C'était voici déjà un petit bout de temps. Louise avait appris que la bourse sollicitée auprès de la Fondation de France et de l'EFEO lui avait été attribuée. Et cette belle bourse Pierre-Ledoux pour la jeunesse internationale devait lui permettre de passer deux mois au Cambodge pour son étude de terrain sur les marionnettes du théâtre d'ombres. Voici pour ce qui est du contexte général.

Dans le détail, j'ai réussi à l'accompagner pendant le premier de ces deux mois, et c'est ce beau, long et instructif voyage que je vais raconter dans les nombreux billets consacrés au Cambodge. Mais, en matière de préambule, il me faut parler de la ville passionnante où nous fîmes une escale d'une dizaine d'heures entre Paris et Phnom-Penh, à savoir Shanghaï (visiblement, sur place ça se prononce Shan-reuh).

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(C'est looooin!!!!)

 

Dès l'avion - au passage, il faut saluer China Eastern, de loin la meilleure compagnie que j'ai pris dans ma vie - on est mis dans l'ambiance: comme d'habitude, on peut regarder à peu près tout et n'importe quoi sur les écrans de l'avion: films, séries, petits jeux, dessins-animés, musique. Mais... une petite heure avant l'atterrisage, fini de rire! Tous les écrans s'interrompent et l'on a droit à une séance de tai-chi, spécialement adaptée à la position "assis dans l'avion". La plupart des passagers semblent interloqués mais plusieurs se plient au exercices, sans doute assez bénéfiques après 11h00 de trajet!

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(Le tai-chi spécial avion)

 

Ce n'est pas sans émotion que, à 7h00 du matin heure locale, nous débarquons enfin à l'aéroport de Pudong, principal hub aéronautique de la mythique ville de Shanghaï.

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Autant dire que pour l'une des plus grandes villes du monde, l'aéroport à 7h00 du matin nous a paru bien désert...

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(Aéroport de Pudong)

 

Je connais bien les transports en Île-de-France, pas du tout ceux de Shanghaï. Je parle français depuis un peu moins de trente années et je ne sais presque rien du chinois. Et pourtant, je n'ai eu aucun souci pour sortir de l'aéroport de Pudong et prendre un transport vers la ville alors que j'éprouve toujours les pires difficultés dans le plus grand aéroport parisien... Il n'y aurait pas un souci?

Bref, pour relier le centre-ville, deux choix principaux s'offrent au voyageur: le métro ou le Maglev. Autant dire qu'un train à sustentation magnétique qui peut aller jusqu'à 450 km/h en quelques secondes, c'était tentant... Bon, au final c'est impressionnant car sans pousser la comparaison, on va de l'aéroport au terminus du Maglev dans le quartier d'affaires de Pudong en à peu près 7 minutes pour 45 km (rappel : Roissy Charles de Gaulle à Gare du Nord : en général 30 à 45 minutes pour la même distance).

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(Maglev juste avant le départ)

 

Seule déception: le Maglev ne poussera pas au-delà de 301 km/h. Soit tout de même pas mal en dessous du TGV...

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(Vitesse de pointe et de croisière)

 

Nous prenons ensuite le métro pour nous rapprocher pleinement du centre-ville, car le terminus du Maglev se situe en plein dans le quartier financier. On se retrouve donc, après être sortis un peu au hasard, dans une grosse artère du centre, entièrement piétonne et très large, bordés d'immeubles de tous styles et toutes époques: Nanjing Dong Lu.

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(Nanjing Dong Lu)

 

En effet, autant le dire de suite, Shanghaï c'est une peu une orgie architecturale et tout y passe: du chinois très traditionnel, du style colonial, de l'Art déco, du brutalisme, de l'international et quelques trucs totalement audacieux et fous. L'ensemble est parfois disparate mais ne manque pas d'intérêt.

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(Immeuble de style néo-renaissance art déco (?), occupé par Nike, Nanjing Dong Lu)

 

Il est toujours étonnant pour quelqu'un de mon âge de parcourir librement, sans visa, sans flics pour nous surveiller, une Chine qui se vautre dans le capitalisme... et de souvenir qu'étant enfant, la Chine était quasiment interdite, s'ouvrait à peine et que les quelques rares qui y avaient mis les pieds étaient partis dans le cadre de voyages très encadrés et n'avaient vu que - très rapidement - la Cité interdite, la Grande Muraille et l'armée de terre cuite.

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(Immeuble Art Déco, Nanjing Dong Lu)

 

On croise même des immeubles bizarres, assez inclassables, à l'instar de celui-ci avec ses formes rectilignes, très années 1940 mais doté d'une partie en verres au reflets cuivrés tout en volutes qui évoquent plutôt le début du XXe s. Bref, des curiosités un peu partout pour peu qu'on lève le nez.

