plus fidèlement possible, avec des meubles d'époque et des reproductions (le mobilier élisabéthain subsistant aujourd'hui est fort rare et fort cher). Le souci du détail est poussé jusque dans les pièces de services comme la cuisine et l'office.

Cuisine

(Cuisine)

 

Bien qu'une partie du mobilier soit composée de reconstitutions pour donner une idée assez juste, la confusion avec les meubles d'époque n'est guère possible. C'est assez surprenant de tomber ainsi sur un immense coffre très rustique du XVIIe s., seulement orné des initiales DI et de la date: 1656. Il est à noter que dans la cuisine, on a mis au jour sur les murs les restes des peintures d'origines de la maison, qui imitaient les papiers peints de l'époque.

Office (4)

(Coffre, 1656)

 

Cette période marquée par les règnes des Tudors marque la fin des derniers usages hérités du Moyen Âge. Ainsi, dans cette grande bâtisse de marchand, le hall se distingue clairement du salon. Tandis que le premier fait office de salle de banquet et d'espace de réception, le second devient réellement un salon pour passer du temps en famille. La décoration est partout extrèmement soignée dès lors qu'il s'agit des pièces de vie des maîtres de la demeure. La cheminée du salon est un véritable manifeste de fidélité à la monarchie Tudor et à son protestantisme virulent: symboles de la monarchie anglaise, ordre de la Jarretière, lettre E.R. (Elizabeth Regina), la herse symbole du Parlement britannique.

Salon

(Cheminée du salon, milieu XVIe s.)

 

 Ce jour-là, comme c'est souvent le cas, le Cadw (équivalent gallois de l'English Heritage, on le rappelle) a organisé des médiations sur des thèmes médicaux. Nous ne nous étions pas attardés sur la doctoresse-sage femme du hall qui était en pleine conversation avec des visiteurs. Nous échangeâmes plutôt avec le barbier-chirurgien. Les bénévoles - car ils sont bénévoles - ne sont pas de simples figurants ou des amuse-touristes : ces amateurs connaissent vraiment bien leurs sujets, ont visiblement pas mal lu et appris dessus. Ce ne sont sans doute pas les ultimes spécialistes du sujet mais on est loin des guides ou médiateurs qui annônent trois banalités comme on en rencontre trop souvent.

La rencontre avec ce cher barbier fut donc passionnante et nous apprîmes pas mal de petites choses. Et le tout, en anglais bien sûr! comme quoi nous nous sommes fortement améliorés.

Le barbier chirurgien

(Le barbier-chirurgien)

 

Après un passage par la brasserie - qui servait également à la cuisson du pain - on accède à la cour supérieure, à l'arrière de la maison. Cela permet d'appréhender autrement les bâtiments, car la cour en constituait le point focal. C'est notamment là que se situait le puits, seule source d'alimentation en eau pour toute la maison!

Cour supérieure (2)

(Cour supérieure)

 

La visite se poursuit à l'étage avec des parti-pris de présentation un peu différents. Ainsi dans la chambre située au-dessus de la brasserie - et qui était sans doute celle de Robert Wynn au vu de la décoration et des monogrammes omniprésents - aucun ameublement n'a été effectué pour permettre au visiteur de profiter de l'ensemble de plâtres sans doute le plus riche de la maison. Seul les toilettes attenantes sont épargnées par cette volonté décorative.

Chambre au dessus de la brasserie

(Chambre de Robert Wynn, vers 1577) 

 

Par un petit escalier on accède aux pièces mansardées et on change d'époque. Vers 1870, dans cet espace vivait une modeste veuve et ses deux fils. Rien n'a effectivement appartenu à cette lavandière, une certaine Jane Roberts, mais tout y a été installé avec la plus grande fidélité à un inventaire de ses biens. On a là une image de l'univers quotidien d'une famille pauvre de la fin du XIXe s.

Mansarde de Jane Roberts (2)

(Chambre mansardée)

 

Juste avant d'accéder à la chambre de Mme Wynn, on traverse la chambre d'un domestique. La modestie du lieu est frappante: pas de meubles, juste des clous au mur pour y pendre ses affaires personnelles (petit sac, bouteille, chapeau), un lit très simple, rien sur le sol, une bougie perchée sur un tonneau en guise de table de nuit.

