Pour la suite de notre journée à Angkor Thom, je remets le plan signé Wikipédia. Comme on a pu le lire ICI nous avons débuté notre visite par le Baphuon. Dans cet article je vais traiter de tout ce que nous avons arpenté à Angkor Thom, à l'exception du Bayon qui fera l'objet d'un article à part.

(Angkor Thom, source wikipedia)

 

Nous pénétrons l'enceinte qui mène à l'ancien palais royal et au temple de Phimeanakas par une imposante porte.

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(Angkor Thom, Porte d'enceinte du palais royal)

 

Elles sont trois du même genre dans cette enceinte du palais royal et c'est l'Indonésie qui se charge de leur restauration. On le constatera au fur et à mesure, Angkor est un lieu tellement mythique et symbolique et le Cambodge un pays tellement démuni, que chaque site archéologique ou bout de site fait l'objet d'une restauration de prestige qui doit rejaillir sur le pays qui s'en occupe: la France au Baphuon, l'Allemagne (qui a remplacé l'Inde après des erreurs graves de conservation) à Angkor Vat, ailleurs le Japon, la Chine ou les Etats-Unis... On pourrait presque dresser une carte d'Angkor en mettant un petit drapeau sur chaque temple selon le pays qui se charge de le restaurer.

Tout cela est fort bien pour le prestige et le tourisme, mais se fait hélas au détriment des fouilles archéologiques proprement dites sur des sites moins spectaculaires. Ce qui fait que l'on connait tout de l'architecture et la statuaire des anciens Khmers mais presque rien sur leurs conditions de vie matérielles dans ce qui était à son apogée (XII-XIIIe s.) la plus grande cité du monde, forte d'environ un million d'habitants.

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(Paillotte présentant le travail effectué par les Indonésiens sur les trois portes de l'enceinte)

 

Du palais royal, on l'a dit, il ne reste rien que les bassins à ablutions que l'on voit sur le plan. Construit par Rajendravarman II au milieu du Xe s., il avait été embelli et modifié par ses successeurs jusqu'à Jayavarman VII au début du XIIIe s..

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(Angkor Thom, Un des bassins du palais royal)

 

Le temple de Phimeanakas était sans doute le temple privé du palais. Construit par le même Rajendravarman II pour Angkor redevenu sa capitale, il est aujourd'hui dans un état stable mais loin d'être aussi excellent que les temples voisins. En raison de ses dimensions relativement faibles et de sa décoration très sobre, il est peu visité, ou alors pour la très belle vue qu'il offre sur le Baphuon.

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(Phimeanakas)

 

Bien que seul un des quatre escaliers soit accessible, on peut grimper sur ce temple. L'ensemble de la visite est ponctué par les panneaux de danger et les cordes à ne pas dépasser. La seule décoration visible se situe sur les angles des terrasses; il s'agit de statues de lions et d'éléphants. Très nettement, ce site a perdu beaucoup de sa splendeur après la chute d'Angkor. L'un des témoignages anciens sur le Cambodge, celui du voyageur chinois Tchéou Ta-Kouan le décrivait comme "La Tour d'Or"... (on pourra lire ici le texte traduit en 1819 du récit de ce voyageur chinois)

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(Phimeanakas, Statue d'éléphant)

 

C'est en suivant assez naturellement le chemin qui part du Phimeanakas qu'on accède à la gigantesque terrasse qui embrasse les environs et plus particulièrement l'immense place centrale d'Angkor Thom.

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(Vue sur la place centrale et les prasat Suor Prat)

 

On présume que depuis cette esplanade composée de deux terrasses (terrasse des Eléphants et terrasse du Roi Lépreux), les rois Khmers et leur cour assistaient aux défilés, parades et autres évènements publics dont les reliefs de certains temples portent la trace.

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(Terrasse des Eléphants vue depuis la Terrasse du Roi Lépreux)

 

La Terrasse du Roi Lépreux porte ce nom de convention grâce à la statue qui a été découverte à son sommet et qui se trouve aujourd'hui au musée de Phnom Penh. Aujourd'hui remplacée par une copie pour éviter les pillages (cf. photo plus haut), son interprétation fait débat, mais il est certain qu'elle ne représente pas un roi atteint de la lèpre mais sans doute le dieu Yama. C'est la pierre utilisée qui, avec le temps, était devenue lépreuse... Quoi qu'il en soit, cette statue fait toujours l'objet d'une certaine dévotion.