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(Immeuble étrange, Nanjing Dong Lu)

 

Mais il ne faut pas se promener que le nez en l'air, car au sol aussi il se passe pas mal de choses. Et ici, c'est le tai-chi qui est roi. Un peu partout - disons tous les cent mètres - des petits groupes d'une vingtaine de personnes tout au plus exécute les mouvements, plus ou moins lents, sous la conduite d'une personne qui semble leur indiquer le rythme et l'ordre à suivre. Certains sont vêtus d'espèces de pyjamas assez laids, mais d'autres sont en costume de travail et l'on sent bien qu'il font cela au bas de l'immeuble de bureau où ils vont aller travailler ensuite.

Et puis, parfois, on en rencontre qui font exactement les mêmes mouvements, mais avec un grand sabre à la main...

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(Tai-chi avec un sabre, Nanjing Dong Lu)

 

Je vis à Paris depuis plusieurs années et la capitale, on le sait bien, est passablement pollué. Pourtant, c'est bien à Shanghaï que pour la première fois, j'ai ressenti la pollution, tellement elle était présente, presque palpable. Et nous n'étions cependant pas un jour de pic de pollution, juste une journée normale. Pour tenter de respirer un peu nous avons voulu aller voir dans un des parcs urbains signalés sur mon plan de la ville. Quelle déception! En fait de parc il s'agit d'une sorte d'esplanade bétonnée avec deux pelouses et quelques maigres arbustes, encadré par des routes très fréquentées et avec un paysage de tour omniprésent où que se porte le regard... En fait, il ne s'agit que d'un petit bout du parc du Peuple, mais nous ne poussons pas plus loin dans cette direction, préférant nous rediriger vers le fleuve et le quartier du Bund.

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(Le parc du Peuple)

 

De la grande artère piétonne et ultra-occidentalisée de Nanjing Dong Lu, partent aussi toute une floppée de petites ruelles beaucoup plus... traditionnelles". Celles-ci sont encombrées de deux-roues, de réchauds et de poêles où cuisent divers aliments, de pancartes et d'enseignes. Bref, c'est bordélique, bruyant, odorant et franchement agréable car beaucoup moins aseptisé que l'avenue principale.

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(Wufu Alley)

 

En repartant vers le fleuve, nous passons devant l'imposante statue d'un bedonnant dignitaire que nous prenons d'abord pour Mao. Il s'agit en fait de Chen Yi, un des grands généraux de la guerre civile (on lui doit notamment la prise de Nankin et Shanghaï en 1948-1949) qui connut la disgrâce pendant la Révolution culturelle puis la réhabilitation après sa mort en 1972.

 

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(Statue de Chen Yi)

 

Enfin, nous arrivons en bordure du fleuve Huangpu. Techniquement, il s'agit plutôt d'une rivière, en l'occurence le dernier affluent du mythique Yang-Tsé-Kiang (j'ai choisi d'utiliser cette vieille orthographe francisée parmi les multiples translittérations possibles). Même si ce n'est pas tout à fait le Yang-Tsé-Kiang, je ne peux m'empêcher de me rappeler le monologue éthylique de Jean Gabin dans Un singe en hiver: "Le Yang-tsé-Kiang n'est pas un fleuve, c'est une avenue. Une avenue de 5000 km qui dégringole du Tibet pour finir dans la mer Jaune, avec des jonques et puis des sampans de chaque côté. Puis au milieu, il y a des… des tourbillons d'îles flottantes avec des orchidées hautes comme des arbres. Le Yang-tsé-Kiang, camarade, c'est des millions de mètres cubes d'or et de fleurs qui descendent vers Nankin, puis avec tout le long des villes ponton où on peut tout acheter, l'alcool de riz, les religions… les garces et l'opium…"

Dans la brume polluée de Shanghaï où se découpent les audacieuses tours du quartier de Pudong, on est toutefois assez loin de cette vision qui a la couleur d'un fantasme d'aventurier colonial.

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(Quartier de Pudong vu depuis la rive opposée)

 

Le bord du fleuve est agrémenté de petits jardins où se dresse parfois une statue patriotico-communiste aux canons assez lourds.

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(Monument à la gloire de quelque chose)

 

Il faut dire que le lieu se prête pas mal aux monuments solennels: au confluent de la rivière Wusong et du Huangpu se dresse le Monument aux Héros du Peuple, un assemblage abstrait de trois barres qui convergent à 24 m. d'altitude.