Appartement supérieur (3)

(Chambre d'un domestique)

 

La chambre au-dessus du salon, qui était sans doute celle de Dorothy Wynn, offre un contraste très fort avec la précédente. Ici le rang social et la richesse de la propriétaire éclate à chaque instant. Les meubles ne sont pas ceux qui appartenaient à Mrs Wynn, mais ils sont du siècle suivant et ont été choisis pour leur proximité avec ceux décrits dans l'inventaire. Les tissus ont également été reconstitués à partir d'échantillons originaux.

Chambre au dessus du salon (6)

(Chambre de Dorothy Wynn)

 

L'impressionnante Grande Salle, la plus vaste et la plus lumineuse de la maison, servait de lieu de réception pour les invités. Là encore, la décoration de plâtres peints est surprenants, avec ces sortes de caryatides colorées.

Grande salle

(Grande Salle)

 

Enfin, la visite s'achève avec trois salles qui présentent de façon assez didactique l'histoire de la médecine et de l'hygiène à l'époque Tudor.

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(L'analyse d'urine à la façon du XVIe s. Et il n'y a pas de flacons de dégustation!)

 

Nous achevons cette visite formidable, vraiment à ne pas louper lors d'un passage dans le secteur, pour aller attendre patiemment notre bus, veillés par la statue du roi Llywelyn le Grand.

Statue de Llywelyn le Grand

(Statue de Llywelyn le Grand, Conwy)

 

Hélas, ni ce héros du Pays de Galles ni notre enthousiasme ne vont tenir longtemps. Il est l'heure du bus qui doit nous mener vers Caernarfon, notre étape du soir : un bus se pointe, le chauffeur, un bonhomme rigolard, nous prend notre argent et nous confirme notre destination. Jusqu'ici tout va bien jusqu'à ce que, au terminus de la ligne, nous nous trouvions non pas à Caernarfon mais à Llanduno, une station certes élégante mais à 50 km de là où nous voulions aller.


L'escale stressante : Llanduno

 

Nous voilà donc débarqués à Llanduno en attendant un bus qui nous amène à Caernarfon. Devant l'adversité, il faut rester sereins. Enfin, le plus possible. Nous profitons donc de la longue balade du front de mer, très agréable.

Front de mer (4)

(Llanduno)

 

La ville s'organise à partir de ce très long front de mer bordé de bâtisses élégantes qui se déploient entre deux petits caps rocheux. Beaucoup de gens ont passé cette journée fériée ici visiblement et une sorte de mini-fête foraine était organisée.

Rochers

(Depuis Llanduno)

 

Nous marchons jusqu'à la longue jetée remplie d'attractions. Ces grandes jetées, très fréquentes en Angleterre et en Amérique du nord, ont clairement vécu leur âge d'or voici un bon nombre d'années déjà. C'est toujours agréable à fréquenter, mais un peu vieillissant en fait, avec des attractions souvent surannées.

Jetée (2)

(Jetée)

 

Pour l'anecdote, signalons que Llanduno était l'un des destinations de bord de mer préférées de Lewis Caroll, l'auteur d'Alice au pays des merveilles. Une sculpture en bois en commémore le souvenir.

Chapelier fou (2)

(Statue du chapelier fou)

 

Tout cela est très sympathique, mais la frustration est forte: le temps nous manque, la plupart des attractions de la journée sont fermées et surtout, l'heure de prendre notre bus arrive.

Dans un premier temps, nous connaissons une grosse montée de stress à la Pékin Express : impossible de trouver l'arrêt de bus pourtant repéré sur mes papiers préparés avant le départ. Alors on interpelle l'autochtone, on le fait marcher avec nous pour nous indiquer le chemin. Au final on trouve l'arrêt de bus, déplacé parce que la ville est en travaux...

Et après le stress vient le temps de la désillusion: nos horaires sont toujours bons pour un jour de semaine ordinaire. Or, ce jour est férié, donc les horaires ont bougé! Nous perdons un temps fou à attendre le bus mais finalement les choses rentrent dans l'ordre et nous voici à nouveau sur la route.

Beaux immeubles

(Immeubles de Clonmel Street, Llanduno) 

 


Nous arrivons finalement à Caernarfon. Le jour est en train de tomber, pas trop lourdement, mais il tombe tout de même. 

Château (2)

(Château de Caernarfon, fin XIIIe s.)

