Notre vol Shanghaï - Phnom-Penh s'est bien déroulé et nous avons atterri assez tard à Phnom-Penh. J'avais réservé un hôtel récent, sans trop me préoccuper de son emplacement car nous ne devions y passer qu'une nuit. J'avais choisi un hôtel assez récent pour avoir un peu de confort pour se remettre du très long voyage.

Une fois sortis des formalités de l'aéroport, nous nous retrouvons donc à la sortie, harcelés - pour la première fois du voyage - par les conducteurs de tuk-tuk. Nous choisissons un taxi qui va bien se galérer à trouver l'hôtel dans un dédale de rues d'un quartier extérieur de Phnom-Penh quasiment sans éclairage public.

Nous finissons par trouver. L'hôtel est très récent et se donne l'apparence d'un établissement d'un certain standing. Il n'en va pas tout à fait de même pour la chambre, qui dispose du confort minimal et ne possède même pas de fenêtre! Avec la fatigue en plus, on ne peut pas dire que notre première approche de Phnom-Penh soit très heureuse.

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(Hall d'accueil du Janora Residence, Phnom-Penh)

 

Nous dormons tout de même comme des masses. Le lendemain c'est Noël! Et autant dire que ça ne saute pas aux yeux... Nous le constaterons plus tard, les Khmers fêtent volontiers le Nouvel An occidental mais passent totalement à côté de Noël et de son consumérisme effréné (à l'inverse de la Chine où nous avons vu des sapins de Noël et des pères Noël).

Cependant, de jour, le quartier a déjà l'air beaucoup plus agréable.

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(Rue 299)

 

Nous avons organisé le voyage en deux grands points de chute, assez classiques, que sont tout d'abord Siem Reap, la grande ville touristique aux abords d'Angkor, pour une quinzaine de jours, et ensuite Phnom-Penh pour le temps qui reste, avec quelques excursions extérieures. Harnachés de nos gros sacs, nous prenons un taxi que l'hôtel nous a commandé. Il nous conduit à travers une circulation qui nous paraît grouillante au centre de la ville et plus précisèment à la station de bus où nous achetons un billet pour le début d'après-midi en direction de Siem Reap où j'ai loué une chambre dans une guesthouse pour le soir même.

Comme nous avons un peu de temps, nous découvrons un peu le marché central (Psar Thmei) de la ville, un lieu assez fabuleux où nous reviendrons souvent par la suite.

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(Marché central)

 

Construit à l'époque du protectorat français, le marché est célèbre pour son style art déco et son superbe dôme sous lequel sont installés les marchands aux activités les plus prestigieuses: bijouterie et horlogerie essentiellement.

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(Dôme du Marché central)

 

Après l'achat de quelques victuailles pour le voyage, nous découvrons un nouvel aspect de la vie au Cambodge, très typique mais parfois bien pénible: le voyage en bus. Les deux principales villes du Cambodge ne sont éloignées l'une de l'autre que de 320 km, soit, nous a-t-on affirmé à la société d'autobus, environ 4 à 5 heures de voyage. Le trajet durera en réalité plus de 6 heures, sur une route en mauvais état pour cause de travaux et surtout ponctué par des arrêts du bus toutes les deux heures dans des sortes de restaurants perdus en rase campagne dont la seule utilité est de servir les voyageurs en bus qui sont leurs seuls clients...

Si l'on ajoute aussi l'affreuse musique pop khmère bramée par la télévision du bus qui ne sait diffuser en permanence que la chaine locale de karaoké, le tableau sera complet en ce qui concerne le côté pénible de ce type de transport...

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(On the road again... with your motorbike)

 

Les avantages sont cependant nombreux aussi, surtout pour une première approche. On découvre avec émerveillement les paysages de Phnom Penh et son étalement urbain le long de la grande route, puis les rizières. La chose la plus surprenante fut sans doute, dès la sortie du coeur de la ville de Phnom Penh, la présence d'un vaste quartier musulman, très pauvre et délabré mais dont les deux ou trois mosquées aperçues paraissaient rutilantes et de style fort peu local... On se demande bien quel genre de pays peut ainsi financer de tels bâtiments pour l'importante minorité musulmane du Cambodge mais à la vue des femmes en niqab - une chose inexistante dans l'Islam cambodgien traditionnel qui avait aussi tendance à associer des pratiques magiques voire de la sorcellerie à l'Islam - on a bien une idée...

La minorité musulmane, désignée sous le nom de Cham, a traditionnellement toujours été bien intégrée. Elle a subi de plein fouet les massacres du régime Khmer Rouge qui a cherché à l'éradiquer et a systématiquement détruit les mosquées. Malheureusement, sous l'influence des financeurs du Golfe arabique, les 200 000 Chams (sur 15 millions de Cambodgiens) ont de plus en plus tendance à se communautariser. Nous en rencontrerons un, sorte de gendarme officiant dans une pagode, qui nous dira à propos d'une cérémonie funéraire "Moi ça ne me concerne pas, je ne suis pas Cambodgien, je suis Musulman".

Quoi qu'il en soit c'est une vraie découverte pour nous, mais nous n'aurons malheureusement pas l'occasion de venir arpenter ces quartiers.

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(Mosquée KM9 (1992), Phnom Penh)

 

Le voyage est tout de même assez monotone, surtout une fois que la nuit est tombée, et elle tombe tôt: à 17h00 c'est fini! Les choses s'amélioreront très très vite au cours de notre séjour, où l'on a vu les jours augmenter de façon rapide.

Les diverses haltes sont autant d'occasion de croiser des chats et des chiens, de goûter un peu de nourriture locale et pour Louise de tester son khmer avec des locaux. Nous remarquons également la présence systématique de petits autels garnis d'offrandes dans et devant chaque maison. Notez sur la photo ci-dessous présence au-dessus de l'autel d'un minuscule sapin de Noël lumineux.

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(Autel domestique)

 

Nous parvenons à Siem Reap passablement fatigués par ce long voyage qui a, sans doute aucun, été le Noël le plus insolite de notre vie!

Un tuk-tuk nous emmène ensuite à notre pension. Cette première journée au Cambodge, malgré un aperçu de bruits, d'images, d'odeurs et de sensations, n'est qu'une petite mise en bouche, une sorte de journée blanche avant d'attaquer le côté consistant du voyage et l'incroyable parc archéologique d'Angkor. Mais ça, c'est pour le prochain billet...