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(Monument aux Héros du Peuple)

 

La zone où nous sommes s'organise comme suit: le fleuve, le parc-promenade qui longe le fleuve, l'avenue et enfin la zone bâtie du quartier du Bund. L'idée est de redescendre le parc depuis le Monument aux Héros du Peuple en admirant depuis là les différents bâtiments du Bund - et éventuellement les tours de Pudong de l'autre côté du fleuve. Cette carte pourra vous aider à situer grossièrement si besoin.

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(Immeubles des anciennes Glen Line Steamship (1922) et Banque française de l'Indochine (1914)

 

Le Bund, c'est l'ancien quartier d'affaires de Shanghaï, celui de la concession internationale du temps où la ville était un port ouvert grâce aux traités internationaux. La plupart des bâtiments, grandioses, datent des années 1900 à 1930 et cherchaient à rivaliser avec les grands immeubles commerciaux de prestige de l'Occident.

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(Immeuble Jardine Matheson (1920)

 

Tous ces immeubles sont intéressants pour eux-mêmes tout autant que la cohérence du front de fleuve qu'ils forment. Quelques uns sont toutefois plus remarquables que les autres, à commencer par l'immeuble de la Bank of China, qui tente de se donner une allure chinoise à cette architecture art déco en la flanquant d'un toit doté de cette courbure caractéristique.

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(Immeuble de la Bank of China (1935)

 

Juste à côté se dressent, de part et d'autre d'une rue, les anciens Cathay Hotel et Palace Hotel, réunis ensuite en une seule entité: le Peace Hotel (ils ont semble-t-il été redivisés depuis). Le Cathay Hotel, le plus récent, a été construit par le magnat de la finance et de l'immobilier Victor Sassoon à la fin des années 1920 pour devenir un hôtel de luxe, le plus réputé de la ville jusqu'à la prise de pouvoir par les communistes en 1949 et qui accueillait toute la bonne société de passage en Chine.

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(Peace Hotel - Cathay Hotel (1926-1929)

 

Le second immeuble, de style très différent, date du début XXe s. et cela se voit. Ultra-moderne à l'époque (le premier immeuble de Shanghaï doté d'ascenseurs) il a notamment servi pour la réunion de la Commission Internationale de l'Opium en 1909, préalable à la convention de 1912, qui était alors le premier effort concerté à grande échelle de lutte contre la drogue.

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(Peace Hotel - Palace Hotel, (1903-1908)

 

L'immeuble sur la photo suivante est celui de la Bank of Taïwan. Il n'a rien de particulier comparé aux autres, mais j'aimais bien cette photo avec les branches des arbres du parc qui gardaient encore leurs feuilles malgré l'hiver. Je ne l'ai pas encore signalé, mais il faisait un froid de canard ce jour-là, un peu plus frais qu'à Paris encore, surtout en comparaison de ce qui nous attendait le lendemain (Shanghaï: environ 7°C, Phnom Penh : 32 °C).

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(Bank of Taïwan (1924)

 

Si je m'attarde plus spécialement sur les immeubles du Bund, ce n'est pas seulement pour leurs qualités architecturales et leur intérêt historique; c'est surtout que sur la rive d'en face, les gigantesques immeubles de Pudong était passablement embrumés et très peu lisibles. Même la Perle de l'Orient paraissait bien grise...

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(Tour Oriental Pearl (1995)

 

La Maison des Douanes actuelle a remplacé dans les années 1920 les bâtiments de la précédente douane. Celle-ci était administrée par les Britanniques épaulés des Français et des Américains et elle fait encore office de centre de douanes aujourd'hui. Son architecture art déco surmontée d'une tour d'horloge lui donne un petit côté "Gotham City" pas déplaisant.

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(Maison des Douanes (1925-1927)

 

La série de grands et beaux immeubles d'affaires du Bund s'arrête avec l'un des plus vastes, l'ancien siège de HSBC (dont le sigle, rappellons-le signifie: Hong-Kong & Shanghaï Banking Corporation). Très différents des autres, ce bâtiment néo-classique s'inspire au moins partiellement de la cathédrale Saint-Paul de Londres avec ses colonnes et sa coupole. Les lieux sont aujourd'hui occupés par une autre banque.

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(Siège d'HSBC (1921-1923)

 

Le petit guide dédié à Shanghaï et ses environs que j'ai acheté (édité par National Géographic, parfois un peu daté pour certaines infos mais globalement une très bonne surprise) me signale que l'intérieur, en particulier le hall d'entrée, vaut le coup d'oeil. Nous traversons donc la route et nous entrons, sans oublier au passage de saluer les lions de pierre, copies des lions d'origine en bronze, mais qui apportent toujours, nous dit la superstition, bonheur et prospérité. Youpi.