 

En découvrant Caernarfon, nous avons un regret et un soulagement: le regret d'arriver trop tard pour visiter le château, un cousin de celui de Conwy, au moins aussi monumental mais bien plus octogonal; et le soulagement d'avoir tout de même choisi de rester à Conwy pour visiter la ville plus en détail, car si Conwy était gaie, vivante et très bien conservée en matière de bâti ancien, ce n'est pas la même chose à Caernarfon. Ici, toute la ville semble somnoler et à quelques belles exceptions près la ville est assez récente, même en plein centre.

Château (5)

(Château de Caernarfon)

 

Sans qu'elles soient aussi préservées que celles de Conwy, la ville conserve tout de même quelques murailles d'importance, de la même époque de construction que le château.

Remparts

(Murailles)

 

Après quelques temps à tourner et retourner piteusement dans une ville presque déserte, nous décidons de manger dans l'un des rares endroits qui soit ouvert! et qui plus est, le Black Boy Inn est l'une des plus anciennes maisons de la ville, construite en 1522! D'une pierre deux coups.

Black Boy Inn

(Black Boy Inn, 1522)

 

Après cette longue et épuisante journée, poser un peu ses jambes dans un endroit chaleureux et si étonnant est un vrai bonheur.

Intérieur du Black Boy Inn (2)

(Black Boy Inn, intérieur) 

 

Sans parler des plats locaux plutôt nourrissants qui font franchement beaucoup de bien et nous revigorent. Et vigoureux, il faudra l'être, car le lendemain c'est une belle et exaltante épreuve qui nous attend.

Pie

(Un bon repas typique!)

 

Notre chambre d'hôte est simple et confortable. L'accueil est formidable, le propriétaire est jovial et vraiment à l'écoute de vos heures de départs et envies. Pendant qu'il prépare le petit-déjeuner, nous en profitons pour une petite promenade en ville, à la lumière du jour naissant.

Château (8)

(Château de Caernarfon)

 

Le château, autour duquel nous flânons dès potron-minet (nous ne pourrons le visiter, devant partir tôt) est, comme à Conwy, né de la volonté du roi Edouard Ier et obéi aux mêmes règles de base : un ravitaillement possible par la mer dans l'étroit chenal séparant le Pays de Galles et l'île d'Anglesey, et une solide forteresse pour servir de base au contrôle du pays.

Entrée du château

(Porte d'entrée du château)

 

C'est un décor magnifique, surtout en ce matin encore un peu brumeux. La forteresse médiévale telle qu'on se l'imagine, sans doute parce que, tombée en ruine, elle fut très fortement restaurée au XIXe s., à la manière des réalisations de Viollet-le-Duc en France.

Rues de Caernarfon (3)

(Ruelles de Caernarfon)

 

La ville n'est pas plus vivante que la veille au soir, mais au moins pouvons-nous profiter un peu mieux des agréables ruelles et leurs façades colorées.

Nous regagnons notre chambre pour un petit-déjeuner très anglais, formidable pour prendre des forces.

Breakfast

(English breakfast) 

 

Hélas, nous n'avons plus le temps de nous attarder dans Caernarfon. Ce qui devait être une véritable étape avec visite du château notamment, n'aura finalement été qu'une sorte de pause-dodo. Sur la place du château, deux éléments intéressants à mon sens: d'une part la statue commémorant David Lloyd George, le Premier ministre britannique de 1916 à 1922, qui joua un rôle majeur dans la Grande Guerre et le Traité de Versailles aux côtés de Clemenceau. Celui qui fut le dernier premier ministre appartenant au parti libéral, s'il était né à Manchester, était originaire du Pays de Galles, qui fut son attache électorale, en particulier comme député de Caernarfon.

Statue de Lloyd George

(Statue de Lloyd George)

 

On trouve aussi la statue de Hugh Owen, un important personnage pour l'éducation au Pays de Galles, quasiment inconnu au-delà. Mais surtout, on peut signaler ce monument aux morts de 14-18, plutôt original.

Monument aux morts

(Monument aux morts)

 

C'est à la boite aux lettres de la poste du coin que nous laissons nos cartes postales. Qui mettront trois semaines à arriver...

Puis nous allons prendre le bus pour nous rendre à Llanberis, au pied du massif du Snowdon. Nous mettrons 22 minutes à arriver...

Château (10)

(Place du château, Caernarfon)

 

J'espère que ce long article vous aura plu. La suite au prochain épisode, en essayant de rattraper un peu le retard accumulé.