Il pleuvait sur Vienne ce jour-là. Et pas qu'un peu.

Aussi nous décidâmes, dans l'ordre de nos visites prévues, de nous attaquer aux musées. Il allait nous falloir deux bonnes journées pour correctement visiter les musées situés dans la Hofburg, cet éclectique palais Habsbourg.

Pour commencer la journée, nous avons décidé de faire la visite combinée, trois en un, de l'argenterie impériale, du "Musée Sissi" et des Appartements impériaux.

La visite des collections impériales d'argenteries et de porcelaines est tout à fait édifiantes. Nous en apprenons ainsi beaucoup sur la vie à la Cour et les usages. Mais bien sûr, les plus belles pièces sont tout à fait merveilleuses à la fois par la richesse de leur ornementation et leur valeur artistique inestimable. On peut peut ainsi admirer de nombreux services tout à fait sublimes, des XVIIIe et XIXe s. essentiellement. Petit coup de coeur pour un très bel ensemble de pièces d'inspiration chinoise et japonaise constitué par Charles-Alexandre de Lorraine, homme de goût, frère de l'empereur François de Lorraine, gouverneur des Pays-Bas autrichiens et surtout un personnage dont j'ai longuement étudié une partie de la vie. Bref, une certaine émotion à cet endroit, au-delà de la simple admiration artistique peut-être.

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(Surtout de Milan, bronze doré, XIXe s., prévu pour 100 personnes, 30 m. de long)

Le temps à passer dans ces salles pour découvrir l'argenterie est assez long tant chaque vitrine regorge de choses intéressantes. C'est moins le cas dans la suite de six salles qui forment le Musée Sissi. Déjà, l'idée de consacrer un musée à Sissi parait un peu saugrenue à quiconque a étudié l'histoire plutôt que les films culcul consacrée à cette impératrice, car on se demande bien pourquoi elle plutôt que Marie-Thérèse, Joseph II ou François-Joseph. Mais bon, il faut bien satisfaire les greluches qui passent dans le coin...

L'ensemble de ce musée est, comment dire, à la fois kitsch et glauque. La muséo est lourdingue, niaise et morbide tout ensemble, et les objets présentés ne sont guère fascinants: une copie de telle robe de Sissi, sa balance d'où elle surveillait son poids, le poignard qui l'a assassiné (sympa non?), etc... Bref, un endroit vraiment nul, à passer très vite, dont on ne pourrait que se moquer s'il ne dégageait pas une étrange sensation de malaise. A vrai dire, si on n'est pas renseigné, à passer là-dedans, on prendrait l'impératrice Elisabeth pour une cousine de la famille Addams...

La suite est déjà plus intéressante, car il s'agit des Appartements impériaux de François-Joseph, de son épouse la fameuse Sissi sus-nommée, et des appartements dits "du tsar Alexandre" qui servirent au dernier empereur, Charles Ier. On découvre successivement les lieux de vie et de travail de ces différents souverains et l'on entrevoit une vie de cour que l'on connait mal en France, habitués que nous sommes à l'apparat démesuré des rituels versaillais. Ici, nous sommes au XIXe s., et l'empereur, s'il sait s'entourer de belles choses, cherche avant tout le confort et l'aspect pratique sur bien des points: le lit est ordinaire, presque modeste; l'électricité a été installée dès le début du XXe s., et les portraits de Sissi envahissent l'espace privé de François-Joseph qui semblait vouer une grande admiration à son épouse. Chez Elisabeth, l'on visite de beaux salons, une salle de bain moderne et très grande ainsi que de curieux anneaux suspendus qui lui servaient à faire du sport, la bougresse! Après un passage dans les appartements du tsar, la visite s'achève sur une grande table dressée comme à l'époque de François-Joseph.

Hélas, dans tous ces endroits, les photos sont interdites et il y a des gardiens sourcilleux. Donc vous serez frustrés, tout aussi bien de l'immonde Sissi sur une balançoire que de la beauté des appartements impériaux. Désolé...

Histoire de ne pas ramollir, après cette copieuse visite, nous décidons d'enchaîner avec le grand musée d'art graphique voisin, l'Albertina. Là bas, j'ai dû louper un épisode. Je pense que des salles étaient fermées, ou alors je n'ai pas tout compris, en tout cas je n'ai pas vu tout ce qui était annoncé. Toujours est-il que nous pûmes quand même admirer des chefs-d'oeuvres de Dürer, Raphaël, Klimt, Schiele, etc...

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(Albrecht Dürer, Lièvre, 1502, Albertina, Vienne)

Malgré la pluie battante, nous filons vers les immenses serres toutes proches qui abritent la Schmetterlinghaus (maison des papillons). Il s'agit d'une grande serre très belle dont une partie abrite des papillons exotiques.

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(Serre aux papillons)

A vrai dire, ce fut une assez triste visite pour moi. J'aime beaucoup les papillons et j'avais un souvenir d'une serre, je ne sais plus où, où de nombreux papillons voletaient autour de nous gaiement. Ici, peu de papillons, la plupart se cachant, peut-être à cause des conditions météorologiques. Et puis surtout beaucoup trop de monde, beaucoup d'enfants excités ne pensant qu'à toucher ces pauvres bêtes (et surtout, bien pire, les parents qui laissent faire... quand on sait la fragilité des ailes de papillons), un espace assez exigu. Bref, nous vîmes quelques papillons mais finalement assez peu et surtout l'ambiance autour n'était pas propice à un grand exercice d'admiration. Malgré tout, les papillons aperçus, dès que les cons étaient partis, étaient fort beaux. On vit même, dans un des moments de calme, deux petites cailles traverser le chemin devant nous!

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(Joli et fragile spectacle naturel)

Une fois la tristesse évacuée dans le café voisin, lui aussi installé dans une partie de la serre, la nuit tombante fut consacrée à découvrir, d'extérieur, la Hofburg. Ce palais impérial mais urbain est un ensemble très intéressant, d'une grande beauté, plein de cours intérieures et de passages, mais d'une cohérence discutable de par l'accumulation côte-à-côte d'éléments d'époques très différentes, du XVIe au début du XXe s. Les façades sont toutes belles et proclament à la face du monde la puissance des Habsbourg pendant quatre siècles!

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(Hofburg, Fontaine donnant sur la Michaelerplatz)