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(Lion de bronze)

 

Et il est vrai que l'intérieur est remarquable: le marbre est omniprésent, les stucs et les moulures ont juste ce qu'il faut d'or pour les rehausser sans faire trop clinquant et surtout, le plafond de l'entrée est recouvert de mosaïques. Au centre, une sorte d'allégorie de l'Abondance, cernée par les signes du zodiaque (occidental), une rangée de moulures et les allégories continuent avec cette fois-ci celles des huit principales places financières mondiales de l'époque (Shanghaï, Hong Kong, Tokyo, Paris, Londres, New-York, Bangkok et Calcutta... les places financières où HSBC avait des intérêts en fait) représentées par une personnification féminine et un paysage de fantaisie "typique" du pays. 

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(Intérieur du siège d'HSBC, Coupole du hall d'entrée)

 

J'aurais bien fait d'autres photos que les 2 ou 3 que j'ai faites, mais quand un vigile de la banque m'a aperçu, il m'a fait comprendre que ça n'allait guère être possible alors nous ne nous sommes pas attardés. A peine étions-nous sortis et détaillions-nous un peu la façade du bâtiment qu'un jeune chinois de grande taille flanqué de deux filles, nous aborde en anglais, très sympathiquement. Celui-ci nous demande ce que nous faisons à Shanghaï, si nous visitons, etc... Nous expliquons notre situation, nous présentons, ils font de même. Première découverte: les Chinois qui ont régulièrement des contacts avec les étrangers portent tous leur prénom chinois normal (ici Donghongjun - si j'ai bien compris et noté) et se choisissent en plus un prénom "occidental" (en l'occurence pour notre ami: Lucas). Je présume qu'il s'agit de faciliter les rapports mais c'est une pratique curieuse - je ne sache pas que les Occidentaux adoptent un prénom chinois pour faciliter la vie de leurs interlocuteurs.

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(Non loin de la maison de thé, dans la vieille ville)

 

Bref, ce Shanghaïen qui bosse fréquemment avec des étrangers nous explique qu'il fait visiter à ses deux amies la ville et qu'ils vont se rendre un peu plus loin en ville dans une maison de thé. Jovial, il nous invite à le suivre et à découvrir un peu cette pratique. Nous connaissons déjà la cérémonie du thé à la japonaise à laquelle nous avons été initiés en France, mais la façon dont cela se fait en Chine est fort différente.

Il nous mène donc dans un quartier un peu plus excentré. Nous pénétrons dans un immeuble grisounet comme on en voit partou, d'une affligeante banalité. Parvenus au second étage, on nous ouvre la porte et là tout change: la Chine "traditionnelle" telle qu'on peut l'imaginer nous ouvre les bras. Nous allons donc assister à une cérémonie du thé à la chinoise, présentée par une professionnelle dans son joli costume. La pièce où nous sommes emmenés avec nos nouveaux amis est meublée de façon traditionnelle mais tous les éléments de confort moderne sont tout de même présents.

Notre hôtesse nous laisse alors une carte avec un choix énorme de thé - tous font hyper envie. Notre ami nous explique que nous devons choisir les thés et que les prix sont indiqués. Mais attention, il ne s'agit pas de choisir n'importe quel nombre de thés, les Chinois sont hyper superstitieux: il faut choisir un chiffre et le justifier plus ou moins. Je crois que nous nous arrêtons sur 5 sortes parce que nous sommes cinq, parce que c'est le nombre des doigts de la main et parce que ce sera déjà pas mal comme nombre de thés à goûter. A priori, c'est un très bon choix de chiffre.

Je ne sais plus bien de quelles variétés il s'agissait. Je me souviens simplement que c'était très bon, très fin, accompagné de petites graines torrefiées particulièrement pénibles à grignoter et que nous étions assis sur des chaises autour d'une table ce qui est un avantage considérable pour quelqu'un d'aussi souple que moi comparé à l'équivalent japonais avec tatamis et mal aux chevilles. La dame prépare les thés l'un après l'autre et disparait parfois pendant que nous dégustons.

Tout cela se passe avec respect pour la belle tradition du thé mais sans chichis excessifs non plus et nous discutons beaucoup avec nos camarades chinois. Ils sont clairement avides de connaître et d'échanger avec des Occidentaux mais certaines de nos habitudes leur semblent étranges, comme le fait qu'une femme puisse sans soucis boire de l'alcool sans que cela ne soit ni mal vu ni de l'alcoolisme. Cela avait l'air de les surprendre au plus haut point.

Une fois cette grosse heure agréablement passée, nous nous partageons une note assez élevée tout de même (la cérémonie du thé doit rester un plaisir rare) et nous nous séparons, heureux de cette découverte inattendue.