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(Copie de la statue dite du Roi Lépreux, au sommet de la terrasse éponyme)

 

Globalement carrée, la terrasse du Roi Lépreux fait environ 25 m. de côté et présente des reliefs évoquant les Enfers (Dvaraka) sur toutes ses faces et sur 5 ou 6 mètres de hauteur.

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(Terrasse du Roi Lépreux) 

 

C'est assez compliqué à expliquer, mais à l'intérieur de la terrasse se trouve une sorte de galerie, une espèce de terrasse dans la terrasse qui lui donne en fait une forme de U fermé... Bref.

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(Terrasse du Roi Lépreux)

 

Toujours est-il que l'on est surpris de la beauté et de la fraîcheur des bas-reliefs qui s'étagent sur 4 à 6 niveaux selon l'endroit.

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(Terrasse des Eléphants, détail)

 

Les reliefs représentent surtout des personnages royaux armées, entourés d'une cour d'apsaras, mais aussi des nagas, des apsaras seules, des gardiens, etc... J'ai fait pas mal de photos, et il a été difficile de n'en choisir que quelques unes pour illustrer cet article. Peut-être devrais-je les mettre en ligne, pour d'éventuels étudiants...

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(Terrasse du Roi Lépreux, détail: nagas)

 

Juste au sud de cette première terrasse débute l'immense terrasse des Eléphants, longue de plus de 300 mètres. C'est sur l'esplanade centrale de cette terrasse que se tenait le souverain quand il assistait aux cérémonies publiques déjà évoquées.

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(Terrasse des Eléphants)

 

Qu'on la parcoure depuis le bas pour en admirer les sculptures ou qu'on se balade sur l'esplanade pour profiter de la vue, tout est impressionnant dans cette terrasse des Eléphants.

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(Terrasse des Eléphants)

 

Par ses dimensions spectaculaires tout autant que par la qualité des sculptures, cette construction est l'une des plus surprenantes. Quand on est comme moi un simple curieux bien loin de tout connaître, on a en tête les grands temples et leurs tours en forme de pains de sucre, mais on n'imagine pas cela car, curieusement ce lieu n'est pas tellement connu du grand public et on a du mal à comprendre pourquoi.

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(Terrasse des Eléphants)

 

La terrasse, relativement rectiligne, est ponctuée de trois avancées au centre et une à chaque extrémité. Chacune de ces avancées s'ouvre sur un escalier et comporte une bonne partie du bestiaire angkorien: la barrière à nagas, le lion, des garudas comme soutien, etc...

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(Terrasse des Eléphants)

 

D'autres escaliers prennent place dans des avancées plus modestes et sont décorés d'éléphants, ou du moins des têtes d'éléphants, les trompes faisant symboliquement office de colonnes. 

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(Terrasse des Eléphants)

 

Des bas reliefs composés à partir des pierres qui constituent le mur de la terrasses représentent soit des garudas (image ci-dessous) soit la fameuse "parade des éléphants" (photo un peu plus haut). C'est la même technique que celle du Bouddha couché du Baphuon (cf. article précédent)

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(Terrasse des Eléphants)

 

Nous quittons ces terrasses qui m'ont particulièrement impressionné, pour nous diriger vers la grande porte du nord de l'enceinte royale d'Angkor Thom. Ces portes monumentales, surmontées de visages, sont l'une des images les plus célèbres d'Angkor. Et il est vrai que, pour peu que la circulation des bus de touristes chinois et de taxis ou autres tuk-tuk se calme un peu, la photo est plutôt frappante. Et si vous capturez une charrette qui passe à ce moment-là sur la route, vous aurez réussi un cliché des plus pittoresques...

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(Angkor Thom, Porte Nord)

 

Les villes-fortes des anciens rois Khmers, un peu comme les châteaux forts du Moyen Âge occidental, voyaient leurs remparts doublés par une douve. Ce qui frappe dans les villes angkoriennes, c'est l'aspect de mangrove qu'ont prises ces douves, ainsi que leur côté très géométriques (en forme de carré parfait, elles doublent le carré des murailles).