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(A la fin de la cérémonie du thé)

 

Nous nous retrouvons donc dans un secteur que nous mettons quelques minutes à identifier. Bien que nous ayons marché un peu, nous ne nous sommes guère éloignés du centre-ville et plus spécialement de la vieille ville que nous avions l'intention de visiter ensuite. Nous en sommes même aux abords, avec des immeubles de style traditionnel. Je les soupçonne de n'être pas tous aussi anciens que leur style le voudrait.

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(Fangbang Zhonglu)

 

Nous nous dirigeons vers la vieille ville de Shanghaï, le quartier de Nanshi. Il s'agit du quartier le plus ancien de la ville, même si l'architecture ming qui y domine a subi de très lourdes restaurations pour rendre les choses plus "authentiques". Il se dégage tout de même un charme incroyable de ce quartier qui constraste si fort avec le Bund et Pudong ou avec les quelques éléments de la lourde architecture maoiste.

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(Bazar de Yu Yuan)

 

Nous passons par la Lao Jie (vieille rue) pour nous rendre au bazar de Yu Yuan, point central du tourisme à Shanghaï. Pour qui a vu les grands bazars d'Istanbul et des autres villes turques, le terme semble bien mal choisi. Le bazar des Jardins Yu n'est pas fermé aussi nettement que les bazars moyen-orientaux et il n'est pas couvert. Il s'agit en fait d'une sorte de complexe assez tortueux, un assemblage de maisons plutôt hautes (3 ou 4 étages) où sont situés des commerces (au rez-de-chaussée).

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(Bazar de Yu Yuan)

 

C'est vraiment très beau surtout quand on ne connait pas Shanghai et que l'on s'en fait une image uniquement centrée autour des tours géantes et de l'ultra-modernité triomphante.

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(Bazar de Yu Yuan, contraste avec nouveaux quartiers)

 

Le bazar est organisé autour d'une étendue d'eau sur laquelle une petite île artificielle accueille une maison de thé. A l'intérieur les choses s'y passent de la même façon que celle que j'ai décrite plus haut. La seule différence est le nombre de touristes qui y viennent, les prix beaucoup plus élevés et le prestige des hôtes qui vous y ont précédé (Elisabeth II, Bill Clinton, etc). Nous ne retentons pas l'expérience mais admirons ce beau bâtiment d'époque Ming (1368-1644) comme tous les autres du secteur.

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(Bazar de Yu Yuan, Maison de Thé)

 

La seule qui empêche cet endroit d'être un vrai havre de paix, c'est la foule de touristes et de Shanghaïens qui s'y pressent. A vrai dire, les touristes non-chinois sont assez rares, mais je ne sais si c'est la saison qui veut cela ou si Shanghaï n'est guère prisée des touristes occidentaux.

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(Bazar de Yu Yuan, Pont des Neuf Détours)

 

Comme le thé c'est très bien, mais ça ne nourrit pas vraiment, nous prenons, un peu au hasard, d'appétissantes brioches que nous mangeons sur un banc du quartier. Il s'agit en fait d'une spécialité locale succulente, sorte de grosse brioche-ravioli fourrée d'une viande en sauce absolument délicieuse. La sauce se boit avec une paille et pour le reste on se débrouille comme on peut. C'est a priori l'une des principales spécialités de la ville avec les dim-sum, ces raviolis à la vapeur assez géniaux aussi. J'y reviendrais plus tard. Comme nous avions plutôt faim, je n'ai pas pris de photo de nos brioches, mais j'ai trouvé un blog de gens plus prévoyants et moins affamés que nous. Vous vous ferez une idée...

A la place, je vous propose un instant de calme avec les carpes japonaises qui brassent tranquillement dans le petit lac artificiel du bazar de Yu Yuan.

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(Carpes japonaises)

 

Bien que le bazar soit l'épicentre touristique de la ville, nous avons croisé assez peu de gros attrape-touristes. Quelques bricoles pseudo-traditionnelles, comme partout, mais rien de très choquant à ce niveau-là et rien de comparable aux vendeurs de mini-tour Eiffel à Paris ou aux gugusses habillés en Mozart à Vienne.

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(Spectacle de rue)

 

A deux pas du bazar se trouve le Temple de Chenghuang Miao (Temple du Dieu de la Ville). C'est la première fois que nous mettons les pieds dans un temple chinois. La plupart de ceux que nous verrons sont organisés de la même manière: un large porche d'entrée, des toits courbes, une cour intérieure avec une sorte de brasero où les gens jettent de l'encens et des bâtiments sur les trois côtés restants et sur un étage avec balcon. Les bâtiments sont divisés en petites salles qui abritent des autels et des statues le plus souvent.