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(Douves, nord des murs d'Angkor Thom)

 

Dès qu'on a franchit la porte monumentale, la route devient elle aussi monumentale: en effet, les douves sont franchies par une route bordée de chaque côté d'une de ces fameuses barrière à nagas, comme on peut en voir une (enfin, un bout d'une) dans le grand hall du musée Guimet consacré à l'art khmer. Déjà à Guimet, c'est impressionnant. Mais alors sur place, face à des barrières complètes, c'est incroyable. Et en plus, c'est long d'une bonne centaine de mètres.

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(Barrière à nagas et porte nord d'Angkor Thom)

 

Alors certes, l'ensemble est massif, mais ce n'est jamais au détriment du détail, comme on peut l'admirer sur les statues encore préservées, la plupart ayant malheureusement perdu la tête avec le temps et les pillages.

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(Barrière à nagas, détail)

 

Et puis, sur cette même route, de temps en temps, l'on croise un des livreurs du coin, sur son petit vélo, chargé invraisemblablement de noix de coco fraîches. Pour une poignée de riels, on peut déguster de ces noix très rafraichissantes dans à peu près toutes les paillottes du parc archéologique: on vous ménage une ouverture au sommet de la noix en trois coups de machette, on y plante une ou deux pailles et il ne reste qu'à profiter de l'eau de coco. Un plaisir formidable, que l'on peut compléter en cas de faim par le raclage de la chair à l'intérieur de la noix. 

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(Une leçon d'équilibre)

 

Une précision en effet, car ce n'était pas évident pour nous avant notre visite: L'ensemble de l'immense parc archéologique d'Angkor est toujours habité. Les populations habitent dans de petits villages en bois et travaillent le plus souvent sur le site. Ils sont guides, commerçants pour les touristes, nettoyeurs, artisans, gardiens et surtout paysans, comme nous le verrons plus tard... Il vit aussi sur place un certain nombre de moines, plus ou moins isolés, qui vivent de la charité plus ou moins imposée aux visiteurs de passage qui s'attardent à leur parler. Ici et là, une ancienne terrasse est transformée en temple abritant une statue et la dévotion autour de ces lieux est grande. Cela permet de relativiser fortement la légende des temples perdus dans une jungle impénétrable et hostile. Contrairement à la légende forgée par les récits de voyage, Angkor n'a jamais été totalement abandonnée; elle a simplement été pillée et la plupart de ses temples royaux ont été abandonnés au profit de lieux de culte plus modestes.

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(Tep Pranam)

 

Le Tep Pranam est un cas typique de ce genre de reprise d'un site ancien par le peuple qui habite encore à Angkor de nos jours. Il s'agit d'une grande terrasse bouddhique sur laquelle prenait autrefois une pagode en bois. Elle abrite aujourd'hui un petit sanctuaire qui abrite un grand Bouddha en pierre et quelques nonnes vivent non loin de là.

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(Tep Pranam, Bouddha)

 

Nous continuons au-delà de cette terrasse jusqu'au Preah Palilay, un petit temple excentré au nord-ouest d'Angkor Thom. Construit sous le règne de Jayavarman VII, il était autrefois envahi par les arbres, qui on été coupés mais sans être arrachés. Ce qui fait qu'aujourd'hui les arbres repoussent et donnent un aspect bizarre à ce petit sanctuaire.

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(Preah Palilay)

 

Malgré son état ruineux, ce temple garde encore quelques frontons ornés de scènes de la vie du Bouddha. S'aventurer à l'intérieur est en revanche un peu risqué...

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(Preah Palilay)

 

L'un des plaisirs d'Angkor se situe sans doute aussi dans la visite de ces petits temples isolés, épargnés par l'intense pression touristique chinoise et coréenne. On tombe même sur des petites scènes très campagnardes qui font le charme de ces balades à la recherche des temples anciens. 

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(Dans la famille poulet...)