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(Temple du Dieu de la Ville)

 

Bien que le pays soit officiellement communiste, la pratique de la religion y est tolérée (malgré les persécutions contre certains catholiques ou autres groupes minoritaires) et elle semble connaître un grand succès. Dans chaque temple visité il y avait pas mal de fidèles qui venaient, généralement acheter et brûler de l'encens après une courte prière et s'être incliné dans les quatre directions comme le fait la femme sur la photo ci-dessous.

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(Temple du Dieu de la Ville)

 

On ne sait pas bien qui tient les lieux. Je ne me souviens pas avoir vu de prêtres ou d'équivalent de bedeaux ou de servants d'église. On a l'impression d'un mélange - très chinois - entre superstition, bouddhisme et doctrines confucéennes.

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(Brasero à encens)

 

Cela ne rend pas l'ensemble désagréable du tout. L'ambiance est assez calme et la visite vaut beaucoup pour la richesse décorative des lieux. Malheureusement, ma très faible connaissance de la culture et de la religion chinoise ne me permettront pas de faire une légende très précise des divers personnages représentés sur les photos ci-dessous. Ceci-dit, je suis preneur si un connaisseur passe dans les parages...

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(Statues dans le Temple du Dieu de la Ville)

 

Le nombre d'autels et de statues de ce temple est assez impressionnant. Et quand je dis que les statues sont plutôt riches au niveau décoratif, c'est une réalité. Toutes celles du temple sont différentes les unes des autres et certaines sont carrèment flippantes!

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(Souviens-toi du Labyrinthe de Pan)

 

Chaque temple abrite aussi une grosse cloche, installée dans le coin d'une salle. Ici pas de clocher et de cloches qui se balancent à toutes volées; les cloches sont frappées, comme des gongs.

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(Cloche du Temple du Dieu de la Ville)

 

Après cette première découverte, nous nous aventurons plus au coeur de la vieille ville, sans avoir visité les jardins Yu en eux-mêmes, dont l'entrée était payante... Mais là aussi, nous y reviendrons.

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(Fenêtres du Temple)

 

Nous prenons plein sud et, sans l'avoir vraiment cherché, nous tombons sur une série de petits restaurants pleins de vapeur et qui sentent très bons. Comme nous n'avons que peu mangé et qu'il fait tout de même assez froid, nous nous arrêtons dans l'un d'eux.

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(Dans la vieille ville)

 

Rien n'est fait pour le touriste ici. Tout est écrit en chinois, langue que nous ne parlons et bien sûr ne lisons pas! Qu'à cela ne tienne, nous commandons tout de même une soupe et quelques raviolis vapeur (xiao long bao), un peu au pif. Cela se révélera succulent à manger et le côté très typique du cadre n'enlève rien car on a l'impression de toucher un peu de la réalité de la vie chinoise quotidienne.

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(Un peu de réconfort bien mérité dans un resto fumant)

 

Nous marchons quelque peu et apercevons de suite notre prochain arrêt, sans doute le plus insolite en plein coeur de la grande métropole du sud chinois: deux mosquées!

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(Toits de la mosquée du jardin aux pêchers)

 

En réalité, il n'y a pas vraiment deux mosquées, mais plutôt une double-mosquée: une pour les hommes, construite entre 1917 et 1930 et une pour les femmes, bâtie initialement en 1933 mais reconstruite seulement en 1994. Cela nous a semblé très bizarre et aller contre tout ce que nous avions vu notamment en Turquie, où hommes et femmes étaient en effet séparés mais seulement pour la prière et au sein de la même mosquée (hommes en bas, femmes sur la mezzanine).

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(Mosquée des femmes)

 

Ces deux mosquées assez discrètes servent aux Musulmans chinois qui sont - à Shanghaï - le plus souvent d'ethnie Hui. La mosquée des femmes, reconstruite à neuf récemment, ne présente qu'un intérêt limité. Celle des hommes, en revanche, se révèle plus intéressante car elle ne cherche pas à se rapprocher du style ottoman ou arabe. Dans toute son architecture - à l'exception des coupoles et du petit minaret - on pourrait se croire dans un immeuble chinois traditionnel légèrement revu selon l'esthétique du début du XXe s.

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(Cour de la mosquée du jardins aux pêchers)

 

L'intérieur de la mosquée paraît très simple: de la moquette, quelques tapis, des plafonds à caissons, des murs blancs, des vitres ordinaires. Mais le calme du quartier de l'endroit tranche fortement avec l'agitation de la vieille ville.

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(Intérieur de la mosquée)

 

 

Reprenant notre route, nous arrivons - après avoir longé ses murs sur trois côtés - au plus grand temple confucéen de la ville, le Wen Miao (Temple de la Littérature). 