 

En revenant sur nos pas, et retraversant la terrasse du Tep Pranam, nous arrivons au groupe des Preah Pithu, un ensemble de cinq petits temples entourés par un mur bas.

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(Preah Pithu)

 

Ces cinq temples n'ont pas d'unité entre eux hormis le fait d'être bâtis à proximité les uns des autres. Certains ont des terrasses, d'autres non, certains sont hindouistes et d'autres bouddhistes et leurs époques de construction sont différentes. Pourtant, chaque temple n'est guère distingué de son voisin, à tel point qu'ils ne portent pas convention aucun nom, seulement des lettres : Temple T, U, V, X et Y.

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(Preah Pithu)

 

Ici encore, la fréquentation est faible. C'est pourtant là qu'un adolescent nous tombe sur le poil et ne nous lâche plus, entreprenant de nous faire la visite pour s'exercer à passer, dans quelques années, le diplôme de guide d'Angkor délivré par l'autorité APSARA qui gère le site. C'est bien et il est plutôt gentil mais il se révèle surtout assez collant et surtout ne nous raconte que des généralités qui intéressent assez peu des gens comme nous qui sommes venus faire par nous-mêmes une visite très approfondie.... Bref, il finit par se lasser et va jeter son dévolu sur un couple d'Allemands ou d'Autrichiens.

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(Preah Pithu)

 

Le temple X est sans doute celui des Preah Pithu qui conserve la décoration la plus complète et la plus belle. C'est un temple totalement bouddhiste, sans doute dès sa conception.

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(Preah Pithu, Temple X, Linteau)

 

Toute sa décoration, en particulier les beaux linteaux et les murs du sanctuaire central, porte l'iconographie bouddhique.

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(Preah Pithu, Temple X, Double rangée de Bouddhas)

 

Comme souvent quand il s'agit de temples bouddhiques pas trop effondrés, celui-ci est encore en usage auprès de la population locale:

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(Preah Pithu, Temple X, Sanctuaire central)

 

Le temple T est également très intéressant, notamment pour ce superbe linga.

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(Preah Pithu, Temple T, linga)

 

Les temples T et U sont entourés d'un mur où, comme souvent, poussent sans gêne les arbres énormes.

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(Preah Pithu)

 

Le temple U est une sorte de jumeau du temple T, en format plus réduit mais il présente aussi quelques sculptures assez intéressantes dans le style d'Angkor Vat, particulièrement les linteaux représentant des thèmes shivaïtes. 

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(Preah Pithu, Temple U, Shiva dansant entre Brahma et Vishnou)

 

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(Preah Pithu, Temple U, Barattage de la mer de lait, détail)

 

Depuis les Preah Pithu, nous prenons au sud pour regagner la place centrale d'Angkor Thom. En face de la terrasse des Eléphants, de l'autre coté de la place, se dressent en effet deux bâtiments, les Kleang (nord et sud) dont on ignore encore la fonction exacte: soit des palais soit des bibliothèques. Bien que bâtis à des époques différentes, ils sont assez semblables dans leur conception et leur style.

 

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(Kleang Nord)

 

Et devant ces bâtiments se trouve une série de douze tours alignées, sans doute construites par Jayavarman VII, qui forment une sorte de haie d'honneur le long de la place centrale.

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(Prasat Suor Prat)

 

Ces tours étaient en fait autant de petits sanctuaires. Appelées Prasat Suor Prat, leur nom signifient "Tours des Funambules" car la légende veut que, pour la distraction des rois lors des fêtes, l'on tendait des fils entre les tours pour y exécuter des numéros de funambulisme.

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(Prasat Suor Prat)

 

Nous nous dirigeons alors plein sud et passons devant quelques petits temples ornés des drapeaux cambodgien et bouddhiste.

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(Angkor Thom, Sanctuaire bouddhique)

 

Nous sommes en plein milieu de la journée, nous commençons à fatiguer et surtout à avoir très chaud avec le soleil qui tape vraiment dur sur les pierres. Notre but pour l'après-midi est l'un des temples les plus célèbres de tout le site archéologique: le Bayon, dont nous apercevons les tours au loin.

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(A l'approche du temple du Bayon)

 

Visite détaillée du Bayon et de ses environs dans l'article suivant!