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(Une pagode du Temple de la Littérature)

 

La principale différence entre ce temple et celui du Dieu de la Ville, c'est que celui-ci est ceint de murs et se trouve dans un magnifique jardin chinois. Il est également beaucoup moins fréquenté et abrite moins de statues très colorées. L'ambiance est plus au recueillement intérieur qu'à la dévotion populaire pleine de fumée d'encens.

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(Temple de la Littérature)

 

Contrairement au précédent également, qui était constitué d'un seul bâtiment carré avec une cour, celui-ci enchaîne les bâtiments le plus souvent de plain-pied et semble chercher à ressembler à un jardin avec des pavillons qu'à un temple. 

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(Temple de la Littérature)

 

Nous sommes très clairement dans l'esprit des lettrés chinois, très portés sur la nature et des éléments comme l'eau, les roches, les arbres. Cela rappelle beaucoup l'exposition sur les "Rochers de lettrés" vue au musée Guimet qui nous présentait la façon dont les lettrés chinois cherchaient et trouvaient des pierres bizarres, façonnées par l'érosion ou les caprices de la géologie pour les laisser brutes mais en les faisant monter sur de superbes socles finement ouvragés en bois précieux.

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(Ecran avec pierre enchassée)

 

Et bien, ce genre de rochers à fonction de support de méditation, il y en a des quantités dans ce temple!

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(Rochers de lettrés)

 

Certains rochers, de proportions trop imposantes, ont trouvé une place d'honneur dans le jardin. Et c'est vrai que c'est quand même très classe comme effet.

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(Jardin du Temple de la Littérature)

 

Bien que la religion soit ici plus intériorisée, les petites offrandes et les petites demandes ne sont pas absentes pour autant, on ne sait jamais. Confucius étant une sorte de "saint patron" de l'intelligence et de l'obéissance à un certain ordre social en Chine, il est fréquemment invoqué par les étudiants avant leurs examens. C'est d'ailleurs a priori le seul moment de l'année où il y a la foule dans ce temple.

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(Confucius, Temple de la Littérature)

 

NB: Confucius est le nom latinisé de Kong Qiu, les Chinois le connaissent et le vénèrent sous le nom de Maître Kong. J'utilise le nom Confucius par commodité.

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(Confucius, Temple de la Littérature)

 

Mais ce temple vraiment fantastique, dont on s'étonne qu'il soit si boudé par les touristes, recèle d'autres choses passionnantes. Ainsi, l'un des pavillons fait office de petit musée des théières.

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(Musée des Théières Yao Di, Temple de la Littérature)

 

C'est fait sans ordre ni méthode, il n'y a à peu près jamais de date ou d'époque indicative de tel ou tel objet mais on y voit pas mal de formes originales témoignant du goût très éclectique de la Chine et de ses clients.

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(Théière citrouille, date inconnue)

 

Un autre pavillon expose des ouvrages imprimés, sans doute passionnants et précieux, mais encore une fois, et c'est assez frustrant, nous manquons des connaissances nécessaires pour bien apprécier ce pan de la culture chinoise.

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(Pavillon Zunjing)

 

Comme l'idéal confucéen est celui des lettrés et d'une certaine idée du rapport maître-élève, il y a également bien entendu une salle de classe avec un mobilier superbe et original.

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(Minglun Hall)

 

Les pavillons qui encadrent la cour principale du temple abritent des quantités de sculptures d'un genre particulier. Pour donner une idée, je vous ai trouvé la photo la moins mauvaise, car l'endroit en cerné de fenêtres qui laissent passer une grande quantité de lumière.

Ces sculptures, qui participent toujours de l'esprit du lettré, consistent à trouver dans la nature non plus des pierres mais des morceaux de bois: branches, racines, peu importe, mais tordues, bizarres, aux formes évocatrices. Une fois le bout de bois ramassé, il est scupté partiellement. Il s'agit clairement de voir à la fois le travail de l'artiste et celui de la nature. C'est vraiment curieux et assez intéressant comme façon de faire.

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(Le fabuleux héros Zhong Kui, bois de rhododendron, datée "il y a environ 300 ans")

 

Une fois cette visite achevée, nous nous mettons en chemin pour regagner le bazar de Yu Yuan. En chemin, nous croisons la Tour Dajing, unique vestige datant de 1815 des murailles qui enserraient le vieux Shanghaï.

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(Tour Dajing (1815)

 

Le temple Baiyun qui se trouve à proximité est un temple taoiste mais son plan ressemble beaucoup au temple du Dieu de la Ville. Même cour fermée, même brûloir à encens, etc...

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(Temple Baiyun)

 

Seules les divinités et autres personnages qui y sont vénérés changent, mais là encore, ma connaissance du taoisme est bien faiblarde et c'est vraiment un crève-coeur que de devoir l'avouer. Les quelques explications en anglais données dans le temple ont cependant pu pallier quelque peu à ce manque.

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(Autel de Guan Yu, Temple Baiyun)

 

A priori, les salles sont organisées de manière très hiérarchique et symbolique les unes par rapport aux autres et les divinités qui s'y trouvent ne sont pas là par hasard mais selon l'ordre qu'elles occupent dans les canons taoistes.

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(Autel de l'Empereur de Jade, Temple Baiyun)

 

Depuis les balcons de l'étage, on a une vue frappante sur le nouveau Shanghai, qui s'étale mais qui dévore aussi peu à peu la plupart des anciens quartiers, au grand détriment du patrimoine urbain.

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(Bienvenue au pays en chantier!)

 

La grosse curiosité de ce temple, et ce qui fait qu'il m'est bien resté en mémoire, c'est la salle de la grotte. J'ignore si ce nom est bien canonique, mais je ne sais pas trop comment la nommer autrement. Dans cette salle, bien à l'abri derrière une vitre, se trouvent des statues d'une cinquantaine de centimètres représentant les Soixante Dieux du Temps.

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(Une partie des Soixante Dieux du Temps)

 

Ces statues en terre cuite, sans doute assez récentes, fourmillent de petits détails parfois assez amusants. On se plait à les observer attentivement et à voir, par exemple, ce dieu au visage poupin tenir maladroitement un tigre comme on pourrait le faire avec un bon gros chat.

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(Si quelqu'un lit le chinois...)

 

Dans cette même salle, un immense panneau est rempli de petites plaquettes rouges qui sont autant d'ex-voto à destination de ces divinités.

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(Ex-voto)

 

Nous traversons également, sur le chemin qui nous mène à notre point de départ dans Nanshi, des quartiers anciens à l'architecture étonnante, mais qui sont bien délabrés. On peut légitimement craindre qu'avec la frénésie immobilière en cours, ils ne seront pas en place bien longtemps.

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(Quartier ancien, vieille ville)

 

Nous arrivons finalement en vue du bazar d'où nous sommes partis. Comme il nous reste du temps et des yuans, nous décidons de payer l'entrée des Jardins Yu. Autant le dire: on aurait été bien cons de ne pas le faire!

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(Jardins Yu)

 

Les jardins Yu ont été créés en 1559 par un haut fonctionnaire impérial du nom de Pan Yunduan, pour son délassement. Ayant subi pas mal de dégâts au cours des siècles et des guerres, ils ont été superbement restaurés dans les années 1950.

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(Fenêtre, Jardins Yu)

 

L'idée de ce jardin, qui est très représentatif des jardins classiques chinois de type Suzhou (une ville à quelques kilomètres de Shanghaï) était, pour son fondateur, de pouvoir se retirer au calme dans une attitude de lettré voué à l'étude et à la contemplation. Sans bien sûr, s'éloigner le moins du monde de la réalité du pouvoir...

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(Porte d'un pavillon, Jardins Yu)

 

Le jardin classique chinois se donne une illusion d'espace alors qu'il est en général de dimension plutôt modestes. Caché derrière un mur, orné de nombreux pavillons et autres constructions, il s'agit en fait d'un jardin très minéral, laissant une place très réduite aux espèces végétales. 

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(Jardins Yu)

 

Ces jardins très "construits" ont l'ambition de reproduire en miniature les éléments naturels chers aux Chinois: les forêts, les lacs, les montagnes. Le plus spectaculaire dans le genre aux jardins Yu c'est la "Grande Rocaille": des pierres amenées du sud de la Chine et installées sur 12 m. de haut pour évoquer les montagnes dont elles proviennent.

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(Grande Rocaille, Jardins Yu)

 

Mais ces instants de détente et de tourisme qui nous donnent gravement envie de revenir voir la Chine plus en profondeur sont hélas nos derniers moments à Shanghaï car l'avion de Phnom-Penh ne nous attendra pas lui...

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(Jardins Yu)

 

Nous retrouvons donc un métro qui doit nous emmener à l'aéroport de Pudong. Comme nous sommes claqués, entre le froid, le décalage horaire et notre très intense journée de marche, nous nous endormons dans le métro bondé. Et ce qui devait arriver arriva bien entendu : nous avons raté l'arrêt et sommes repartis en sens inverse... Il faut dire qu'il y avait un changement au sein de la même ligne de métro, ce n'est guère pratique. Bref, nous n'avons pas perdu trop de temps et repartons dans le bon sens, effectuons sans souci le changement et après quelques formalités rapides nous pouvons nous endormir dans l'avion, sans crainte cette fois de rater l'arrêt. Quand nous arriverons, il sera 23h00 à Phnom Penh et ce sera le début de notre aventure cambodgienne. Restez là, ça va être passionnant!